Paix au Proche-Orient - L'ambition d'Obama

On savait les relations entre Barack Obama et Benjamin Nétanyahou froides. Elles s'annoncent glaciales. En effet, 24 heures après que le président américain eut proposé que tout accord entre Israéliens et Palestiniens doit s'articuler sur la base des frontières de 1967, le premier ministre israélien a exprimé sa ferme opposition. Autrement dit, l'immobilisme va se perpétuer au cours des prochains mois.

Lors de son allocution sur sa politique proche-orientale, le chef de l'exécutif américain s'est démarqué de tous ses prédécesseurs en avançant que la première discussion à un éventuel accord de paix entre les deux parties devrait être consacrée exclusivement à la sécurité et aux échanges territoriaux que suppose l'édification d'un État palestinien dans les frontières de 1967. Après quoi, si entente il y a sur ces sujets, les représentants des deux camps pourront amorcer des négociations sur le statut de Jérusalem et du retour des réfugiés, en réalité les descendants de ces derniers, en Israël.

Ce faisant, le président Obama s'est distingué de George Bush, Bill Clinton et consorts en abandonnant, plus précisément, l'idée d'une présence militaire israélienne en trois lieux enclavés à l'intérieur des lignes de 1967, et pour un temps indéterminé, et en n'écartant pas le dossier des réfugiés. On sait que le retour de ces derniers relève de la fiction à cause notamment de leur poids démographique, mais en prenant à revers la position de Bush et compagnie, Obama alloue de fait aux Palestiniens une monnaie d'échange. Bref, il vient de rompre avec 40 ans de politique américaine sur ce front.

Il vient de rompre parce qu'à la différence de ses prédécesseurs, des potentats arabes ont été renversés, des autocrates ont été fragilisés. On pense notamment à Kadhafi. Il vient de rompre parce qu'il ne veut surtout pas contrecarrer la démocratie en marche en Tunisie et surtout en Égypte. À ce propos, son soutien aux aspirations pour la liberté d'expression, la pluralité politique et autres a été aussi ferme qu'attendu. Ce que craint à cet égard Nétanyahou, soit une possible déstabilisation de l'Égypte, par exemple, lui ne le craint pas.

Pour sa part, le premier ministre d'Israël a fait ce qu'il a l'habitude de faire lorsqu'Obama, le vice-président Joe Biden ou autre annoncent une réorientation politique. Quoi donc? Permis a été accordé à un autre projet de colonisation. Nétanyahou voudrait mettre en relief sa mauvaise volonté qu'il n'agirait pas autrement. Toujours est-il qu'après une rencontre, hier, avec son homologue américain, Nétanyahou a clairement indiqué qu'il n'était pas question, pour l'instant du moins, d'entamer un dialogue sur la base des frontières de 1967.

Qu'il n'est pas question non plus de discuter avec des représentants palestiniens tant et aussi longtemps que le Hamas n'aura pas reconnu le droit à l'existence d'Israël. Quand on sait que le slogan du Hamas est «Israël à la mer», le moins que l'on puisse dire est que la requête de Nétanyahou est fondée.

Cela étant, la pression sur ce dernier pour qu'il pose un geste de bonne volonté sera d'autant plus forte au cours des prochains moins que l'Union européenne a salué le plan Obama. Nous aussi. Et deux fois plutôt qu'une.
 
4 commentaires
  • arabe - Inscrit 21 mai 2011 03 h 03

    Cessons d'exagérer les divergences

    Il n'y a aucune incompatibilité entre "il n'y aura pas de retour aux lignes d'avant 1967" (Netanyahou) et "un accord doit s'articuler sur la base de la ligne d'avant 1967" (Obama). Le premier énoncé n'est ni un "camouflet" (titre cyberpresse) ni une "gifle" (titre du Devoir) envers Obama (ce vocabulaire journalistique québécois systématiquement agressif envers Israel est très déplorable). Une ligne pourrait être "basée sur celle d'avant 1967" (proposition d'Obama) tout en "ne suivant pas entièrement la ligne d'avant 1967" (proposition de Netanyahou).

    En somme, il est clair pour tous les gens réalistes qu'il n'y aura pas de retour aux lignes d'avant 1967, tel qu'indiqué par Netanhayou, et que la frontière suivra à plusieurs endroits la ligne de 1967, tel que compatible avec Obama.

