Le contentieux libyen - Algérie honnie

Le Conseil national libyen de transition (CNT) ne le digère pas. Vraiment pas. Quoi donc? L'hospitalité accordée à des membres de la famille Kadhafi par le gouvernement algérien. Pour illustrer combien le CNT est remonté contre son voisin en général et le président Abdelaziz Bouteflika en particulier, on retiendra ce mot d'un des dirigeants du CNT: «Ils ont des comptes à rendre.» En fait, l'accueil réservé à une des femmes du colonel et trois de ses enfants, tous adultes et soupçonnés d'avoir trempé dans les basses œuvres du père, s'avère la goutte ayant fait débordé un vase rempli de contentieux politiques, dont certains liés à la guerre civile qui a ravagé l'Algérie dans les années 90.

Parmi les agacements récents que les Libyens ont ressentis à la suite des gestes posés par Bouteflika, il y a tout d'abord le barrage que celui-ci a tenté de faire au sein la Ligue arabe. En effet il s'est opposé, avec la complicité notamment de la Syrie, au soutien que les pays membres de cette organisation ont apporté à la résolution du Conseil de sécurité de l'ONU balisant l'intervention de l'OTAN. Il s'est attaqué également au Qatar pour l'aide financière que ce petit royaume a apportée aux insurgés libyens.

Avec l'espoir de tuer dans l'oeuf le soulèvement commencé à Benghazi, le gouvernement algérien, selon les assurances données par le CNT, aurait acheminé des armes à Kadhafi alors qu'il avait toujours la maîtrise de la capitale. Non seulement ça, mais il aurait également, affirme encore le CNT, laissé des mercenaires à la solde du colonel faire des allers et retours entre l'Algérie et la Syrie. Bref, les relations entre les parties sont à l'image du couteau tiré.

Cela étant, la dernière attaque verbale du CNT à l'encontre du président algérien a eu un effet pervers quelque peu inattendu. En martelant qu'il devrait rendre des comptes, le CNT a du coup étouffé la sympathie que bien des Algériens éprouvaient pour les voisins. Et ce, d'autant plus rapidement que ces derniers, Bouteflika en tête, n'admettent pas la présence de l'OTAN, donc des Occidentaux, en dehors de son champ d'action traditionnel.

De ce changement de posture, Bouteflika va en bénéficier. Entre les bombardements effectués en grande partie par l'ancienne puissance coloniale, la France évidemment, et les saillies politiques du CNT, la rue algérienne a passablement réduit ses ardeurs antigouvernementales. À ce propos, on a observé une diminution des manifestations et grèves. Il est vrai que celles menées au printemps ont été réprimées brutalement par une classe militaire passée maître, depuis des lunes, dans le déploiement des brutalités. Reste que depuis les assauts des insurgés libyens rendus possibles grâce à l'action de l'OTAN, une OTAN honnie par des pans entiers de la population algérienne, les espoirs d'une libération «à la tunisienne» ont fondu comme neige au soleil.

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