Intervention policière meurtrière - Tous éberlués

Interloqués. Nous restons tous interloqués devant cette autre intervention policière qui a mal tourné à Montréal, faisant deux victimes sous le tir des policiers. Puisqu'il en a le pouvoir, le ministre de la Sécurité publique doit tirer cette affaire au clair en instaurant un processus crédible au lieu d'une fumeuse enquête de la police sur la police.

Le ministre Robert Dutil a choisi de compatir avec les victimes. C'est un style qui tranche avec celui de son prédécesseur Jacques Dupuis: il était prompt à défendre le travail de «ses» policiers lors d'un de ces «incidents». Nous savons gré au ministre Dutil de se trouver, comme nous, «éberlué» devant la stupéfiante trame d'événements qui s'est jouée mardi dans les rues de Montréal.

Un itinérant de 40 ans, Mario Hamel, connu des services policiers, abonné aux ressources pour sans-abri, souffrant de problèmes de santé mentale, a perdu la vie dans une mystérieuse fusillade. Un employé de l'hôpital Saint-Luc, Patrick Limoges, 36 ans, passait par là; une balle perdue l'a emporté. Quatre policiers, dont l'identité est protégée par le processus d'enquête, sont au coeur de cet épisode trouble. On ne sait pas qui a fait quoi, et surtout pour quelles raisons.

Le ministre Dutil veut revoir cette pratique douteuse selon laquelle un corps policier enquête sur un autre lors d'une intervention suivie de mort d'homme. Mais pourquoi n'agit-il pas sans attendre les conclusions de l'affaire Villanueva? La Loi sur la police lui confie tout ce qu'il faut pour entrer en jeu. L'attente superflue témoignerait d'un manque de fermeté. La nonchalance n'est plus de mise.

Car la fusillade de mardi est déconcertante, et ce, à plus d'un égard.

  • Parce qu'elle rappelle l'importance d'un processus d'enquête «crédible, transparent et impartial qui inspire confiance et respect», comme l'a dit l'an dernier la protectrice du citoyen, Raymonde St-Germain, en critiquant vertement la procédure employée lors d'incidents impliquant des policiers.
  • Parce qu'elle souligne les effets troublants de la désinstitutionnalisation, qui transforme en errants des personnes souffrant de problèmes de santé mentale. Des âmes malades qui, comme le dit le directeur de la mission que fréquentait Mario Hamel, «consomment leurs malheurs».
  • Parce qu'elle laisse trop de plans vides dans le scénario: combien de balles ont été tirées dans cette lutte de quatre fusils contre un couteau? Combien de policiers ont tiré? Quel était le degré de dangerosité du suspect? Comment s'explique la balle perdue? Qu'a-t-on tenté avant de recourir à l'ultime moyen? En plein coeur du centre-ville et si près de l'heure de pointe, quel est le risque pour les passants — le malheureux M. Limoges... — quand un policier tire au pistolet? Qui, au juste, porte la plus grande part du risque: le policier ou le citoyen?
  • Parce qu'elle confirme l'urgence, pour les policiers, de peaufiner les méthodes d'intervention non seulement sous les angles légal et technique, mais aussi psycho-socio-communautaire et éthique. La police a déjà rédigé de malheureux chapitres impliquant des itinérants — l'affaire Barnabé, en 1993; l'affaire Lizotte, en 1999 — et cette réalité n'est pas éphémère.
Le sérieux du drame survenu cette semaine commande un éclaircissement rapide et crédible. Au ministre de la Sécurité publique d'allier, à l'émotion et à la parole, un geste robuste.

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