Le Québec politique - Vices cachés

Pendant la pause estivale, les éléments politiques du Québec s'affairent à restaurer leurs fondations. La Coalition pour l'avenir du Québec veut ajouter des piliers aux deux seuls que compte toujours son échafaudage. Le Parti québécois rivalise de fragilité avec le pont Champlain. Entre ces deux bâtiments fragiles, le Parti libéral du Québec se hisse malgré les intempéries de la dernière année.

Il faut être solide pour ne pas s'engouffrer dans les sables mouvants politiques. Glissez-en un mot à la chef du Parti québécois, Pauline Marois, dont les semaines d'été servent à sonder le coeur et la ferveur des éléments restés — à ce jour — fidèles au parti ou à sa première dirigeante. Il se peut que Madame affiche un sourire un brin crispé.

Parlez-en aussi au chef du Parti libéral, ce félin aux sept vies nommé Jean Charest; sa bonne humeur devrait être sincère. Malgré une accumulation de mauvais coups politiques l'ayant catapulté dans la cale des sondages, le PLQ rejaillit non pas de ses cendres, mais bien des grenailles semées par les autres. Le premier ministre sait profiter de la déchiqueteuse s'activant sur le parti voisin et il affiche une façade solide.

Depuis le congrès d'avril, où Mme Marois a pourtant récolté une adhésion-béton de la part de ses membres, le PQ s'effiloche. Autour de la construction d'un nouveau colisée, le groupe a monté de plus d'un cran ses habituels chipotages. Des députés poids lourd ont quitté le navire, faisant un appel à cette «politique autrement faite» que les citoyens réclament. La fracture fut telle que certains prédisent la fin imminente du PQ. D'autres imaginent sa renaissance sous d'autres habits.

La semaine dernière, les électrons libres nommés Curzi, Beaudoin, Lapointe, Aussant, Bouchard se sont réunis dans Charlevoix, le fief de Mme Marois, pour élaborer la suite des choses. Ils ne reconnaissaient plus dans ce PQ leur idéal politique, ni dans le contenu (le projet de souveraineté), ni dans la manière (le droit de parole et la démocratie). Hors des murs, la liberté goûte-t-elle meilleur? Il est permis de supposer que les démissionnaires, à qui on peut envier le libre arbitre, se sentent désormais coincés, mais autrement; il s'avère qu'une trop grande bouffée de liberté peut parfois étouffer. La «politique autrement» leur a donné l'élégance nécessaire pour emballer leur sortie de piste, et il y a fort à parier que ce cri du coeur était franc. Mais la partie n'est pas gagnée: il faut maintenant décider comment changer les us et coutumes.

Pendant que les nuages s'amoncellent au-dessus du Parti québécois, ouvrant toute grande la voie à la CAQ de François Legault, le PLQ réussit en toute discrétion une restauration spectaculaire. Ce gouvernement, en qui la population n'avait plus confiance, affiche une cote de résilience étonnante. Un succès d'ailleurs auquel contribue M. Charest, comme chef d'équipe communiquant l'importance d'afficher la solidarité et comme stratège politique flairant dans la déconvenue des autres l'occasion rêvée de s'élever.

L'impression dégagée ces dernières semaines en est une de cohésion politique. Partout où elle se pointe, l'équipe libérale est soudée. En coulisses, d'importants conflits avec les groupes les plus récalcitrants de la société civile se sont réglés sans trop d'anicroche: qu'on pense par exemple à l'entente convenue avec les médecins omnipraticiens, toute une épine dans le pied d'une administration. Ou encore celle avec les policiers de la Sûreté du Québec et plus récemment encore celle avec les juristes de l'État — qui sont parvenus à un accord après l'imposition d'une loi spéciale! Même les enseignants du primaire et du secondaire, dont l'épineux dossier des élèves en difficulté demeurait non réglé, ont serré la pince de Québec.

Voilà un parfait petit climat de paix sociale, celui dont on rêve pour faire oublier les errements de la dernière année. Comme la proximité entre les partis politiques et l'industrie, jamais clairement établie, faute d'enquête efficace. Ou le mirage nommé Plan Nord. Les crocs-en-jambe éthiques de certains députés. L'affront des écoles-passerelles. L'inertie en matière de protection de la langue française. L'élan protecteur de l'industrie plutôt que de la population dans le dossier des gaz de schiste. Le contournement de la démocratie pratiqué pour construire un amphithéâtre à Québec. Tant de faux pas oubliés parce que, à côté, l'opposition se tord de douleur?

L'électeur citoyen, qui rêve d'authenticité et de droiture dans la joute politique, n'a que faire d'un PQ qui s'effrite, cela est vrai. Mais il ne veut pas s'encombrer non plus d'un PLQ miné par des vices cachés.
24 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 18 juillet 2011 01 h 00

    Le plus important... quand même...

    C'est que nous avons un gouvernement qui a pour tâche de léguer aux générations actuelles et futures un État de droit digne de ce nom.

  • Andre Vallee - Inscrit 18 juillet 2011 03 h 55

    La grande noirceur

    Quand la “grande noirceur” est aussi brillante et évidente qu'un jour ensoleillé. Pour que Jean Charest domine dans les sondage, c'est comme lorsque les chantiers servaient des “bines” tout l'hiver et qu'on finissait par aimer ça, faute de mieux. L'électeur québécois n'a pas l'embarras du choix, il a le choix de l'embarras. Quelle misère!

  • Georges Allaire - Inscrit 18 juillet 2011 04 h 23

    Rêve de l'électeur?

    Quel électeur moyen "rêve d'authenticité et de droiture dans la joute politique?" En fait, l'électeur moyen rêve uniquement de mieux-être aux frais du gouvernement et de ne pas contribuer aux frais du gouvernement. S'il n'y avait pas des satanés intérêts aux emprunts publics, qui veulent réduire la manne gouvernementale et qui accroissent impôts, taxes et frais de tout acabit, l'électeur moyen serait prêt à admettre n'importe quel discours et mauvais coup politique qui lui soit rentable. Tant que ça lui rapporte. Sa colère contre des profiteurs tient au fait qu'il ne soit pas celui qui profite et qu'il estime que ces profits sont soustraits des siens.

    Les hauts le coeur affichés par la galerie médiatique sont la façon des médias de capitaliser, de profiter, du sport politique.

  • Catherine Paquet - Abonnée 18 juillet 2011 05 h 25

    Un peu plus d'objectivité éclairerait mieux les lecteurs.

    On s'étonnera un peu que dans ce texte, on nous fasse passer imperceptiblement des "vices cachés" de la politique au Québec, aux "vices cachés" du Parti libéral. et que l'on déclare le Parti libéral seul responsable du «« contournement de la démocratie pratiqué pour construire un amphithéâtre à Québec.»»
    Dans les deux cas, le PQ semble même beaucoup plus affecté par ces travers que les autres.

  • Normand Paradis - Inscrit 18 juillet 2011 05 h 35

    Déjà vu!

    Il me semble que le scénario de la dernière élection à la ville de Montréal va être rejoué dans la prochaine élection provinciale. Le maire Tremblay fut réélu par défaut d'une opposition suffisamment crédible. L'existence de deux partis d'opposition pouvant prétendre faire un peu plus ou un peu mieux a favorisé le troisième larron qui s'est glissé au siège du pouvoir. Monsieur Charest est de la même eau. Il s'attèle à réussir la même chose.