Chute boursière - Coûteuse inaction

Au cours des derniers jours, les Bourses ont dévissé à un rythme si prononcé qu'il a réveillé les frayeurs de 2008. Le moteur de cette angoisse mondialement partagée est double: le risque de récession aux États-Unis et la contagion de la crise de l'euro à l'Espagne et l'Italie. Et qui montre-t-on du doigt? Les politiciens. Plus précisément, l'inaction de ces derniers.

Dans sa dernière livraison, l'hebdomadaire The Economist a orné sa une d'un dessin. La chancelière allemande, Angela Merkel, et le président Barack Obama sont côte à côte habillés de vêtements traditionnels japonais. Le titre est le suivant: «Devenir japonais - Dette, défaut et les nouvelles politiques occidentales de la paralysie» par référence à la longue agonie économique du Japon qu'une succession de chefs de gouvernement ont alimentée en n'imposant pas les réformes nécessaires.

Pour le célèbre magazine britannique, ainsi que pour un contingent imposant d'économistes de renom, la faiblesse dont Merkel, Obama et d'autres dirigeants ont fait preuve en matière de politique économique, ainsi que le démontre une erreur de diagnostic, risque d'avoir pour grave conséquence l'émergence d'une deuxième récession — le fameux double dip — en moins de trois ans. Alors qu'il y avait urgence à agir vite et avec puissance, les uns et les autres se sont contentés de faire le service minimum qu'ils ont justifié par un bouleversement dans la hiérarchie des priorités. Mais encore? Au lieu d'être obsédés par la stimulation de la croissance économique commandée justement par la dernière récession, ils ont fait de la dette publique, certes problématique, la reine des obsessions.

Dans sa version brutale, la réalité vient de rattraper tout ce beau monde, mais nous aussi. Hélas! Si les marchés sont tombés en vrille ces jours-ci, c'est qu'un chapelet de mauvaises nouvelles a distingué la dernière quinzaine. Un, le Bureau américain de la statistique vient de révéler que la profondeur de la crise de 2008 avait été plus aiguisée qu'avancé jusqu'ici et que la récupération serait plus longue. Deux, la croissance du PIB des deux dernières années a été révisée à la baisse. Trois, la taille de l'économie américaine reste inférieure à ce qu'elle était en 2007. À cela, on ajoutera que la croissance du PIB ayant été de seulement 0,8 % au cours du premier semestre de la présente année, les États-Unis sont pour ainsi dire en stagnation.

Sur le front du chômage, on a constaté que la situation demeurait dramatique. Pire, qu'il est probable que ce fléau s'installe, si l'on peut dire, pour longtemps, longtemps, longtemps. Si on s'attarde au taux de chômage, on se consolera en rappelant que les chiffres publiés hier indiquent qu'une baisse a été enregistrée. Mais lorsqu'on jette un regard sur le nombre d'adultes ayant un emploi en proportion du nombre d'habitants, le tableau s'avère empreint de grisaille. En juin 2007: 63 % des adultes avaient un boulot; en juin dernier, ils étaient 58,2 %. CQFD: jamais depuis la crise des années 1930, on aura compté autant d'Américains aux prises avec le chômage de longue durée.

Simultanément à cette avalanche de chiffres, les marchés ayant trouvé nébuleux le plan de secours apporté à la Grèce et jugé insuffisant le programme d'aide élaboré pour les pays en difficulté, ils sont partis à l'assaut de l'Espagne et de l'Italie. Et comme ils ont également jugé insuffisant l'accord entre démocrates et républicains sur la dette américaine, ils ont redoublé de violence dans leurs attaques.

Voilà, cela fait plus de deux ans maintenant que la planète économique évolue cahin-caha parce que les élus n'ont pas pris le taureau par les cornes alors qu'au lendemain de la débandade symbolisée par l'implosion de Lehman Brothers, un boulevard s'était ouvert devant eux. On avait la chance de rétablir un certain équilibre entre, symboliquement causant, une économie de financiers et une économie d'ingénieurs. On n'a rien fait. La crise grecque aurait pu être résorbée en bonne partie au printemps 2010. Merkel ayant freiné des quatre fers, la zone euro est tétanisée. Obama aurait pu régler le problème de la dette en décembre dernier. Il a tardé à chercher un compromis impossible avec les républicains avant d'accepter un plan qui ajoute de la pression financière à une majorité d'Américains sous forte pression depuis l'éclatement de la bulle immobilière. C'est à se demander si les uns et les autres ne sont pas dans le déni de rationalité.
3 commentaires
  • Roland Berger - Inscrit 6 août 2011 14 h 39

    Des pantins

    Les dirigeants politiques n'ont pas réglé le problème parce qu'ils ne sont que les pantins ou les valets des grands financiers, qui les font élire ou les font battre à leur guise. Espérer que ces fous de l'argent règlent eux-mêmes les problèmes que leur cupidité débridée cause, c'est comme leur demander de se faire hara-kiri. Obama les a beaucoup semoncés, mais ils lui ont rappelé qui l'avait mis au pouvoir.
    Roland Berger

  • Bernard Terreault - Abonné 7 août 2011 09 h 08

    Facile à dire

    "Prendre le taureau par les cornes", facile à dire. Faut faire quelquechose, mais quoi précisément? C'est que ces fameux économistes, puis ces quelques politiciens qui ont des idées, puis ces grands décideurs du secteur privé, ont tous des visions différentes de ce qui devrait être fait, suivant leurs intérêts, leur expérience de la vie, leurs préjugés intellectuels, et même leur conception du bonheur. On ne convaincra jamais le couple X-Y. parmi mes connaissances, que le but de la vie n'est pas de gagner plus pour dépenser plus. Pour une autre, c'est de se préoccuper de tous les enfants de sa famille élargie, pour tel autre, rien n'égale les plaisirs littéraires, quitte à vivre chichement. Il est rare que les circonstances mettent au pouvoir une personnalité comme Roosevelt, ou De Gaulle, ou Gorbatchev, ou chez nous Lesage et Lévesque. Moi, mon préjugé, c'est que ce ne sont pas les gouvernements, cette fois-ci, qui peuvent nous sortir de la stagnation. Il faudrait que les détenteurs de ces immenses fortunes, les Bill Gates, les Steve Job, les Warren Buffet, les Bétancourt, les oligarques russes, les émirs saoudiens, les banquiers suisses, les "fonds offshore", se mettent à investir massivement et à long terme dans des industries d'avenir, quitte à ce que cela ne rapporte qu'à leurs petits-enfants. De toute manière, ils n'ont pas besoin de cet argent et cet exemple redonnerait confiance à la population.

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 8 août 2011 07 h 17

    Les plaques tectoniques

    Depuis la fin de la guerre froide, les pays occidentaux (Europe et Amérique) sont passés d'une économie de production à une économie de consommation, d'où la domination des «financiers» sur les «ingénieurs». Pendant ce temps, la production de richesses passait aux pays dits émergents (Chine, Brésil, Inde, Indonésie, etc.), grâce largement aux «délocalisations» effectuées par les multinationales. Ce glissement des masses économiques a provoqué, tout comme le heurt des plaques tectoniques, un choc violent dont 2008 a été la première manifestation. La crise actuelle du crédit n'en est que la suite logique.

    Les grandes mutations historiques se produisent sur plusieurs années et ne vont jamais sans crises violentes. Le rééquilibrage auquel nous assistons ne fait pas exception.

    Pierre Desrosiers
    Val David