Guerre en Libye - Le retournement

Si le clan Kadhafi ne contrôle plus l'est de la Libye, il a par contre gagné une manche importante: celle du temps. Dans un peu plus d'une semaine, le ramadan, le mois du jeûne et les rigueurs qu'il commande, va commencer. À cela va s'ajouter un facteur météorologique propre à réduire les ardeurs guerrières: la chaleur sera de plus en plus écrasante au fil des prochaines semaines. Tout un chacun l'aura compris, après plus de trois mois de combats, l'hypothèse de l'enlisement est désormais la plus plausible. Pour éviter ce guêpier, la France, en pointe dans ce dossier depuis les débuts, propose un sursaut diplomatique.

En fait, le sursaut en question est plus exactement une modification importante apportée aux objectifs poursuivis par le groupe de contact qui rassemble les pays soutenant les opposants à Kadhafi. Jusqu'ici, le renversement de ce dernier, voire son élimination, était un but de guerre. Depuis deux jours, ce n'est plus le cas puisqu'on lui propose de rester au pays à la condition sine qua non qu'il s'engage à ne plus faire de politique. S'il accepte ce troc, alors un cessez-le-feu sera décrété.

Le changement de posture de la coalition s'est effectué sans que les rebelles aient eu leur mot à dire, ou si peu. Il découle d'un constat. D'une observation très terre-à-terre. Les rebelles sont militairement trop désorganisés, trop inexpérimentés, pour espérer la prise de Tripoli. Au sein de l'OTAN, on a noté que la ville de Brega, très convoitée parce qu'elle est la capitale pétrolière, avait changé de mains à quatre reprises depuis le début des affrontements. Chaque fois que le Conseil national de transition (CNT) a eu l'occasion de renforcer son emprise sur Brega, il a échoué. Résultat, son armée, au demeurant hétéroclite, est aux prises avec un problème d'approvisionnement.

Outre le déficit d'organisation de la rébellion, le changement évoqué plus haut est aussi le miroir des divergences, voire des tensions, qui ont cours entre les membres de l'OTAN. Si le duo franco-britannique n'a pas diminué la cadence des opérations militaires menées dans l'espace aérien, la plupart des autres pays inclinent de plus en plus vers le service minimum. En clair, ils en font passablement moins aujourd'hui qu'ils en faisaient avant-hier. Cette attitude a eu d'ailleurs pour effet d'augmenter la pression sur le couple franco-britannique, au grand dam des états-majors respectifs de ces pays.

Pendant ce temps, Kadhafi prend un malin plaisir, c'est le cas de le dire, à narguer toutes les capitales occidentales qu'il sait empêtrées dans ce qui pourrait s'avérer une impasse à très court terme. D'autant que n'ayant pas été distancé dans cette course contre la montre, il a pris un soin particulier à quadriller Tripoli de ses milices. Qui plus est, il se murmure ici et là que l'Algérie et l'Iran lui apportent une aide discrète malgré les contentieux du passé. Entre une rébellion peu efficace et un Kadhafi frondeur, ce dossier est désormais à l'image de la poupée russe.