Parti québécois - Le mur

Les députés du Parti québécois se sont réunis ces deux derniers jours pour préparer la rentrée parlementaire du 19 septembre. Pour une bonne part, ce fut une séance de lessive du linge sale péquiste. Si quelques taches ont été nettoyées, plusieurs sont tenaces. Rien n'est encore assuré pour Pauline Marois.

La chef péquiste est une leader blessée dont l'autorité est menacée de toutes parts. Il y avait urgence pour elle de colmater les brèches à cette réunion de Saguenay pour que ne survienne pas une nouvelle hémorragie au sein du caucus. Apparemment, elle a réussi. Au prix toutefois d'un compromis important. Elle accepte que ses députés puissent voter librement sur le projet de loi 204 portant sur l'amphithéâtre Labeaume, lequel a servi de déclencheur à la crise et entraîné un premier mouvement de démission. Par ailleurs, elle confie à un comité le soin de définir pour l'avenir les balises d'un vote libre.

Ce compromis était inévitable. Elle manifeste ainsi son ouverture à tous ceux qui dans le parti veulent «faire de la politique autrement». Elle s'assure d'un répit sur ce premier front de contestation. En revanche, elle n'a manifesté aucune volonté de pactiser avec ceux qui réclament l'abandon de sa politique de «gouvernance souverainiste» perçue comme une renonciation de l'idée même de souveraineté. Sa réponse est claire. Cette politique adoptée en congrès demeure et ne sera pas discutée dans le cadre des états généraux de la souveraineté. Cela n'apaisera en rien les Lisette Lapointe, Pierre Curzi, Jean-Martin Aussant et compagnie qui plaident pour que le Parti québécois revienne à sa mission fondamentale de promotion de la souveraineté, ce qui à leurs yeux exige un changement de chef qui serait d'autant plus urgent que Pauline Marois n'arrive pas à séduire la population.

Plusieurs militants croient que leur parti s'en va vers un mur, selon l'expression du président démissionnaire de l'association Montréal-Centre, Atim Léon. Ils ont ô combien raison. Mais Pauline Marois n'en est pas la cause, comme celui-ci le pense. C'est collectivement que le Parti québécois fonce vers ce mur, autant sa direction que ses militants qui ne veulent pas voir que le mouvement souverainiste est l'objet d'un décrochage politique. L'élection fédérale du 2 mai nous l'a révélé brutalement. Après le Bloc québécois, c'est le Parti québécois qui est en train d'en être la victime. Le montre bien la chute vertigineuse de popularité de ce parti dans les sondages.

L'absence d'explication rationnelle de ce phénomène ne justifie pas le déni collectif dont semblent frappés les souverainistes. Au contraire, cette ultime chicane alimentera la lassitude des électeurs souverainistes dont la passion à l'égard de ce projet s'est émoussée au fil des années.

Le Parti québécois peut éviter le mur vers lequel il se dirige. Tout au moins, il est possible de limiter les dégâts, pour peu que la raison reprenne le dessus. Il appartient à Pauline Marois de tenter quelque chose puisque c'est elle qui est au volant. Elle doit trouver le compromis qui permettra un rapprochement. Autrement, la campagne pour obtenir son départ continuera. Démissionnerait-elle que son successeur prendrait toutefois les rênes d'un parti profondément divisé, affaibli et déboussolé.
29 commentaires
  • Bernard Gervais - Inscrit 2 septembre 2011 01 h 59

    Pas brillants

    Avant d'agir comme ils l'ont fait début juin, les députés Curzi, Aussant et autres auraient dû porter attention au message envoyé par les électeurs québécois lors des élections fédérales du mois précédent.

    Cependant, ils ont préféré malgré cela démissionner et, comme certains militants radicaux, ont commencé à critiquer ouvertement le leadership de Mme Marois.

    Et, à lire les récents sondages, on voit bien, qu'en agissant ainsi, ils ont plutôt nui à la cause qu'ils défendent au lieu de l'aider.

  • Chic type - Inscrit 2 septembre 2011 06 h 36

    vous êtes un humoriste!

    vous dites: "L'absence d'explication rationnelle de ce phénomène ne justifie pas le déni collectif dont semblent frappés les souverainistes."

    absence d'explication rationnelle???

    les deux derniers mandats du PQ au pouvoir ont consacré son incompétence à diriger la province

    les gens sont ou bien las de la souveraineté ou simplement pas intéressé à en entendre parlé

    une option de rechange valable aux yeux de la population est en émergence

    c'est pas ben ben compliqué à comprendre me semble

  • Yves Côté - Abonné 2 septembre 2011 06 h 56

    Le bateau ivre...

    Rien ne sert à tenter de réparer un bateau ivre qui, de surcroît, fuit de partout alors que ses commandes échappent sans cesse un peu plus à son capitaine. Il est trop tard selon moi, pour y mettre de l'énergie et des espoirs.
    Pour arriver à bon port, il faut changer de navire.
    Ce qui ne plaira ni aux titulaires de postes au PQ, parce que malheureusement ils y perdront tous leur boulot même s'ils sont compétents, ni aux divers partis fédéralistes, parce qu'eux craignent déjà de se retrouver à cette suite devant un nouveau parti indépendantiste, plus puissant et dynamique, regroupant une large majorité de Québécois par ses propositions d'action.

  • Catherine Paquet - Abonnée 2 septembre 2011 07 h 22

    La lassitude des électeurs souverainistes a une origine...

    À mon avis, l'origine de de la "lassitude des électeurs souverainistes" que décèle l'éditorialiste, vient certainement du constat que font plusieurs indépendantistes lucides de la première heure, qu'ils se nomment Bourgeault, Ferretti ou Chaput, à l'effet que le PQ et ses leaders n'ont jamais été indépendantistes.
    Ils l'ont peut-être dit, mais ils ne l'ont pas prouvé aux yeux de ces militants.
    Pour ranimer son parti, Mme Marois devrait suivre les conseils de Jacques Parizeau et définir clairement son projet politique. Indépendance ou souveraineté -association, étapisme ou autonomisme? Bien sûr, Jacques Parizeau pose ses question en fonction de l'indépendance. Il demande entre autres que le PQ dise ce que contiendrait l'indépendance. Monnaie, armée, frontières, nationalité, fiscalité, Il demande ensuite au PQ de dire "ce qu'il fera avec": La gestion des grands projets, la voie maritime, les aéroports, les Communications. Les relations avec le Canada, les États-Unis. l'Union européenne, les Organisations internationales. La participation aux opérations de l'ONU et de l'OTAN.
    Un projet de gestion d'un nouveau pays ne dessine pas sur un coin de table...
    Ensuite, si les Québécois n'en veulent pas, il faudra bien se rendre à l'évidence et ramasser ses billes.

    Georges Paquet

  • alen - Inscrit 2 septembre 2011 07 h 26

    Le mur... ou le toit

    Monsieur Descôteaux, la question est plutôt de savoir si le parti va s'écraser dans le mur ou s'il va être écrasé par le toit de l'édifice pliant sous le poids de la meute de journalistes et de médias aglutinés dessus et qui font <spinner> pendant des jours et des jours la moindre coquille qu'ils peuvent trouver comme un vent de tempête... La même gang en fait qui a écrasé Mario Dumont et l'Adq la dernière fois. On se le cachera pas, les magnats de la presse et de la finance sont satisfaits de la ligne <droite> (vous la catchez?) du parti.