Émeutes en Angleterre - Le désespoir

Voilà quatre jours que des bandes formées essentiellement de jeunes échangent des coups avec la police anglaise, brûlent des automobiles, pillent des magasins. Ces émeutes, qui font écho à celles des années 80, alors que le pays était plongé en pleine récession, traduisent le ras-le-bol d'une classe qui n'a plus rien à perdre. Mieux ou pire, c'est selon, cette flambée de violence était prévisible.

Ce que l'on observe aujourd'hui en Angleterre, on l'a constaté hier et avant-hier en Grèce et en Espagne: des milliers et des milliers de jeunes expriment leur rancoeur ainsi que l'angoisse qui les habite d'être confrontés à un horizon qu'ils jugent bouché. Certes, dans les deux pays méditerranéens, les rapports de force entre le bras armé de l'État — la police — et les 18-25 ans ont été moins brutaux que ceux qu'on observe sur les rives de la Tamise et dans les autres grandes villes anglaises.

Cette distinction entre la Grèce et l'Espagne, d'un côté, et l'Angleterre, de l'autre, s'explique, en partie du moins, par le fait qu'à Madrid comme à Athènes les affrontements furent accompagnés par une série de revendications politiques, alors que ce n'est pas du tout le cas en Angleterre. Il n'y ni leader, ni porte-parole, ni requête, même si ici, comme au sud, des plans d'austérité comprennent des mesures très draconiennes ciblant spécifiquement les jeunes. On pense notamment au doublement, au triplement dans certains cas, des droits de scolarité, à la réduction des allocations de chômage, etc.

Selon deux sociologues interrogés par les médias, si les jeunes Anglais ne revendiquent pas, c'est parce qu'ils sont plus désespérés que leurs homologues du continent. Ils se sentent «abandonnés» par l'État, «méprisés» par ce dernier qui méprisait déjà leurs parents. Oui, on a assisté à l'émergence de ce que les sociologues appellent une underclass, une sous-classe. De quoi s'agit-il? De familles dont les membres ne travaillent plus depuis deux générations, depuis vingt ans.

Centre de gravité des émeutes londoniennes, le quartier de Tottenham illustre parfaitement cette sous-classe produite par la brutalité de certaines politiques économiques menées de Margaret Thatcher à David Cameron, en passant par Tony Blair. Le taux de chômage avoisine 20 % chez les jeunes de 16-24 ans. Lorsqu'on y greffe le taux d'inactifs qui ne perçoivent aucune allocation sociale (30 %!), le résultat est effarant. Il ne peut pas être qualifié autrement. Quoi d'autre? Le jeune qui a droit au revenu minimum d'insertion, c'est-à-dire un jeune qui a travaillé, mais n'a plus droit à l'assurance-chômage, reçoit 83,2 $ par semaine. Combien coûte une paire de baskets, genre Nike, comme disent les jeunes? 127 $.

Pendant que les gouvernements lessivaient d'un côté, ils engraissaient de l'autre. Après 20 ans de politiques faites contre les classes moyennes et les foyers à revenu modeste, les riches ont encaissé, encaissé. De telle sorte qu'aujourd'hui la concentration des richesses est revenue au niveau enregistré dans les années... 30! On voudrait provoquer un sursaut de violence qu'on ne s'y prendrait pas autrement. S'il est vrai qu'il y a des pillards parmi ceux qui ont fait le coup de poing avec les policiers, il est tout aussi vrai qu'il y en a de l'autre côté. Mais ces derniers sont de qualité... supérieure!
11 commentaires
  • France Marcotte - Inscrite 10 août 2011 07 h 52

    Pillards aux gants blancs

    "Selon deux sociologues interrogés par les médias, si les jeunes Anglais ne revendiquent pas, c'est parce qu'ils sont plus désespérés que leurs homologues du continent."
    Plus désespérés en Angleterre qu'en Grèce, qu'au Portugal?
    Mais bien enfouis dans les quartiers les plus pauvres, jusque là figés dans la misère, invisibles et silencieux.
    "Pendant que les gouvernements lessivaient d'un côté, ils engraissaient de l'autre. Après 20 ans de politiques faites contre les classes moyennes et les foyers à revenu modeste, les riches ont encaissé, encaissé."
    Les pauvres restaient bien sages derrière l'image puis crac! sans s'encombrer de revendications, par pur et simple ras-le-bol, ils déferlent fous de rage dans les rues proprettes.

  • Jacques Gagnon - Abonné 10 août 2011 09 h 25

    Que peut-on ajouter ?

    Rien, tous les clichés, les raccourcis, les conclusions hâtives, les énormités, vous les avez toutes monsieur Truffaut. Il n'y a pas de justification à la violence et au pillage et je ne crois pas que ce dernier soit l'oeuvre des policiers.

  • France Marcotte - Inscrite 10 août 2011 10 h 55

    M.Gagnon

    Les conclusions de M.Truffaut sont peut-être à vos yeux brouillés des clichés mais reconnaissez qu'elles ont le mérite d'être le résultat d'une explication. Vos affirmations à vous sont quoi à part que de la démagogie?

  • Michel Handfield - Abonné 10 août 2011 11 h 01

    Et, le gouvernement en rajoute!

    Et, pendant ce temps, pour améliorer les choses, le gouvernement britannique « met la hache dans les bibliothèques » malgré le fait que « chez les 11 à 15 ans en effet, 70 % fréquentent les bibliothèques publiques. » C'est ce que nous apprend aussi le Devoir d'aujourd'hui en page B-8 ou, pour les internautes comme moi : www.ledevoir.com/culture/actualites-culturelles/32

    Michel Handfield
    éditeur de societascriticus.com

  • Yvon Bureau - Abonné 10 août 2011 11 h 33

    Matraquage

    Pendant ce temps, la publicité intensive matraque quotidiennement les pauvres. Quelle violence !

    PAUVRE RICHESSE !

    RICHESSE NON SUFFISAMMENT PARTAGÉE, PEUBLE TROUBLÉ.