Le Tea Party - Le délire

La France moyen-âgeuse a eu sa Jeanne d'Arc, la bergère à qui Dieu parlait en exclusivité. Une Amérique sensible ces jours-ci aux accents féodaux a sa Michele Bachmann, à qui Dieu a réservé une de ses lignes de communication forcément postmoderne. À preuve, les propos formulés à chaud par cette égérie du Tea Party, à l'effet que le tremblement de terre qui a quelque peu abîmé la capitale d'un État fédéral honni par le «thé» en question ainsi que l'ouragan Irene sont des avertissements envoyés par Dieu. Son message? Si vous persévérez à faire le lit de la laïcité et autres lubies forgées à l'aune du rationalisme, alors nous serons embringués dans la bataille des batailles: l'Armaggedon. Qu'on se le tienne pour dit!

Après avoir proféré une énième énormité, cette représentante d'un comté du Minnesota et candidate à l'investiture républicaine a fait ce qu'elle fait toujours en de telles circonstances: elle ramène ses élucubrations à une blague. On la prend en délit de mensonge? C'est une farce! Elle verse dans la désinformation? C'est de la rigolade! Elle, si éprise des diktats religieux, n'a aucune inclination pour l'acte de contrition, soit-il d'une extrême minceur.

Au cours des dernières semaines, une série d'articles ayant Bachmann et le Tea Party pour sujets, notamment le long portrait publié dans le New Yorker combiné à l'essai que Max Blumenthal (Republican Gomorrah, aux éditions Nation Books) a consacré aux mouvements religieux, alignent tous des constats qui sont autant de contradictions au chapelet de blagues de madame. Ces écrits propagent surtout le froid dans le dos, tant les leaders et militants de ce courant se révèlent être des salafistes de la parole divine dans sa version catholique.

Cette posture a pour origine la théorisation par Francis Schaeffer, au début des années 80, de la domination du catholicisme sur les autres monothéismes, d'où le nom donné à ce courant: les «dominationnistes». Pour les adhérents aux élucubrations de Schaeffer, la Bible n'est pas un livre, mais la vérité totale. Elle est un droit accordé à ses adeptes de dominer les autres religions et tous les faits de nature. Pour les clones de Schaeffer, les esclavagistes étaient en fait des bénévoles: ils ont extrait l'homme noir de sa misère et ont eu la bonté de le nourrir. Quoi d'autre? La Renaissance et le siècle des Lumières forment l'époque au cours de laquelle l'humanité a le plus régressé.

Dans cette décadence de la pensée, dans ce refus fanatique d'accorder au progrès la moindre vertu, les «dominationnistes» ont des alliés influents qu'on appelle les «originellistes». Il s'agit en fait de ces juges, désormais majoritaires à la Cour suprême des États-Unis, qui flirtent, pour rester pondéré, avec une conception aryenne du monde. Depuis la nomination de Sam Alito par Bush fils à la Cour des cours, cet Alito qui s'était taillé une réputation d'ultra en s'opposant avec virulence aux prescriptions des droits civiques, les «originellistes» et leur patron intellectuel, Clarence Thomas, s'appliquent à défaire tout ce qui ressemble de près comme de loin à la dignité comme à l'intégrité humaines. Que Galilée et Copernic soient redevenus des modernes est la preuve que la Terre n'est ni plate, ni ronde, mais à l'envers.
18 commentaires
  • Line Gingras - Abonnée 31 août 2011 03 h 22

    Confusion?

    J'ai l'impression que l'on confond ici catholicisme et christianisme. D'après les quelques recherches que je viens de faire, madame Bachmann n'est pas catholique. Monsieur Schaeffer ne l'était pas non plus; en outre, selon l'article du «New Yorker», il croyait que les chrétiens (et non pas seulement les catholiques) devaient dominer le monde : «Christians, and Christians alone, are Biblically mandated to occupy all secular institutions until Christ returns.» (D'accord pour dire que cela donne froid dans le dos.) Il semble par ailleurs que le Tea Party attire surtout des protestants évangéliques.

  • fruitloops - Inscrit 31 août 2011 08 h 36

    Tout le monde (ou presque) sait que la terre est plate!

    Il semblerait qu’il y ait aussi 20% des américains qui croient encore que la terre est plate. Pas très surprenant finalement ce que cette conne peut exprimer. C’est évidemment ridicule. Seul problème : il sont aussi armés.

    Extrémisme américain et islamique : même combat, même dangereuse bêtise.

  • Dominik - Inscrit 31 août 2011 08 h 42

    Confusion

    M. Truffaut,

    Vous avez commis une grossière erreur en vous trompant de dénomination religieuse. C'est étrange, car plusieurs de vos textes me semblent plutôt bien renseignés. Employer le terme "catholicisme" pour désigner la dénomination religieuse de Bachmann et Schaeffer, c'est comme mentionner le gouvernement du Québec pour parler des Canadiens français. L'erreur est multiple. L'une est une église centralisée, avec une forte hiérarchie, ses dogmes centralisés et un lourd appareillage de règles, et duquel on peut être excommuniée et qui cherche malgré tout à s’inculturer. Alors que Bachmann et Shaeffer fréquentent des églises décentralisées et des courants récents issus de la réforme protestante, qui cherche à se libérer de la culture ambiante.

    Peut-être que vous aviez vos raisons pour utiliser le terme catholicisme, mais si vous avez une définition à vous, il aurait été bien alors de la mentionner au début de votre texte.

    p.s.: Sur la page wiki de Mme Bachmann, on souligne qu'elle fut accusée d'avoir fréquenté une église affirmant que le Pape catholique était l'antéchrist.

  • ArnoldMartin - Inscrit 31 août 2011 08 h 47

    Paresse, escroquerie ou désinformation?

    Je suis tout à fait choqué par le commentaire biaisé de M. Truffaut sur Mme Bachman.
    Si M. Truffaut s'était donné la peine de consulter les sources américaines originales, il aurait immédiatement compris que tout cela était au second degré et sous le signe de l'humour.
    Le biais anti-droite du Journal Le Devoir ne devrait pas se réfléter dans la présentation et l'analyse des informations.

  • Yves Casgrain - Inscrit 31 août 2011 09 h 08

    Délire

    Eh bien ! Voilà une belle preuve d'un manque de culture religieuse. L'auteur de l'article est incapable de faire la différence entre l'Église catholique et les autres dénominations chrétiennes ! Mme Michele Bachmann délire ! Le pasteur, pas catholique du tout, qui excuse tout au nom de la supériorité de sa croyance ! Un petit conseil M. Serge Truffaut : la prochaine fois, avant d'écrire sur un sujet religieux, passez voir votre collègue Stéphane Baillargeon. Il pourra aisément éclairer votre lanterne... Amen !