Frais illégaux - Les beaux discours

C'était une ovation à laquelle on assiste rarement entre une coalition militant pour un meilleur système de santé public et un gouvernement. Mais cela a bel et bien eu lieu il y a une quinzaine de jours en Ontario: l'administration de Dalton McGuinty a eu droit à des remerciements et des félicitations venus de l'Ontario Health Coalition pour avoir décidé de mener une lutte judiciaire contre les cliniques et les médecins imposant des frais illégaux. Le Québec, lui, fait du sur-place.

Autre province, autres moeurs... Devant le fléau des frais illégaux en clinique, le Québec multiplie les promesses et agite la chaîne de voeux pieux. On s'offusque au micro et on fait miroiter l'action ferme, la punition au bout du litige. Ce n'est rien d'autre qu'un emballage, un beau discours qui laisse croire que la protection du patient prime les intérêts financiers des cliniques. Illusion! Le Québec a choisi de parler, mais il n'agit pas.

Du côté ontarien, le privé s'est lui aussi imbriqué de manière malsaine à un réseau public surpressurisé, ce qui a donné lieu à des errements et des abus dont les citoyens-patients ont fait les frais. Depuis 2007, l'Ontario a remboursé 1,3 million de frais illégalement exigés à des patients. Pour arriver à cela, il aura toutefois fallu soutenir les plaintes des citoyens en les encourageant et les validant à l'aide d'un solide système d'enquête. Au cours de la dernière année seulement, 189 nouvelles enquêtes portant sur la facturation illégale ont été enclenchées.

Le gouvernement McGuinty vient d'annoncer la mise en place d'une ligne téléphonique et d'une adresse courriel destinées à recevoir les plaintes de la population. Les enquêtes seront lancées plus rapidement, lorsque par exemple une clinique ou même un médecin seront visés par plusieurs griefs. Les cliniques spécialisées dans la cataracte ou la coloscopie seront tout particulièrement sous la loupe. Tout cela pour quoi? Pour protéger «l'intégrité du système de santé public», comme le soutient la ministre ontarienne de la Santé, Deborah Matthews.

Chez nous, le rempart que constitue la Loi sur la santé et les services sociaux — pourtant allègrement contourné par des entrepreneurs sans scrupules — semble suffire au gouvernement comme paravent pour camoufler sa propre apathie. Qu'attend-il pour agir? Côté discours, notre propre ministre de la Santé s'offusque et promet qu'il fera tout en son possible pour protéger les citoyens — souvent vulnérables, mal informés et attirés par les promesses du privé, si coûteuses soient-elles.

Il allie toutefois bien mollement le geste à la parole: les discussions sont toujours en cours avec les médecins à propos de cette fameuse liste de frais accessoires qui pourraient être autorisés en clinique. Québec s'en remet à son chien de garde, la Régie de l'assurance maladie du Québec, qui a eu les moyens de lancer seulement 11 enquêtes cette année — une maigre récolte comparée à celle de l'Ontario, alors qu'on soupçonne une activité illégale plus importante ici que chez notre voisin.

Cette inaction fait porter sur le citoyen un double fardeau: celui de payer pour des services pourtant couverts par le système public, en plus de la lourde responsabilité de veiller au grain. Voilà une vigie qui revient au gouvernement, premier garant de l'intégrité de son système de santé public.

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3 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 2 juillet 2011 11 h 51

    Les intérêts

    «Ce ne sont pas les évidences qui mènent le monde, mais les intérêts». Tristesse.

    Incompréhension et tristesse aussi face à cette question; pourquoi ça fonctionne mieux dans les autres provinces qu'au Québec ?

    À quand une ligne téléphonique et une adresse courrielle au Québec pour dénoncer ces abus et cette mouvance croche... ? Ligne et adresse disponibles aux journalistes.

    Les bottines avant les babines !

  • Claude Kamps - Inscrit 2 juillet 2011 12 h 11

    Voila pourquoi Charest doit partir

    et le PLQ qui profite de ces passes droits payants aussi....

  • Denis Paquette - Abonné 2 juillet 2011 13 h 28

    Quelle période pénible

    Madame ca s'appelle de l'incurie et je crois que malheureusement au Québec c'est généralisé. Le pire c'est qu'il semble que le gouvernement ne le voit pas ou ne veut pas le voire. Par quoi, et par qui expliquer se laisser aller et cette régression