Visite royale - Notre vrai roi

Le prince William et la duchesse Kate Middleton entreprennent aujourd'hui une visite de huit jours au Canada. Dans les provinces anglophones, on se réjouit de la venue de celui qui, un jour encore lointain, sera roi du Canada. La modernité qu'affiche ce jeune couple princier redynamisera l'image surannée projetée par la reine Elizabeth II, reine du Canada depuis 59 ans déjà. Au Québec, leur séjour suscite par contre une indifférence généralisée, quand ce n'est pas de la dérision ou de la contestation, inspirées par une relation historique avec la Couronne britannique qui n'a pas toujours été facile. On aimerait bien se débarrasser de ce symbole.

Se départir de la royauté n'est toutefois pas à l'ordre du jour, même si à chaque visite de la reine ou d'un membre de la famille royale quelques rares personnes soulèvent la question. Les Canadiens en forte majorité adhèrent à la présence d'Elizabeth II comme incarnation de l'autorité suprême du Canada et nos politiciens sont d'autant moins enclins à ouvrir un tel débat qu'ils sont les premiers à profiter du statu quo.

Abolir la royauté obligerait à mettre en place un véritable chef d'État qui serait bien entendu un Canadien qui devrait être élu. Pour ne pas bousculer notre système, cette élection ne serait pas faite au suffrage universel, peut-on penser, mais faite par le Parlement, c'est-à-dire par les députés et les sénateurs réunis en congrès. Cela donnerait au chef de l'État une légitimité et certainement plus de pouvoirs qu'en a actuellement le gouverneur général, qui représente la reine dans l'exercice de son rôle.

Si cela arrivait, cela ne manquerait pas d'affecter les pouvoirs du premier ministre qui, s'il n'est pas le chef de l'État en titre, l'est dans les faits. Le vrai roi du Canada, c'est lui. Ses pouvoirs sont énormes. Le premier ministre au Canada, comme dans les provinces canadiennes, n'est plus le primus inter pares, comme le veut la formule traditionnelle. Il n'est plus le premier entre des égaux au sein du Conseil des ministres. Il est le primus tout court, celui qui décide de tout et régit tout dans le gouvernement, ce qui conduit à une forme d'absolutisme qui se garde de dire son nom.

Cela est encore plus vrai depuis que Stephen Harper est devenu premier ministre en 2006. Les ministres n'ont plus d'autonomie. Ils doivent faire approuver le moindre de leurs gestes par le «PMO», le Prime Minister's Office où tout se décide. Stephen Harper s'attribue même des rôles ministériels, comme il vient de le faire en prenant la présidence du Comité permanent sur la sécurité nationale qu'il vient de créer. Quant au Parlement, il est sous ses ordres maintenant qu'il est majoritaire tant à la Chambre des communes qu'au Sénat.

D'avoir un roi ou une reine d'opérette au-dessus de lui convient parfaitement à Stephen Harper. Cela l'assure de pouvoir gouverner en toute quiétude. Alors quand la famille royale s'amène au pays, aussi bien l'accueillir avec pompe, histoire de bien entretenir le mythe.

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38 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 30 juin 2011 02 h 05

    Voici votre prochain roi…

    Inutile de se raconter des histoires, la venue du prince William en sol canadien sert à nous préparer au changement qui se profile à l’horizon, soit l’avènement, à plus ou moins brève échéance, de celui-ci comme chef de l’État canadien.
    Réalité incontournable qui nous rappelle notre situation de conquis et de sujet de la Couronne britannique.
    Le roi représente, en sa personne, la légitimité de nos institutions politiques : député(e)s, ministres, premier ministre de toutes les législatures doivent allégeance à celui-ci pour pouvoir assumer leur fonction. Nous vivons bel et bien sous l’égide d’une monarchie constitutionnelle.
    Tous les discours entendus à travers les différents médias ne servent qu’à occulter ce fait ou à le banaliser.
    Paradoxalement, en bout de ligne, tout ce battage médiatique permet de refaçonner notre consentement au statut de colonisé, qui est le nôtre, depuis la capitulation du 8 septembre 1760.

  • Marcel Bernier - Inscrit 30 juin 2011 03 h 40

    Une alternative à la royauté...

