Démission de Nathalie Normandeau - Saisir l'occasion

Nathalie Normandeau nous dit de ne pas chercher ailleurs que dans un choix de vie personnel les raisons de son départ de la politique. Sa décision est le fruit d'un long cheminement dont l'aboutissement semble la remplir de satisfaction. À toutes les questions, elle a répondu mardi avec une sincérité qui n'a pas failli. Le regret affiché par le premier ministre Jean Charest ne faisait pas de doute non plus. Il perd une alliée.

Jean Charest n'est toutefois pas un sentimental. Il a vite vu dans ce départ une occasion à saisir. D'où ce remaniement hier qui règle quelques problèmes urgents. D'abord celui de Sam Hamad qui, aux Transports, souffrait de surexposition médiatique et de fatigue dans le dossier aux multiples enjeux du transport dans la région de Montréal. Il cache sa rétrogradation derrière une promotion au ministère prestigieux du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation. Son remplaçant, Pierre Moreau, est de la rive sud de Montréal et devrait mieux comprendre les problèmes de Montréal qu'un ministre de Québec. La manoeuvre est habile, mais pour Pierre Moreau la bouchée sera grosse. Aussi grosse que les problèmes de Montréal.

Le monsieur économie du gouvernement, Clément Gignac, ne perd rien en laissant sa place à Sam Hamad. Avec le portefeuille de Nathalie Normandeau, il devient le porteur du projet chéri du premier ministre, le Plan Nord. Le ministère de l'Énergie, des Ressources naturelles et du Plan Nord est un ministère à vocation économique. C'était vrai avec Nathalie Normandeau, et ce le sera encore plus avec Clément Gignac, qui est là pour faire des affaires.

En ramenant Yvon Vallières au cabinet pour remplacer M. Moreau aux Affaires intergouvernementales, il vient donner de la cohésion à son équipe. À cet égard, mieux vaut un vieux routier comme l'ancien président de l'Assemblée nationale qu'un des jeunes députés qui attendent d'entrer au cabinet, mais qui serait vulnérable. Le choix de Line Beauchamp comme vice-première ministre répond aussi à ce souci de cohésion.

Vulnérable, le gouvernement libéral l'est à plusieurs égards. Il doit faire face sur plusieurs fronts. Outre les transports et le dossier minier, il y a l'épineux dossier de l'amphithéâtre Labeaume qui refera surface dès la rentrée parlementaire. Le projet de loi 204 légalisant le processus de sélection de Quebecor pour la gestion de cet amphithéâtre a déchiré le PQ au printemps, mais aussi créé des remous chez les libéraux. Il y a là un dérapage potentiel à contrôler.

Puis, il y a la question de la satisfaction des électeurs envers le gouvernement et Jean Charest lui-même. Si la montée dans les sondages du parti virtuel de François Legault se poursuit, il ne manquera pas de voix pour contester sa capacité à mener le Parti libéral à une nouvelle victoire. Mieux vaut à ce moment-ci s'assurer de la fidélité de ses ministres, d'où son choix de récompenser par ce petit remaniement quelques fidèles, de renforcer l'esprit d'équipe. C'était une occasion à saisir. Ce qu'en bon politicien, il a fait. Le résultat n'est toutefois en rien garanti.

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