Virus du papillome humain - Québec rate la cible

Digne d'une autre époque, la campagne de publicité du gouvernement du Québec destinée à promouvoir le vaccin contre le VPH (virus du papillome humain) entraîne la confusion, surfe sur les préjugés et rate complètement sa cible. En maniant mollement l'humour, Québec joue la carte paternaliste et risque de créer un faux sentiment de sécurité en matière de protection contre les infections transmises sexuellement (ITS). L'objectif est totalement loupé.

Le gouvernement poursuit ses efforts pour inciter les parents à faire vacciner leur fille contre le VPH, une des ITS les plus répandues au Canada et dans le monde — environ 75 % des hommes et femmes actifs sexuellement sont susceptibles de le contracter. Il existe près d'une centaine de VPH, dont une dizaine sont liés au cancer du col de l'utérus. Au Québec, un vaccin gratuit est administré aux filles en 4e année et en 3e secondaire. Des incertitudes demeurent quant à la durée de son efficacité, mais l'on sait qu'il enraye à 100 % les risques de cancer du col de l'utérus causé par les types 16 et 18 de VPH.

«Comment diable dire tout cela sans endormir l'auditoire?» s'est demandé le gouvernement, cherchant à faire drôle/faire jeune/faire hop hop hop tendance. Craignant de sombrer dans le jargon technique et scientifique — «Et si le public ne comprenait pas?» —, on a décidé d'agiter la drôlerie en concoctant une publicité comparant le vaccin à une ceinture de chasteté, comme s'il n'y avait pas d'autre option hormis «se croiser les doigts ou prôner l'abstinence».

Plutôt que d'informer, cette publicité crée la confusion. On l'a emballée de légèreté pour titiller l'intérêt du public, mais ses comparaisons grossières (le vaccin contre le VPH est aussi efficace qu'une ceinture de chasteté car il enraye le problème à la source) sont infantilisantes et ne favorisent en rien une décision éclairée. De cette campagne de peur sont absents des pans d'information indispensables: on omet de mentionner que le vaccin ne protège pas des autres ITS et que l'usage du condom est donc toujours essentiel; on oublie de dire que le vaccin ne protège pas contre toutes les souches de VPH et que l'annuel test Pap, grâce auquel la détection de cellules anormales sur le col de l'utérus s'effectue, est encore nécessaire.

Cette publicité confirme tout le mal éprouvé, aujourd'hui encore, à causer sexualité simplement. Le gouvernement, qui promeut l'importance d'une saine éducation à la sexualité, ne prêche pas par l'exemple en cautionnant ce type de campagne — que même sous un flot de critiques, il persiste à défendre en la qualifiant même de «féministe»!!! Le voilà réduit à tenter de provoquer la rigolade pour faire la promotion d'un vaccin visant à diminuer l'incidence d'un cancer... Le tout est enrobé d'une sauce publicitaire nourrie de clichés et de préjugés, ce qu'on tente pourtant de combattre férocement dans le champ des stéréotypes sexuels. Non, franchement, cela n'a rien de drôle.

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machouinard@ledevoir.com

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3 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 1 septembre 2011 08 h 06

    Le petit docteur

    Le docteur «vaccin» pourrait-il maintenant nous parler des effets secondaires?

  • roger girard - Inscrit 1 septembre 2011 09 h 14

    Minute papillon!

    Une telle campagne pose décidément problème, mais ce n’est pas une première. On peut penser que la faiblesse éducative de ces opérations publicitaires est bien connue en milieu gouvernemental puisqu’une prochaine session de formation nationale pour le personnel scolaire, qui se tiendra cet automne à Québec et à Montréal, a justement pour titre « Les campagnes de prévention : aide ou obstacle à la réflexion éthique? » (cf. http://www.mels.gouv.qc.ca/sections/offreFormation

  • roger girard - Inscrit 1 septembre 2011 10 h 03

    Minute papillon!

    Une telle campagne pose décidément problème, mais ce n’est pas une première. On peut penser que la faiblesse éducative de ces opérations publicitaires est bien connue en milieu gouvernemental puisqu’une prochaine session de formation nationale pour le personnel scolaire, qui se tiendra cet automne à Québec et à Montréal, a justement pour titre « Les campagnes de prévention : aide ou obstacle à la réflexion éthique? » (cf. http://www.mels.gouv.qc.ca/sections/offreFormation