Crise financière - Fin de partie

Une semaine durant, la planète économique a évolué au gré d'oscillations boursières si fortes que l'angoisse s'est installée à la tête du baromètre des humeurs financières. On craint comme jamais l'émergence d'une autre récession. On craint plus exactement la répétition, pas à l'identique évidemment, d'un épisode historique qui annonce, peut-être, la fin d'un cycle. Lequel? La déréglementation tous azimuts.

Plus d'une analyse rédigée après les reculs marqués de lundi et mercredi derniers assure qu'ils sont l'illustration, en partie il est vrai, d'un renversement profond d'une tendance puisant dans les années 30. Après la crise de 1929, après avoir dressé, plus exactement, l'inventaire des maux qui avaient plongé le monde dans la dépression, et non récession, le sénateur démocrate Carter Glass et le représentant tout aussi démocrate Henry Steagall introduisirent en 1933 une réforme connue sous le nom du Glass-Steagall Act.

Leur objectif était à la fois simple et rationnel: puisque le mélange des genres, des fonctions, des activités, avait mis le monde à l'envers, il fallait y mettre un terme. De toutes leurs propositions, la plus spectaculaire était la suivante: ériger une frontière entre la banque de dépôt et la banque d'affaires. Cette initiative est à l'origine de ce qu'on appelle le cloisonnement des institutions financières. Des années durant, des séparations furent maintenues entre la banque, l'assurance, les fiducies et les valeurs mobilières.

Avec les nominations de Margaret Thatcher au poste de premier ministre du Royaume-Uni et de Ronald Reagan à celui de président des États-Unis, cet édifice construit à l'aune de la prudence, de la gestion mesurée du risque, devait subir certains ébranlements. Au printemps 1987, malgré l'opposition de Paul Volcker, alors président de la Réserve fédérale et économiste allergique à la gestion sans garde-fous du risque, les membres du conseil de cette dernière permettent aux banques de dépôt d'agir comme souscripteurs entre l'émetteur et le marché sur un certain nombre de fronts (papier commercial, obligations municipales et autres). En août 1987, Volcker était «démissionné» pour mieux être remplacé par un militant ardent de la déréglementation: Alan Greenspan.

On se souvient très bien que, à la suite du dépôt, début 1987, de la loi autorisant le décloisonnement des institutions financières alors que Brian Mulroney était premier ministre, le président de la compagnie d'assurances Groupe Commerce, Guy Saint-Germain, flanqué d'homologues, dont le patron du Trust Général, avait prévenu que le décloisonnement en question se traduirait par la concentration, éminemment nocive, d'actifs. Effectivement, dans les années suivantes on a assisté à l'acquisition par les banques, et non l'inverse, de sociétés d'assurances, de valeurs mobilières, de fiducies. Bref, on a observé la constitution de conglomérats financiers si imposants aujourd'hui qu'ils sont une vingtaine d'entre eux, à travers le monde, à avoir été inscrits dans la catégorie dite trop gros pour sombrer ou too big to fail. En d'autres mots, chacun d'entre eux a réussi le prodige (sic) suivant: il jouit de l'assurance que l'État le soutiendra financièrement en cas de séisme. On aurait voulu favoriser une culture échevelée du risque qu'on ne s'y serait pas pris autrement.

D'autant qu'au laisser-faire décrété sur le flanc des établissements on a greffé au fil des années le laisser-aller sur le flanc des fonctions. Entre le mélange des genres et l'imposition de l'autoréglementation en dogme, on a fait le lit de toutes les tares financières possibles et imaginables. On saucissonne des véhicules monétaires qu'on vend à des milliards d'exemplaires et que seuls les cracks en physique comprennent, on jongle avec des subprimes, et qu'obtient-on? La crise carabinée de 2008.

Dans cette histoire, ce qu'il y a de rageant, c'est qu'au cours des trois dernières années et alors que le boulevard de la réforme s'était ouvert devant Barack Obama, Angela Merkel et autres dirigeants, pratiquement rien n'a été fait pour remédier au fléau découlant de l'opposition fanatique aux balises portant l'empreinte de l'État. Quoi d'autre? Que l'on n'ait pas tiré certains enseignements développés par Glass et Steagall est un affront à l'intelligence.
11 commentaires
  • Socrate - Inscrit 15 août 2011 05 h 14

    crackpots

    Le pire, c'est que les crackpots du teapot party veulent maintenant perpétuer les mêmes erreurs encore.

  • Roger Lapointe - Inscrit 15 août 2011 06 h 14

    Obama de plus en plus carriériste.

    Plus le mi-mandat approche,plus Obama devient un carriériste au détriment de son parti et surtout d'une autre manière de faire de la politique intelligente, axée sur un partage plus équitable des richesses des États-Unis.Les fanatiques du Tea Party jubilent car ils ont réussi sans être au pouvoir, de faire appliquer leur politique du Tout pour les riches.Pitoyable!

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 15 août 2011 07 h 09

    Suivez le guide ...

    Et comme les agences de notation sont des entreprises privées appartenant à des conglomérats, le reste s'ensuit. Suivez le guide...

    Pierre Desrosiers
    Val David

  • François Dugal - Inscrit 15 août 2011 07 h 35

    Bonis

    Et un bon petit boni avec ça!

  • Jean-Pierre Audet - Abonné 15 août 2011 08 h 53

    Pauvres pachydermes

    Que voilà une réflexion éclairante de M. Truffaut ! Ces banques trop grosses pour que les États ne les secourent pas, font maintenant la pluie et le beau temps. En plus leurs dirigeants multimillionnaires ne tirent aucune leçon des déboires qu'ils imposent à leurs pauvres actionnaires. Eux restent bien tranquilles dans leurs fauteuils dorés au-dessus de la mêlée. Il faudra bien qu'un jour tous ces assoiffés de la finance se réveillent ! Un petit tour à pied dans la Corne de l'Afrique les ferait peut-être (?) réfléchir. Finalement, le problème de la planète est tout autant financier, social et politique, qu'environnemental.