Endettement des ménages - Baril de poudre

Tout récemment, le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, a envoyé deux avertissements remarqués en autant de jours. Le premier pour signaler que le marché immobilier se conjugue avec la surchauffe. Le deuxième pour indiquer que l'endettement des ménages a atteint un niveau alarmant. Son cri du cœur? Il y a urgence à observer les règles de la prudence.

En fait, cela fait deux ans maintenant que le gardien des cordons de la bourse aligne les mises en garde concernant la hausse constante et vertigineuse du prix des biens immobiliers, et donc de la charge hypothécaire que cela entraîne. Deux ans qu'il peste contre des acteurs qui n'ont pas retenu les leçons de la débâcle immobilière aux États-Unis. Deux ans au cours desquels il s'est astreint à maintenir une politique, pour reprendre ses mots, «de détente monétaire considérable». On insiste, il a qualifié la détente de «considérable».

Lorsque l'on s'attarde aux chiffres inhérents à l'activité immobilière actuelle, il y a de quoi partager quelque peu son inquiétude. Depuis le creux enregistré en 2009, les valeurs immobilières ont progressé de 31 %! Autrement dit, le rattrapage puis l'amorce du phénomène d'augmentation se sont effectués en deux ans, alors qu'il en avait fallu douze après la crise survenue au début des années 1990. Résultat net, les coûts afférents au poids hypothécaire d'une maison type monopolisent 43 % des revenus d'un ménage avant impôts.

Dans la confection de cette bulle immobilière, les autorités concernées sont confrontées à une variable sur laquelle elles n'ont aucune prise. Laquelle? Après les Japonais et les Coréens dans les années 1990, voilà que les Chinois ont investi des millions et des millions dans le parc immobilier de Vancouver. Cet insatiable appétit pour la pierre et le bois s'est traduit par une ascension fulgurante des valeurs. À preuve, le coût hypothécaire consomme 72 % du revenu avant impôts des ménages; 72 %!

À la menace qui plane sur l'univers immobilier s'est greffée au cours des derniers mois celle observée sur le front du crédit hors immobilier. Dans la foulée de la hausse marquée des prix des aliments et de l'énergie, on a enregistré une envolée du niveau de vulnérabilité de certains groupes de consommateurs. Pour faire court, disons qu'à 147 % du revenu le taux d'endettement a atteint un sommet. Mentionnons également qu'il est plus ou moins égal à celui des Américains et des Britanniques avant le début de la crise financière en 2008.

Comme le rapportait il y a peu notre collègue Éric Desrosiers, «cet accroissement de la dette serait, en fait, principalement dû à la consommation. Plus de la moitié (57 %) des répondants à un sondage réalisé spécialement ont affirmé que leur principale raison de contracter plus d'emprunts est uniquement d'assurer leurs dépenses de tous les jours, comme la nourriture, les vêtements et le transport». Près de 20 % seulement des Canadiens ont indiqué que leur endettement était lié à l'acquisition d'un bien immobilier.

On l'aura compris, le maintien du loyer de l'argent à bas prix pendant plusieurs années a produit des distorsions tant sur le flanc de l'immobilier que du crédit à la consommation. Évidemment conscient de la présence de ces vices, Mark Carney entend y mettre un terme. Selon des économistes de plusieurs banques, il faut s'attendre à ce que le taux cible passe de 1 % aujourd'hui à 3 % dans un an.

Il est donc probable que l'on assistera à une répétition, avec des variantes évidemment l'histoire ne se répétant pas, de la crise observée au début des années 1990. Après que le gouverneur de l'époque, John Crow, eut commandé une hausse de 100 à 125 points de base du taux d'escompte, on a assisté à l'ébranlement tout d'abord, à l'écroulement ensuite de la sphère immobilière. Le point d'orgue de celui-ci? Au cours de l'année 1995, plus de la moitié des transactions immobilières réalisées sur l'île de Montréal étaient des reprises immobilières. Des faillites.

Dans cette histoire, une requête formulée par Carney s'avère particulièrement saisissante. Il souhaiterait que le ministère des Finances s'emploie à durcir les conditions d'octroi du crédit. Il apprécierait le fait qu'après une longue période de laxisme, de laisser-faire, de laisser-aller, on réintroduise les règles qui prévalaient auparavant. À méditer deux fois plutôt qu'une.
 
2 commentaires
  • Yvon Bureau - Abonné 20 juin 2011 07 h 07

    Une nouvelle richesse

    Vivre AU-DESSOUS de ses moyens, voilà une nouvelle richesse !
    Pas si nouvelle que ça pour bien des gens, mais pas assez.

    Une valeur à transmettre à nos enfants et petits-enfants. Et leur faire sentir et ressentir tout le bien-être que cette valeur apporte avec elle.

    Tristesse : plus des gens vivent au-dessus de leurs moyens, plus ça paie pour les sanscoeurs financiers.

  • François Dugal - Inscrit 20 juin 2011 17 h 53

    Dette

    Si les ménages ne consomment pas outrageusement, l'économie basée sur la consommation à outrance tombe et ça nous plonge dans la récession.
    Si l'ensemble de la population était des consommateurs avertis comme notre ménage, l'économie canadienne serait dans le trouble.