    Vous dites : «Abolir la royauté obligerait à mettre en place un véritable chef d'État qui serait bien entendu un Canadien qui devrait être élu.» Pour votre gouverne et pour le plaisir de l'exercice de réflexion, je vous soumets un autre scénario :

    En vertu de la décision de l’Assemblée nationale du Québec adoptée conformément à l’article 1 de la Loi constitutionnelle du Québec, il est statué ce qui suit :

    Chapitre premier : Fondements du régime étatique

    Article premier Régime constitutionnel

    Le Québec est une République souveraine. Le régime constitutionnel du Québec est établi par la présente Constitution. Le régime constitutionnel garantit l’inviolabilité de la dignité humaine, la liberté et les droits des individus et contribue à promouvoir la justice sociale. Le Québec participe à la coopération internationale pour la sauvegarde de la paix et des droits de l’homme, pour la concorde entre les peuples et pour le développement de la société.

    Article 2 Démocratie et principe de l’État de droit
    Au Québec, tous les pouvoirs appartiennent au peuple, représenté par l’Assemblée nationale du Québec réuni en session. La démocratie implique le droit pour les individus de participer et d’influer sur le développement de la société et sur leur environnement. L’exercice des pouvoirs publics doit trouver son fondement dans la loi. La loi doit être respectée de façon rigoureuse dans toute activité publique.

    Article 4 Territoire national
    Le territoire du Québec est indivisible. Les frontières nationales ne peuvent être modifiées qu’avec le consentement de l’Assemblée nationale du Québec.

    Article 17 Droit à sa langue et à sa culture
    La langue nationale du Québec est le français.

  • Jean Lapointe - Abonné 30 juin 2011 06 h 44

    Le vrai roi il fait à sa tête.


    Le vrai roi du Canada serait donc Stephen Harper.

    Et donc, le roi Stephen a décidé de montrer au monde que c'est lui qui mène dans ce pays et qu'il se fout complètement de la démocratie.

    Et il a donc décidé de faire savoir aux Québécois qui veulent mettre fin à leur dépendance face à Ottawa qu'ils peuvent toujours s'amuser et s'engueuler entre eux parce qu'il n'en sera jamais question de l'indépendance du Québec.

    En invitant ces deux marionnettes, que sont sont Kate et William, il veut nous faire savoir très clairement que c'est lui le plus fort et que c'est lui qui commande et que, par conséquent , nous devons plier devant lui, que nous devons nous soumettre.

    Et pendant ce temps-là nous ici au Québec on disserte et on palabre sur la meilleure façon d'exercer le pouvoir et sur la démocratie.

    Ne serions-nous pas un peu déconnectés de la réalité?

    Qu'est-ce qui est le plus urgent au Québec? Mettre fin à notre dépendance ou instaurer un système plus démocratique que nous ne sommes même pas en mesure de mettre en application dans l'état actuel des choses alors que les décisions importantes se prennent sans nous?

  • Gabriel RACLE - Inscrit 30 juin 2011 07 h 04

    Démocratie

    Excellente analyse de Bernard Descôteaux, à laquelle il ne manque qu’un mot : démocratie. Les systèmes monarchiques héréditaires ne sont pas des systèmes démocratiques, pour deux bonnes raisons. Un roi ou une reine n’est pas un chef d’État élu, mais un souverain hérité d’une tradition périmée, puisqu’elle érige une famille en représentante d’un pays sans en avoir une légitimité démocratique.
    La deuxième raison, bien explicitée dans le texte, c’est qu’un chef d’État virtuel ou symbolique ou d’opérette permet à un Premier ministre du Canada de s’imposer comme chef souverain, lorsqu’il détient la majorité des sièges à la Chambre des communes, ce qui ne correspond pas à la majorité électorale, loin de là. Harper ne représente qu’un faible pourcentage de la population, 39,6 % des suffrages exprimés, sur 61,4 % des électeurs ayant participé à l’élection, autrement dit, pas grand chose. Mais comme le dit l’article, il se prend pour le roi du Canada, puisque le système politique le lui permet et que comme un roi, il ne représente pas légitimement la population.
    Quand le Canada, qui se veut un grand pays, G8, G20, siège au Conseil de sécurité (non obtenu, cette fois) interventions multiples, etc., sera-t-il à la hauteur de ses ambitions ou prétentions et deviendra-t-il une vraie démocratie du XXIe siècle, avec son chef d’État, doté de pouvoirs réels? Harper, qui dépense 1,5 million pour accueillir des visiteurs sympathiques en tant que personnes, mais loin de l’être en tant que représentants de l’archaïsme monarchique britannique, n’a aucune intention de modifier un système anachronique qui sert ses intérêts personnels.

  • Jacques Morissette - Inscrit 30 juin 2011 07 h 26

    Bien dit M. Descôteaux.

    Notre démocratie est un système de représentation. Actuellement, le PM Harper est tout à fait seul sur la scène en train de donner sa représentation.

    Nous sommes très très loin de la démocratie directe. De par la manière dont les choses se passent, c'est à se demander si la population existe encore.