Leçon politique

On aurait pu aussi vouloir jouer d'audace, imiter la France des beaux jours, quand, sous Pompidou, l'art abstrait prenait place à l'Élysée, ou que François Mitterrand retirait la sculpture de Louis XV qui en ornait le vestibule pour la remplacer par une oeuvre créée en 1984 par le plasticien Arman. Le Canada ne manque pas d'artistes contemporains de renom pour en faire autant: une toile de Molinari, un dessin de Betty Goodwin, une photo de Geneviève Cadieux auraient pu accueillir employés du ministère et visiteurs.

Mais ce n'est pas d'art qu'il est ici question, plutôt de la représentation de la vraie nature de ce pays. Car c'est la reine qui, le mois dernier, a chassé Pellan de l'édifice Lester B. Pearson. Si encore ç'avait été celle de Lucian Freud, on aurait pu croire qu'il restait un peu de culture dans cette opération. Hélas non, il s'agit strictement, dans son option la plus classique, de celle d'Angleterre — qui est aussi la nôtre, comme ce nouvel accrochage nous le rappelle bien plus crûment que la visite, début juillet, des très populaires parce que surtout très people William et Kate.

Elizabeth II mérite son mur puisqu'elle est notre chef d'État et que nous lui devons hommage, a expliqué un porte-parole du ministre John Baird, ajoutant que le changement a été fait juste à temps pour la visite du duc et de la duchesse de Cambridge. William et Kate ont assurément déjà oublié l'égard. Mais pour nous, quel symbole! Quel anachronisme! Quelle leçon!

Le ministère des Affaires étrangères, c'est celui qui nous lie au monde. Un monde dans lequel, pendant longtemps, le Canada, sous le joug britannique, n'a pu tenir sa place. Le fondateur du Devoir, Henri Bourassa, avait fait du détachement de l'impérialisme britannique l'un des grands combats de sa vie. Légalement, politiquement, le Canada y est arrivé grâce au statut de Westminster, puis du rapatriement de la Constitution. Il a ainsi pu trouver sa propre voix pour s'impliquer à l'international, avec une originalité qui l'emportait sur sa petite taille et lui a valu le respect.

Depuis l'arrivée des conservateurs de Stephen Harper, cette voix ne résonne plus qu'avec un ton militaire sur la scène du monde. Et voilà qu'officiellement, dans l'édifice même où doivent se développer nos stratégies internationales, cette voix s'associe de surcroît à une image qui nous ramène cent ans en arrière, ravivant un lien monarchique certes jamais coupé mais qu'on ne mettait plus depuis belle lurette à l'avant-plan.

On ne croira pas pour autant que le gouvernement conservateur est prêt à se faire dicter ses vues par Elizabeth II. Mais on notera ce qu'exprime inconsciemment cette sortie de la reine du placard: la monarchie, c'est l'envers du pouvoir du peuple. Et Stephen Harper gouverne en monarque. Sous couvert de respect des institutions, il y a là gênante convergence quant au rapport à ses concitoyens.

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jboileau@ledevoir.com
41 commentaires
  • sco100 - Inscrit 28 juillet 2011 01 h 32

    Notre chef d'État = persona non grata?

    Un peu de sérieux.

  • Marcel Bernier - Inscrit 28 juillet 2011 02 h 10

    Tomber des nues…

    Han! C’est vrai que la reine Élisabeth II est chef de l’État au Canada. Coudonc! On ne m’a pas appris ça à l’école. Et ces histoires de langue dériveraient un tant soit peu du fait que ce soit les Britanniques qui aient eu le haut du pavé sur les questions politiques et commerciales de notre histoire. J’en reviens pas! Que même la légitimité de notre Assemblée nationale est sanctionnée par la volonté royale. Cela dépasse tout entendement!

    Ainsi, c’est donc vrai qu’il y ait eu une conquête. Moi qui croyais que ce n’était qu’une légende.

