Le français à Montréal - Ce qui est inquiétant

La nouvelle présidente de l'Office québécois de la langue française (OQLF), Louise Marchand, assurait dans une entrevue au Devoir en février qu'il y aurait de la transparence désormais au sein de son organisme. Elle promettait la publication intégrale de la nouvelle série d'études démolinguistiques à venir. Ce fut fait vendredi. Mais en catimini, en toute fin de journée, pour que la mauvaise nouvelle passe le plus inaperçue possible.

Car mauvaise nouvelle il y a. Le poids démographique des francophones sur l'île de Montréal devrait glisser d'ici dix ans sous le seuil des 50 % et n'être plus que de 47,4 % en 2031, effet de la place qu'y prennent les allophones. Ceux-ci seront plus nombreux que les anglophones et représenteront 29,5 % de la population de l'île. Mais, en fait, ils viendront s'ajouter à ceux-ci puisque les transferts linguistiques chez les immigrants se font pour moitié en leur faveur. Montréal, deuxième ville française du monde, ce ne sera bientôt plus vrai.

Ces données ne sont pas une surprise. Elles confirment de précédentes études. La mauvaise nouvelle est dans le fait qu'il n'y a pas de renversement de tendance. Tout au plus observe-t-on une amélioration des transferts linguistiques en faveur du français qui demeurent nettement insuffisants pour assurer aux francophones de préserver leur poids démographique.

Que faire devant cela? Les auteurs de ces études rappellent ce que tous savent: À Montréal où l'anglais est bien présent, il est d'autant plus important de s'assurer que les nouveaux arrivants choisiront le français à l'école, au travail ou dans les services publics ou privés. Façon pour eux de dire avec beaucoup de retenue que les mesures prises par les gouvernements ces deux dernières décennies se sont révélées insuffisantes et qu'un vigoureux coup de barre doit être donné.

Le premier ministre Jean Charest avoue certaines inquiétudes à la lecture de ces études. C'est le moins que puisse dire celui qui est chef d'un gouvernement dont la responsabilité première est d'assurer la pérennité de la langue française en Amérique du Nord. Mais quant à savoir ce qui l'inquiète et ce qu'il fera, c'est une autre affaire.

C'est bien là le problème avec ce gouvernement qui, lorsqu'il est question de langue, dit et fait le moins possible. Il y a là une attitude qui, au-delà des budgets et des lois qui peuvent être adoptés, porte un message. Ainsi, l'OQLF ne «mettra pas ses culottes» pour appliquer avec rigueur la loi 101, comme le presse de le faire François Legault, si le gouvernement est lui-même indolent. Les simples citoyens ne seront pas encouragés à faire valoir leur droit à être servis en français si leurs plaintes n'aboutissent qu'à de molles réprimandes.

Vrai, c'est moins des résultats de ces études qu'il faut s'alarmer que de l'absence de réaction devant la réalité démolinguistique de Montréal. Il suffit pourtant de marcher dans les rues de Montréal pour la mesurer.

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13 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 13 septembre 2011 03 h 41

    Vous avez raison...

    Vous avez parfaitement raison Monsieur. D'ailleurs, au moins un média a commencé à préparer l'opinion publique internationale, en particulier la française, pour que la fin du Montréal français n'apparaisse pas très dramatique...
    Dans son numéro spécial de juillet-août 2010 portant sur le thème porteur en France de "S'installer au Canada", dans sa page "Panorama du Canada", l'Express magazine semble déjà avoir commencé à banaliser une prochaine annonce du déclin définitif de la majorité de langue française à Montréal.
    En effet, Montréal n'y est plus présentée comme à son habitude en tant que deuxième ville française du monde, mais y est qualifiée de "quatrième agglomération francophone dans le monde"... Ce qui, à mon avis, ne fut sans doute pas sans un travail stratégique de sape politique canadienne à l'encontre de ces francophones du Québec qui s'obstinent effrontément à croire encore dans la légitimité de leur existence collective majoritaire.
    D'ailleurs, dans ce même numéro, sous des apparences habiles de faits indiscutables et indiscutés, le nombre de demi-vérités fut si considérable que je ne pu m'empêcher d'y réagir directement et fortement auprès du rédacteur en chef, Monsieur Christophe Barbier. Celui-ci, invité vedette de si importantes émissions françaises d'informations qu'il semble en avoir une carte de membre permanent, ne fit pour toute réponse que tenter de noyer le poisson en m'adressant une si laconique missive que je me sentis obliger d'y répondre ensuite. Ce qui ne me laissa plus alors que l'obligation d'attendre une action qui, vous l'avez bien sûr compris, ne vint jamais...
    Sans autre moyen de faire connaître l'affaire publiquement en France, à titre d'auteur j'ai alors envoyé le texte de ma lettre avec une petite présentation de l'affaire au site La Vigile du Québec" qui alors, l'a publié.
    Me laissant toujours aujourd'hui, un an plus tard, dans l'attente d'une explication publique de

