Vérificateur général du Canada - Le dernier rempart

La vérificatrice générale du Canada, Sheila Fraser, tirait sa révérence hier au terme d'un mandat de dix ans fort bien rempli. Son nom passera à l'histoire, non pas parce qu'elle était plus compétente que ses prédécesseurs, mais parce qu'elle a été présente à une époque où les glissements au sein de l'administration fédérale se sont multipliés.

Peu après son entrée en fonction, elle signait une première analyse du programme des commandites portant sur trois contrats de 1,6 million de dollars à la firme Groupaction Marketing. «Non-respect généralisé de toutes les règles», écrivait-elle le 2 mai 2008 à propos de ces trois contrats pour lesquels Groupaction avait produit de faux rapports. Dans une deuxième analyse présentée aux Communes en février 2004, elle qualifiait ce programme d'opération de camouflage, de graissage de pattes d'agences de publicité, d'interférences politiques. Ses deux interventions conduiront à la création de la commission Gomery sur le scandale des commandites et amorceront le déclin du Parti libéral du Canada comme parti de pouvoir.

Cet épisode aura propulsé Sheila Fraser sur le devant de la scène publique. Un vérificateur général est habituellement un obscur personnage dont les politiciens arrivent assez facilement à occulter la mise au jour de dérapages administratifs. Ce ne fut pas le cas avec elle. Le scandale des commandites était trop gros. La notoriété qu'elle aura acquise à cette occasion aura renforcé son indépendance et la capacité de son bureau à aller au fond des choses. La fonction, grâce à elle, aura acquis davantage de prestige et de confiance, tant auprès des élus que du public. Cela aura d'ailleurs des retombées positives pour tous ceux qui, dans les parlements provinciaux et dans les conseils municipaux, exercent la même fonction et ont à défendre leur indépendance et leur intégrité. Pensons ici au vérificateur de la Ville de Montréal.

Malgré elle, Sheila Fraser est devenue un acteur politique en raison de ce scandale des commandites, mais aussi en raison du contexte de gouvernement minoritaire qui a prévalu pendant presque toute la durée de son mandat. Plus que ses prédécesseurs, les partis politiques ont voulu l'utiliser ou la dénoncer, selon le profit qu'ils pouvaient en tirer. Le dernier épisode en ce sens fut le coulage de son rapport sur les coûts du G20 en pleine campagne électorale. Son sens politique, mais surtout la rigueur et la qualité de tous les audits qu'elle effectua au cours de ses dix années de mandat lui permirent d'éviter tous ces pièges.

Le prochain vérificateur général aura à exercer son mandat dans un contexte de gouvernement majoritaire. La dynamique politique s'en trouvera changée, surtout que l'opposition se trouve fractionnée et sans le rapport de force dont elle a joui ces sept dernières années. Si le gouvernement Harper devait abuser de sa position majoritaire, la fonction de vérificateur général deviendrait encore plus essentielle pour assurer une réelle reddition de comptes au Parlement. Il est à cet égard le dernier rempart sur lequel les Canadiens peuvent s'appuyer.
 
2 commentaires
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 26 mai 2011 06 h 15

    «Le 2 mai 2002» et non «le 2 mai 2008»

    Eureka:
    «Groupaction: la GRC enquêtera
    Le Devoir - 09-05-2002 - 945 mots
    Buzzetti, Hélène - Non-respect généralisé de toutes les règles." C'est le verdict cinglant qu'a rendu hier la vérificatrice générale du Canada, Sheila Fraser, à propos de l'octroi de trois contrats d'une valeur de 1,6...»

  • France Marcotte - Abonnée 26 mai 2011 07 h 15

    Que signifie cette phrase?

    "Son nom passera à l'histoire, non pas parce qu'elle était plus compétente que ses prédécesseurs, mais parce qu'elle a été présente à une époque où les glissements au sein de l'administration fédérale se sont multipliés."

    Est-ce que cela signifie que S.Fraser était plus compétente que ses prédécesseurs mais que l'époque de sa présence a fait en sorte que ce poste a eu beaucoup de visibilité, quelle que soit la personne qui l'occupe?
    Est-ce que cela signifie qu'il n'était pas nécessaire à madame Fraser d'être particulièrement compétente pour que son poste fasse parler de lui, étant donné l'époque?
    Pourquoi cette ambiguité?
    Est-ce donc si difficile de reconnaître le travail exceptionnel d'une femme à un poste aussi important?
    Le Devoir est-il sexiste?