    Et tout cela, donc, nous permettrait de comprendre les façons de faire de la politique de Harper et Charest. Bon ! Je m’y mets. Je commence sérieusement à me renseigner sur c’est quoi une monarchie constitutionnelle. Juste pour ne pas mourir idiot!

  • Gaston Bourdages - Abonné 28 juillet 2011 04 h 41

    Au «fin» fond des choses, la reine d'Angleterre, non pas La...

    ..personne mais le statut représente quoi au juste pour les Canadiens ? J'exclus d'emblée la personne humaine qu'est dame Elizabeth. Un minimum de respect, je me répète, humain, me semble aller de soi. À la «monarchie» que vous nous rappelez Madame Boileau, j'y ajoute un «Mais encore ?» «Batêche» que j'aime votre «monarque», ci-devant «royalement» représenté par notre PM. Justement, parlant de monarchie, voilà ce qu'en décrit «mon» ami feu Aristide Quillet : celle «absolue», celle «constututionnelle» ou celle d********ite «tempérée». À voir «aller» notre PM et à lire ce qu'une majorité des gens de la presse en général nous offre comme descriptions de c/omportements de la part de «notre» PM, il ne semble faire aucun doute que nous sommes gouvernés par une monarchie dite absolue alors que la définition de «Constitutionnelle» m'apparaît être celle légale. Et moi, à titre de simple citoyen habitant le Québec, «pays» conquis par l'Angleterre, je me sens comment dans mon rapport avec la monarchie, quelle soit anglaise ou «Canadian»? Tout à fait mal à l'aise. Je n'y ai AUCUNE références, aucun lien, aucune attache ni de coeur, ni d'esprit voire ni d'âme. Je me sais Québécois avant d'être Canadien. Plus encore avant d'être Québécois, je suis Gaspésien d'origines puis Québécois par la suite pour finalement m'identifier comme Canadien....«because» encore membre de la Confédération même si, au plan légal, il semble que nous, du Québec, en faisons pas partie. Est-ce exact ? Lorsque je lis votre «ton militaire» Madame Boileau, une peur certaine m'envahit...qu'est-ce à dire au juste ? En sommes-nous vraiment rendus «là» ? Si oui, au nom de....puissiez-vous m'éclairer ? Pourquoi en sommes-nous rendus là et comment y sommes-nous arrivés ? Notre PM sert les intérêts de qui AU JUSTE ?
    Gaston Bourdages
    Simple citoyen - écrivain en devenir
    Saint-Valérien de Rimouski
    www.unpublic.gastonbourdages.com

  • Gaston Bourdages - Abonné 28 juillet 2011 04 h 52

    Monarchie»....suite...

    «Plus encore, avant d'être Québécois, je suis Gaspésien d'origines puis Québécois par la suite pour finalement m'identifier comme Canadien....«because» encore membre de la Confédération même si, au plan légal, il semble que,nous du Québec, n'en faisons pas partie. Est-ce exact ? Lorsque je lis votre «ton militaire» Madame Boileau, une peur certaine m'envahit...qu'est-ce à dire au juste ? En sommes-nous vraaiment rendus «là» ? Si oui, au nom de ? Puissiez-vous m'éclairer? Pourquoi en sommes-nous rendus là et comment y sommes-nous arrivés? Notre PM sert les intérêts de qui au juste ? Au cas où la réponse est «Monarchie anglaise», sans regrets, je n'ai les sous pour acquitter ma part. Plus encore ni le goût, ni l'envie. Je ne m'y identifie aucunement.
    Mes respects et mercis Madame Boileau. Puissiez-vous saluer Monsieur Pellan de ma part et lui transmettre mon espoir...celui de le savoir le moins perturbé possible suite à ce si douteux démanagement.
    Gaston Bourdages
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  • Henry Fleury - Inscrit 28 juillet 2011 05 h 49

    Les bleus

    S'il avait été vivant aujourd'hui, Pierre Falardeau dieu qu'il aurait pris les bleus... par le cou. C'est tellement gros, ce geste des Conservateurs, que même Pierre Trudeau doit se retourner dans sa tombe. Quel boulet ce Baird n'est-ce pas ?