Le CANDU - Dernière chance

Le gouvernement Harper vient de vendre à SNC-Lavalin les activités commerciales d'Énergie atomique du Canada ltée (AECL). Le prix, qui «pourrait atteindre» 15 millions de dollars, apparaît dérisoire, même en tenant compte d'éventuelles redevances de quelque 270 millions qui s'ajouteraient lors de la vente de nouvelles centrales de deuxième génération, le CANDU 6, dont on achève la mise au point.

Compte tenu des milliards investis dans l'aventure du CANDU par Ottawa depuis sa conception au cours des années 1950 et 1960, ce prix est ridiculement bas. Au cours seulement des cinq dernières années, ce sont 2,5 milliards qui ont été investis dans AECL, dont la moitié dans le secteur commercial cédé à SNC-Lavalin. Mais il faut convenir que le gouvernement a tout fait pour rater cette vente. Il a envoyé tous les messages inimaginables pour signifier à toute l'industrie nucléaire de la planète qu'il ne croyait plus en son CANDU et qu'il voulait s'en débarrasser à n'importe quel prix.

Résultat, la société française Areva, un temps désireuse de reprendre AECL, s'est désistée, si bien que SNC-Lavalin s'est retrouvée seule dans les rangs et en position de force pour négocier. À 15 millions, celle-ci fait une très bonne affaire, ne serait-ce que parce qu'elle acquiert un riche savoir-faire pour son secteur nucléaire, représenté par les 1200 employés dont elle retiendra les services. Quant aux activités d'entretien et de mise à niveau des centrales existantes, elles généreront des revenus et des profits. Autant dire que le risque est nul puisque Ottawa se garde la mise à niveau de cinq réacteurs, dont quatre sont au Canada, y compris celui de Pointe-Lepreau, qui a coûté déjà des milliards, et celui de Gentilly-2.

Là où il y aura véritablement une prise de risques pour SNC-Lavalin, c'est dans la vente de nouveaux réacteurs CANDU, dont la fiabilité incertaine rend l'opération difficile. Il lui faudra surtout faire face à la concurrence française et américaine dont les technologies dominent le marché. Au Canada, le monopole complet que détiennent les CANDU avec 22 centrales ne tient plus. En Ontario où de nouvelles centrales doivent être construites — on évalue à 28 milliards de dollars la valeur des projets envisagés, mais rien n'assure SNC-Lavalin de remporter la mise. Quant à une percée sur les marchés étrangers, il lui faudra assurer leur financement, car c'est dans les pays en voie de développement et dans les pays émergents que se trouvent les besoins. Imaginons qu'Ottawa sera appelé à l'aide.

Cette transaction n'est pas sans rappeler l'acquisition de Canadair par Bombardier en 1986. Cette société de la Couronne fut cédée pour ce qu'on considéra à l'époque comme une bouchée de pain. Canadair achevait à l'époque son prototype du Challenger, dont Bombardier fit un succès. Aujourd'hui SNC-Lavalin se retrouve avec un prototype presque complet qu'est le CANDU 6, dont la capacité pour répondre aux attentes du marché reste toutefois à démontrer. Il y a là un pari que semble prêt à prendre le nouveau propriétaire. C'est pour le CANDU une deuxième chance. Sa dernière certainement.

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4 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 2 juillet 2011 13 h 35

    Plus ca change plus c'est pareille

    C'était Canadair ensuite Petro Canada et maintenant Énergie Atomique serait-ce que nous ne sommes pas les seuls a etre des moutons pres a etre tondus et longue vie au roi

  • Denis Paquette - Abonné 2 juillet 2011 13 h 35

    Plus ca change plus c'est pareille

    C'était Canadair ensuite Petro Canada et maintenant Énergie Atomique serait-ce que nous ne sommes pas les seuls a etre des moutons pres a etre tondus et longue vie au roi

  • Bernard Terreault - Abonné 3 juillet 2011 14 h 20

    La CANDU n'est pas concurrentiel

    Il y a 50 ans, le Candu était une option valable sur le marché mondial. Cependant, il utilisait un concept (uranium naturel-eau lourde) radicalement différent de tous ses concurrents. Alors que tous les autres pays se ralliaient au concept gagnant, au prix de laisser tomber leur orgueuil national en même temps que leur technologie "nationale" (par exemple les réacteurs graphite-gaz en France et en Angleterre), le Canada s'entêtait, ce qui fait que c'est par milliers que les ingénieurs de tous les pays et de toutes les compagnies, en compétition commerciale continue, travaillaient à améliorer la filière commune, alors qu'ils n'étaient qu'un bien petit nombre de Canadiens à améliorer le Candu -- comme des fabricants de locomotives à vapeur à l'époque du diesel-électrique ou le tout-électrique. Résultat, le Candu est dépassé. Il ne faut plus y mettre un sou. Et le Québec n'a pas besoin du nucléaire de toute façon.
    B Terreault, prof.-chercheur retraité en science et technologie nucléaire (fusion), à l'INRS-Énergie, Matériaux et Télécom.

  • Jean-Pierre Aubry - Abonné 3 juillet 2011 19 h 33

    Le prochain test

    L’achat de réacteurs par l’Ontario sera le prochain test. Il faudra voir si le gouvernement fédéral voudra subventionner l’Ontario et réduire pour cette province le coût et les risques additionnels liés à cette solution. Sans une subvention importante, l’Ontario choisira un autre type de réacteurs qui a déjà fait ses preuves.