DSK - L'embarras

L'affaire DSK se clôt comme elle a commencé: avec un immense malaise. Le dossier de 25 pages dressé par les procureurs de New York pour justifier la demande d'abandon des procédures à l'égard de Dominique Strauss-Kahn, demande acceptée hier par un tribunal de Manhattan, est impitoyable. L'accusatrice de l'ancien patron du FMI et star de la politique française y apparaît, preuves à l'appui, comme une menteuse pathologique, qui sait comment monter des histoires pour arriver à ses fins.

Et encore, le rapport d'origine est trois fois plus long, rapportait hier le New York Times! Il a toutefois été réduit afin d'écarter des faits secondaires susceptibles d'«embarrasser» la plaignante, Nafissatou Diallo. On se demande bien lesquels tant les 25 pages rendues publiques sont dévastatrices.

Pourtant, des faits restent, irréfutables. Il est prouvé qu'il y a eu contact sexuel entre les deux parties à cette affaire, à peu près dans les termes décrits par madame Diallo. Ce ne fut pas une histoire de conquête, de séduction, de rendez-vous galant — ou payant! — fixé à l'avance. L'homme de pouvoir et la femme de ménage se sont vus pour la première fois dans la suite 2806 de l'hôtel Sofitel que monsieur Strauss-Kahn s'apprêtait à quitter.

Leur rencontre a été expéditive: sept à neuf minutes, précisent les procureurs, moment écoulé entre l'entrée dans la chambre de madame Diallo, enregistrée grâce à sa carte magnétique, et un appel placé par monsieur Strauss, lui aussi noté aux registres de l'hôtel. On a trouvé des traces de sperme de DSK sur le haut de l'uniforme de la jeune femme qui corroborent une fellation. Madame Diallo dit avoir par la suite craché: trace en a été trouvée sur le tapis. C'est déjà, de toute évidence, une «p'tite vite» d'un genre un peu particulier.

Mais seule la crédibilité de la plaignante pouvait permettre de déterminer s'il y a eu force et absence de consentement, soulignent les procureurs. Or comme la plaignante — dont toute la vie, depuis son arrivée aux États-Unis, est un arrangement avec la vérité — n'est pas crédible, un procès devient donc impossible, point à la ligne.

C'est un soulagement pour Dominique Strauss-Kahn, qui a beaucoup perdu dans cette aventure de quelques minutes. Mais une question demeure: une menteuse du genre de Nafissatou Diallo ne pourra donc jamais être crue si elle est un jour véritablement victime d'agression? Sa réputation à elle compte donc davantage que la réputation d'un homme qui a une longue feuille de route de rapports troubles aux femmes — comme c'est le cas de DSK? En l'absence de blessures spectaculaires, des faits qu'on peut mettre en doute ne pourront donc jamais être présentés à la cour dès lors qu'une plaignante a un peu trop le don de la manipulation?

Tout faire pour éviter de condamner des innocents est le socle de la justice pénale. Mais ici, on a l'impression de revivre le camp des bonnes filles, qui ont le droit d'accès au système de justice, et celui des mauvaises — prostituées, toxicomanes, ou réfugiées qui mentent pour réussir à entrer dans le pays occidental rêvé... — pour qui le statut des victimes ne se gagne que de haute lutte, tant leur parole est constamment remise en doute.

Il est vrai que démêler le vrai du faux était un défi dans ce curieux dossier. Mais on peut se demander si on a vraiment tenu à le relever.

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jboileau@ledevoir.com

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24 commentaires
  • paumier1 - Inscrit 24 août 2011 00 h 29

    Mensonge et vérité ?

    Je pense que Mme Boileau a raison. Mais par ailleurs, Mme Diallo ne s'est pas aidée. Le fait le plus incriminant à mes yeux est cet appel téléphonique à un ami en prison. Mais DSK ne s'en sort pas les mains propres, loin s'en faut.

  • Catherine Paquet - Abonnée 24 août 2011 03 h 13

    Le sort d'une femme de chambre noire Africaine...

    Comme on l'a lu dans la presse française:

    - Depuis quand est-ce un crime de "détrousser une femme de chambre" ?

    -Le sort des noirs Africains n'a jamais empêché de dormir la bourgeoisie française.

  • Catherine Paquet - Abonnée 24 août 2011 03 h 16

    Finalement...

    Finalement, c'est au procès de Mme Diallo auquel nous avons assisté...

  • Roger Lapointe - Inscrit 24 août 2011 05 h 55

    La criminalité sexuelle n'est pas jugée de la même manière aux USA.

    Cette cause trop célèbre, démontre hors de tout doute que les crimes à caractère sexuel commis aux USA ne sont pas considérés ou évalués comme les autres délits.La stature politique de DSK a surement jouée contre la plaignante traitée comme une stupide menteuse par le District Attorney de New York Cyrus Vance de triste renommée (affaire Monica Lewinsky).J'ose croire que la poursuite au civil ne tombera à l'eau comme celle au pénal.Dans un pays qui se targue de traiter durement les criminels, les USA ont l'air tout a fait à l'opposé de cette image du Law

  • tohi1938 - Inscrit 24 août 2011 07 h 29

    L'embarras devrait être celui des journalistes!

    En réalité il y a de quoi se réjouir de constater que le système américain de justice est pas mal moins pourri que le nôtre, et qu'il est possible quelque part d'admettre que l'on a fait fausse route, ce qui est loin d'être le cas pour les juges de la Cour Supérieure du Québec, dont certains n'hésitent même pas à ignorer des preuves pour pouvoir laisser libre cours à leur idéologie.
    Ce qui est navrant cependant, c'est l'acharnement invraisemblable des chroniqueurs et chroniqueuses de tout poil, à se baser sur des ragots pour pouvoir en toute liberté salir, que dis-je, salir, traîner dans la boue, pour ne pas dire la m.... tout ce qui est susceptible de faire recette. C'est bien ce que disait Gil Courtemanche à TLMEP : "il faut montrer des cadavres, et du sang".
    Et d'autant plus navrant que ces accusations grossières se font au nom d'une vertu aussi illusoire et fallacieuse qu'empoisonnée.
    Démêler le vrai du faux pour reprendre votre conclusion devrait être au cœur des bons journaux, et à tout le moins, tout comme l'a fait le procureur de New York, d'admettre que les accusations des journalistes étaient non-fondées, et qu'il y a lieu de présenter des excuses.
    Le journalisme doit ses lettres de noblesse à sa lutte contre le mensonge, et non à sa propagation.
    Et comme le dit la SAQ de pratiquer la modération pour la fois d'après.