Scission du Soudan - Paix fragile

Le 9 juillet prochain, le plus vaste État du continent africain va officiellement se scinder en deux pour donner naissance à autant de nations: le Soudan (nord), à majorité musulmane, et la République du Sud-Soudan, à majorité chrétienne et animiste. La première aura bien évidemment Khartoum comme capitale. La deuxième? Juba. Conséquente à l'écrasante victoire des partisans de l'indépendance obtenue lors d'un référendum organisé plus tôt cette année, cette scission annonce des lendemains plus chaotiques qu'envisagé lors des accords qui avaient mis fin à des décennies de guerre civile. En clair, ici et là, on craint une résurgence du conflit civil qui a fait plus de deux millions de victimes.

Cette inquiétude, au demeurant bien trempée, est attribuable à une dispute frontalière dont Abyei, principale ville de la province de Kordofan, est l'enjeu sur fond d'intérêt pétrolier. Il se trouve que les réserves d'or noir sont concentrées dans le sud, où sont concentrées également les terres arables, sans oublier les réserves d'or bleu, soit l'eau. Toujours est-il que le président du nord, Omar Hassan el-Béchir, s'est appliqué au cours des derniers mois à implanter une population musulmane. Résultat net, des escarmouches ont été observées entre soldats du nord et soldats du sud, les dirigeants de ces derniers appréhendant un autre nettoyage ethnique.

Le coup de force tenté par el-Béchir, qui soit dit en passant est au pouvoir depuis une vingtaine d'années, est à mettre sur le compte d'un sursaut. En effet, depuis plus d'un an maintenant, el-Béchir est aux prises avec deux rébellions dans autant de provinces. Qui plus est, il s'est aliéné une bonne partie de l'opposition islamiste qui ne digère pas sa gestion du dossier Sud-Soudan, qui ne décolère pas à cause justement de ce divorce et donc de la perte d'importantes richesses du pays.

Si le Nord est plus populeux et mieux armée que le Sud (31 millions d'habitants contre 8,2 millions), ce dernier bénéficie d'un avantage propre à égaliser, plus ou moins, les rapports de force. De quoi s'agit-il? Si la guerre reprenait, des milliers, voire des millions de personnes s'exileraient dans les pays voisins et fragiliseraient de fait, estime le personnel de l'ONU, l'édifice socio-politique d'un nombre imposant de nations: Ouganda, Kenya, Éthiopie, Tanzanie, Rwanda et Burundi. Il est donc dans l'intérêt de ces derniers d'assurer la sécurité de la nouvelle République dans les mois comme dans les années qui viennent. D'autant qu'un pourcentage élevé de leurs exportations transite par le Sud.

Après une guerre civile qui a produit ses flots de sang pendant des décennies, il faut évidemment espérer que la pondération aura la préséance.

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1 commentaire
  • Luc Boyer - Inscrit 7 juillet 2011 07 h 54

    D'où viennent ces conflits

    D'où viennent ces conflits. La civilisation musulmane ne peut faire en sorte que plusieurs confessions ne vivent ensembles? J'en doute. N'y a-t-il pas dans ces conflits des intérêts propres aux grandes puissances et au pétrole. Dont la Chine et les USA? Encore et toujours. Avec négligeance criminelle des populations in situ à la clef.