Corruption en Chine - De haut en bas

Réputée être l'atelier du monde, la Chine est également l'un des royaumes de la corruption tous azimuts. Deux faits divers viennent de nous le rappeler. Presque simultanément, près de 100 personnes ont trouvé la mort et bien davantage ont été blessées lorsque deux trains sont entrés en collision et lorsqu'un autobus s'est enflammé. L'un comme l'autre cas confirment, comme si besoin était, que les autorités dites concernées se moquent de la sécurité publique pour mieux se remplir les poches d'espèces sonnantes. Et ce, à tous les échelons de l'appareil d'État.

Prenons le train. Un, le système de signalisation a été déficient. Deux, le porte-parole de la compagnie a admis qu'une partie du personnel affecté aux opérations mécaniques était mal formée. Trois, pour réduire l'éclairage que cette histoire pourrait apporter aux carences du réseau, le gouvernement s'est empressé d'offrir des sommes rondelettes aux familles des victimes. Quatre, pour bien embrumer l'enquête, ce même gouvernement a pris soin de jeter l'énorme accordéon de ferraille dans une mer de boue située miraculeusement à quelques mètres de l'accident. L'autobus? Le nombre de passagers présents excédait le nombre maximum permis.

Il y a cinq mois de cela, le ministre chinois des Chemins de fer a été renvoyé. Son crime? Il avait accordé à des compagnies amies des portions importantes des contrats afférents à l'ambitieux plan consistant à relier toutes les grandes villes chinoises par un TGV. Pire, beaucoup de ces entreprises n'étaient pas du tout qualifiées pour observer les obligations contenues dans le cahier des charges. Et ce, parce que les services ayant pour mandat de s'assurer que les normes inhérentes à la sécurité publique sont respectées s'avèrent aussi corrompus que les autres acteurs de la chaîne de production.

La cascade de scandales ayant fait les manchettes au cours des récentes années démontre qu'il en va des chemins de fer comme du transport routier, de la construction, de l'exploitation des mines, de la santé, de l'éducation, de l'environnement, de la gestion des villes, de celles des provinces, etc. Bref, des pans entiers de la société chinoise ont érigé la magouille en culture de gestion. Cette inclination maniaque pour l'enrichissement personnel aux dépens du bien public, et notamment de la sécurité de celui-ci, a eu pour conséquence remarquable la multiplication à la puissance mille d'émeutes et de manifestations.

En effet, ce que le gouvernement qualifie d'incidents de masse pour couvrir les émeutes a considérablement augmenté depuis le tremblement de terre de mai 2008, qui a mis en lumière tous les vices de fonctionnaires, les hauts comme les subalternes, ayant détourné des masses de millions. Depuis lors, la société civile conteste avec un sens de l'organisation dans l'offensive suffisamment efficace pour avoir approfondi la ligne de fracture entre les courants conservateur et réformateur du Parti communiste. À un an du changement de la garde, il faut évidemment espérer que ce dernier va l'emporter. Que la troisième puissance économique au monde soit si gangrenée représente un énorme danger.
3 commentaires
  • Luc Boyer - Inscrit 29 juillet 2011 06 h 47

    Qui connait

    Qui connait assez bien ce pays pour émettre des jugements aussi globaux? La Chine est un mystère et le sera toujours. N’est-ce pas Nietzche qui disait que la force d’une société se mesure à sa capacité à tolérer ses parasites? La dictature du prolétariat, les erreurs du grand bond en avant, le matérialisme dialectique du parti communiste chinois sont les principaux repères pour comprendre ce qui se passe en Chine. Que le communisme Chinois et la liberté de marché ne soient plus une contradiction non-antagoniste, selon Deng-Xiaoping, est une chose. Que le Tibet et l'intégrité du territoire chinois soient une contradiction antagoniste en est une autre. Quant aux lignes de fracture, elles ont toujours existées et justement en raison de cette dialectique- matérialiste qui pour le moins s’applique au pragmatisme politique. D’autre part il est bien entendu que cette dialectique est tout à fait étrangère à l’esprit scientifique à laquelle se rendent certainement les Chinois.

  • Luc Boyer - Inscrit 29 juillet 2011 09 h 04

    Correction.

    Il faut plutôt dire :''Que le communisme Chinois et la liberté de marché ne soient plus une contradiction antagoniste, selon Deng-Xiaoping, est une chose. Plutôt que:''Que le communisme Chinois et la liberté de marché ne soient plus une contradiction non-antagoniste, selon Deng-Xiaoping, est une chose.''

  • Luc Boyer - Inscrit 29 juillet 2011 09 h 04

    Correction.

    Il faut plutôt dire :''Que le communisme Chinois et la liberté de marché ne soient plus une contradiction antagoniste, selon Deng-Xiaoping, est une chose. Plutôt que:''Que le communisme Chinois et la liberté de marché ne soient plus une contradiction non-antagoniste, selon Deng-Xiaoping, est une chose.''