  • Jean Lapointe - Abonné 13 septembre 2011 09 h 01

    Il ne suffit pas de déplorer l'absence de réaction.


    Il ne suffit pas de déplorer l'absence de réaction devant la réalité démolinguistique de Montréal et devant l'inaction du gouvernement Charest , chacun de nous doit se demander s'il ne pourrait pas essayer de faire quelque chose de plus pour remédier à la situation.

    Par exemple, est-ce que les médias, y compris les journaux , font vraiment ce qu'on serait en droit d'attendre d'eux dans ce domaine? Je n'en suis pas sûr.

    Les journalistes critiquent beaucoup mais qu'apportent-ils pour alimenter les débats ? Où sont les dossiers sur l'état de la langue française au Québec , en particulier à Montréal? Y en a-t-il suffisamment?

    Pour ce qui est de l'absence de réaction de la part de la population, il me semble qu'il n'est pas nécessaire d'en chercher longtemps l'explication.

    Quand autour de 80% de la population demandent une enquête sur la corruption et demandent aussi la démission du premier-ministre et que celui-ci ne fait rien et ne démissionne pas , il y a de quoi s'interroger sur l'utilité de réagir quand on se rend compte que ça ne donne rien de le faire face à ce gouvernement-là?

    C'est pareil en ce qui concerne la souveraineté. Il y a de quoi s'écoeurer quand on voit la façon dont les partis politiques fédéraux et provinciaux fédéralistes ont réagi lors du référendum de 1995. Il y a de quoi être écoeuré pour la vie devant tant de cynisme de leur part.

    La colère gronde dans la population . Il faut arrêter de s'en prendre à elle monsieur Descôteaux et s'affairer plutôt à identifier les vrais responsables de cette colère et s'en prendre à eux plutôt.

  • Andre Gignac - Inscrit 13 septembre 2011 09 h 49

    SEULE L'INDÉPENDANCE DU QUÉBEC...

    Sans l'indépendance du Québec, la francisation mûr à mûr et l'immigration conduisent dans un cul-de-sac. Nos gouvernants tant libéraux que péquistes sont pour le maintien du statu quo actuel qui profite à leur carrière politique et à l'establishment économique de Bay Street. Le jour que les Québécois vont comprendre ça, nous aurons fait un bon bout de chemin pour notre indépendance. En attendant, tout ce que nous pouvons faire, c'est de sauver les meubles le plus possible par la résistance.

    André Gignac 13/9/11

  • Yves Côté - Abonné 13 septembre 2011 10 h 00

    La fin de ma dernière phrase...

    Me laissant toujours aujourd'hui, un an plus tard, dans l'attente d'une explication publique de l'Express magazine et de son rédacteur en chef.

  • ZINGRAFF Gérard - Inscrit 13 septembre 2011 11 h 35

    A M. Yves Côté.

    En France, nous sommes habitués à la vision très "harmonie shakespearienne" de ce personnage. Nous restons polis, donc nous haussons les épaules.
    En revanche, lorsqu'il devient agaçant ou plus qu'original, il suscite des réactions.
    Vous pouvez en trouver une superbe dans un forum de France 5, émission "C dans l'air" où son assiduité est par ailleurs absolument remarquable. Elle est datée 14 Juin 2008 et fut écrite par un internaute sous le pseudonyme "Winston 1984".
    Si vous ne pouviez pas y accéder, je me ferais un plaisir de vous la communiquer !