États-Unis - Canada - Une industrie en déclin

Dans le discours pour l'emploi qu'il a prononcé jeudi dernier, le président américain, Barack Obama, a promis des milliards pour éviter que l'Amérique ne retombe en récession, mais il a aussi réitéré son engagement de mettre fin à l'hémorragie qui frappe l'industrie manufacturière américaine. Le Canada et le Québec font aussi face à des pertes d'emplois majeures dans la fabrication des biens au profit de pays comme la Chine. A-t-on raison de s'inquiéter?

Alors que toute l'attention était portée sur les 447 milliards du plan pour l'emploi que le président des États-Unis aimerait faire adopter par un Congrès hostile, une section de son discours touchait la corde sensible de ces millions d'emplois perdus à cause de la délocalisation des usines vers des pays où les coûts sont moins élevés. Il faut tout faire pour que les États-Unis redeviennent le numéro un dans la fabrication des biens, a-t-il lancé, sans renoncer aux avantages acquis par les ouvriers dans le passé.

À l'instar de plusieurs pays que l'on disait industrialisés, le secteur manufacturier aux États-Unis et au Canada a subi une véritable saignée au fil des ans. Non pas en valeur monétaire des biens produits qui n'a pas diminué, mais en nombre d'emplois. En dix ans seulement, l'emploi a fondu de 20 % dans le secteur manufacturier au Canada alors qu'il augmentait de plus de 20 % dans les autres secteurs réunis. Aujourd'hui, seulement 10 % de la main-d'oeuvre travaille en usine, soit la moitié moins, en pourcentage, qu'il y a trente ans.

Au banc des accusés, on trouve évidemment la mondialisation des échanges qui, d'un côté, a ouvert de nouveaux marchés, mais, de l'autre, a permis d'aller produire à coûts inférieurs au Mexique ou en Chine, laquelle Chine est aujourd'hui devenue le premier «partenaire» commercial des pays avancés, ou plus exactement leur principal ennemi économique.

Mais d'autres facteurs expliquent cette situation. La crise qui touche toujours l'industrie de la forêt et du papier, par exemple, a forcé la fermeture de plusieurs usines. Et que dire de l'éclatement de la bulle technologique, il y a dix ans, qui a entraîné la perte de grandes et petites entreprises de haute technologie, dont le géant canadien Nortel, qui était le premier employeur au pays d'ingénieurs et de techniciens spécialisés dans la conception et la fabrication d'équipements de télécommunications.

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Ce passage d'une société industrielle fortement marquée par le travail d'usine à une société de services n'a pas que des inconvénients, bien sûr. Plus instruits que leurs parents et leurs grands-parents, bien des jeunes rejettent l'idée d'accomplir des tâches répétitives toute leur vie, même en échange d'un bon salaire.

En revanche, compte tenu des progrès majeurs réalisés au chapitre de la productivité, l'usine d'automobiles ou de moteurs d'avion moderne a peu à voir avec celle des années soixante. Et comme la valeur ajoutée y est souvent plus élevée que dans bien des services, les salaires le sont aussi.

Il ne faut pas non plus sous-estimer l'importance des retombées en amont et en aval d'une industrie manufacturière diversifiée. Difficile d'imaginer des facultés de génie mécanique et industriel très dynamiques, des centres de recherche inventifs en physique et en matériaux composites quand la fabrication a lieu à l'autre bout du monde.

L'industrie manufacturière stimule la recherche et fait vivre des milliers de spécialistes en gestion de projets et de processus. Une myriade de petites et de moyennes entreprises l'alimente en intrants et en services, de l'entretien au transport en passant par l'approvisionnement en matière première et en énergie.

Malheureusement, sauf exceptions, il est très rare d'assister au retour d'une usine expatriée. Le président Obama peut toujours rêver de voir l'Amérique redevenir le premier constructeur de voitures de la planète, il y a peu de chance que cela se produise, même avec un dollar américain faible.

Et le constat vaut pour le Canada, dont la productivité est largement inférieure à ce qu'on observe aux États-Unis et dans plusieurs pays européens, ne serait-ce que parce qu'une forte proportion de nos grandes entreprises sont des filiales de sociétés étrangères.

Sans imaginer que l'on puisse revenir en arrière, il est tout de même possible pour les gouvernements de stimuler la productivité, voire d'exiger des sociétés qui exploitent nos ressources qu'elles incluent une part de transformation beaucoup plus importante dans leurs plans d'investissement.

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