Crise de l'euro - L'acharnement

À peine les acteurs engagés dans la gestion de la crise grecque signaient-ils un accord prévoyant l'allocation d'un prêt de 12 milliards que Standard & Poor's s'acharnait à saboter l'accord en question. Selon cette dernière, l'entente obtenue au terme de négociations il est vrai laborieuses a beau être un défaut partiel de paiement, il n'en est pas moins un défaut. Récapitulons. Des gouvernements de la zone euro, la Banque centrale européenne (BCE), le FMI, auxquels viennent de se joindre des banques, soit le privé, posent un geste propre à stabiliser le problème posé par la dette en question. Et que font les agences? Elles décotent, quand elles ne menacent pas de décoter. Hier, Moody's a dégradé le crédit du Portugal qui vient pourtant de greffer un plan d'austérité à ceux antérieurs.

Dans la posture de ces agences, le moins que l'on puisse dire est qu'il y a une bonne dose d'acharnement. Celui-ci est le reflet du rejet de l'euro depuis sa création et des attaques répétées dont il est la cible depuis lors. Bien des acteurs influents de Wall Street et de la City de Londres n'ont jamais digéré, on ne le répétera jamais assez, la création de la monnaie unique et donc la réduction du champ spéculatif qui existait à l'époque des monnaies nationales.

Mais cet acharnement est également le miroir des mises en garde régulièrement formulées par des économistes de renom qui jugent impossible le partage d'une monnaie unique par des pays qui présentent des profils économiques dissemblables entre eux. Il est exact que depuis la création de la BCE, celle-ci a maintenu les taux à tel niveau alors que la situation économique des pays dits du Club Med commandait une baisse du loyer de l'argent. Pour les Joseph Stiglitz, Amartiya Sen et autres, la création de l'euro a été une erreur.

Cela étant, si Moody's et compagnie attaquent avec constance la zone euro dans son ensemble, c'est également parce qu'elles entendent, leurs intérêts bien compris, tuer dans l'oeuf la volonté affichée de dirigeants européens de mettre sur pied une agence européenne publique. On se rappellera que Standard & Poor's, Moody's et Fitch font leur beurre avec l'argent des compagnies qui les payent pour être analysées. Bref, il y a là une apparence de conflit d'intérêts.

C'est d'ailleurs cette apparence, pour rester pondéré, qui leur a valu une volée de bois vert après la chute de Lehman Brothers, AIG, Fannie Mae, Freddie Mac et autres consommateurs de subprimes et véhicules financiers toxiques. La veille de cette série de faillites, elles accordaient encore la note la plus élevée, la plus convoitée. À juste titre, elles avaient été critiquées. Qu'ont-elles fait depuis pour améliorer leurs mécanismes d'analyse? Trois fois rien. Et ce, il faut bien le dire, parce que les politiciens qui aujourd'hui les critiquent n'ont rien fait pour réglementer leur métier.

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3 commentaires
  • Jerome Letnu - Inscrit 6 juillet 2011 11 h 23

    Évidemment qu'elles décotent

    La Banque Centrale Européenne ne peut prêter aux pays. Elle peut seulement prêter aux banques. Résultat: les banques empruntent à la BCE à 1.25% et prêtent cet argent à la Grèce à 5, 6, 10%, dépendamment de la durée du prêt.

    Plus la cote de la Grèce est basse, plus les banques s'enrichissent.

    Le scandale Enron a montré comment les agences de notation étaient sensibles aux intérêts des banques d'investissement, et cotaient en conséquence. C'est la même chose ici.

    La vrai question est plutôt: pourquoi les agences de notations cesseraient-elles de s'acharner ? Moi je ne vois aucunes raison.

    Tant que les politiciens Français (entre autre) voudront éviter un défaut Grec pour protéger les banques Françaises (qui ont prêté à la Grèce) , et seront prêts à faire payer les contribuables Français pour ces sauvetages à répétition, il n'y a pas de raison d'arrêter l'acharnement: ce système est la plus belle machine à fric du monde.

    Jusqu'où peut-on pousser l'audace ? ça dépend.

    Très loin si on se fie à l'exemple Irlandais, où les politiciens ont décidé de sauver les banques (qui avaient lourdement perdu dans des aventures étrangères) au frais du contribuable. Résultat: 200 G euro de dette nationale, soit une dette impossible à rembourser pour un pays comptant 1.2M de travailleurs.

    Moins loin, si on de fie à l'exemple Islandais, où le gouvernement complice des banque à été défait, et où le nouveau gouvernement a refusé de céder au chantage.

  • Pierre Kiroule - Inscrit 6 juillet 2011 12 h 33

    @ Jerome Letnu

    Ne seriez-vous pas un peu naïf en disant que vous ne voyez aucune raison à l'acharnement actuel des agences de notation anglo-saxonnes contre l'Europe ?

    Pourtant, c'est l'évidence même : détourner le regard du monde entier de la situation catastrophique de la dette aux États-Unis et au Royaume-Uni.

    Ces agences de notation soi-disant indépendantes, sont en fait inféodées au capital américain et britannique. De beaux salopards !

    Il est temps que l'Europe, à l'instar de la Chine, crée sa propre agence de notation et, comme cette dernière, clame à tous vents que les USA risquent le défaut de paiement.

  • BernardP - Inscrit 6 juillet 2011 13 h 22

    Encore plus simplement

    Les agences de cotation ont été vertement critiquées pour leur complaisance précédant la récente crise financière. Vraisemblablement, devant une crise potentielle de la dette souveraine, elles ont maintenant décidé de procéder à des évaluations beaucoup plus conservatrices du niveau de risque. Ainsi, lorsque la Grèce, l'Irlande et le Portugal feront défaut (probablement de manière déguisée), ces agences ne pourront se voir reprocher de ne pas avoir préalablement sonné l'alarme.