    Quant à la "ligne de 1967", elle passait par le Jourdain et le canal de Suez, du moins à partir de juillet 1967. Il faudrait que les journalistes s'habituent à dire soit "ligne d'avant 1967", ou encore "ligne de 1949". Question de ne pas tromper le public est d'être non ambigu.

  • lephilosophe - Inscrit 21 mai 2011 06 h 51

    L'ami américain

    La donne change au Moyen-Orient. Or, il semble bien que seule l'extrême-droite israélienne ne soit pas en mesure de s'en rendre compte, engluée qu'elle est dans des clichés archaïques et des réflexes pavloviens.
    Obama est un ami des Israéliens, tout comme Madame Clinton qui peut même être qualifiée de sioniste. Ils savent que c'est maintenant ou jamais que se joue le sort de l'État juif. Si ce dernier ne saisit pas l'occasion historique de faire la paix avec les Palestiniens maintenant, eh bien, les Israéliens devront au bout du compte renoncer au caractère juif de leur État, au régime d'apartheid qui s'est installé depuis 2002 et qu'ils devront vivre dans un seul État laïque et démocratique.
    Car la diplomatie mondiale glisse entre les mains des Américains. Aujourd'hui l'Égypte a réussi à réconcilier le Fatah et le Hamas, au grand dam de Washington; le Brésil et l'Amérique latine à sa suite, appuyés par la Turquie, l'Afrique du Sud et l'Égypte, ont pris des initiatives diplomatiques pour la reconnaissance de la Palestine à l'Assemblée générale de l'ONU en septembre. C'est cela que Obama voudrait éviter.
    Le discours de Washington ne visait qu'une chose: faire revenir les Palestiniens à la table des négociations pour éviter la reconnaissance de la Palestine par l'ONU. En se rangeant tactiquement derrière une des positions défendues historiquement par les Palestiniens, le président espérait faire en sorte que les Palestiniens aient une raison de revenir négocier. Mais, comme tous les dictateurs arabes des alentours, Nétanyahou demeure sourd et aveugle à ce qui se passe.
    Le temps court vite, les révolutions se succèdent au Moyen-Orient et en Afrique du Nord et les Palestiniens ne resteront pas dans le dernier wagon du train de l'histoire. Et toutes les jeunes démocratie alentour conjugueront leurs efforts en ce sens. Il semble bien plutôt que le Hamas a compris la nouvelle situation, Nétanyahou non!

    Bernard Gadoua

  • Yves Claudé - Inscrit 22 mai 2011 13 h 31

    La réalité de la démocratie aux USA et au Canada ?

    La réaction de Benjamin Nétanyahou face à une proposition de négociation des plus modérée avancée par le président Barack Obama, est très révélatrice de l’attitude belliqueuse du sionisme depuis près d’un siècle.

    Elle nous rappelle aussi un fait accablant: la démocratie états-unienne est lourdement affectée par le contrôle d’un groupe de pression ethno-religieux qui rend sa réalité des plus relative. En mettant de l’avant la paix et un minimum de justice pour la nation palestinienne, Barack Obama est-il en train de commettre un suicide politique ?

    Si l’on regarde de ce côté-ci de la frontière … il n’est pas sûr que la situation de la démocratie soit plus reluisante. Le gouvernement pro-israélien Harper a d’ailleurs fait ce que les libéraux fédéraux (pourtant très soumis aux influences sionistes) n’ont jamais osé faire: permettre au réseau kahaniste d’entrer dans la zone d’influence gouvernementale. Cette ouverture du gouvernement Harper à un réseau judéo-nazi est d’autant plus étonnante et choquante que plusieurs organisations du réseau sont supposément bannies du Canada en tant que “groupes terroristes” (Kach, Kahane Chai, etc.; voir: http://www.publicsafety.gc.ca/prg/ns/le/cle-fra.as

    Du côté du gouvernement Charest, il suffit de mentionner la pathétique affaire des subventions aux école privées juives, et sa participation à la récente chasse aux sorcières contre le site Vigile, pour se faire une certaine idée de l’état de la démocratie québécoise (et ceci sans même évoquer les affres de l’"industrie de la corruption" !). Soyons cependant rassurés, grâce au fractionnement du vote (avec entre autres à l’aveuglement volontaire conjoint du PQ et de Québec solidaire…), le gouvernement Charest a bien des chances d’être réélu !

    Yves Claudé - sociologue

  • Gilbert Troutet - Abonné 23 mai 2011 21 h 28

    Le vent est-il en train de tourner?

    L'article de Serge Truffaut relève un changement de ton dans la politique américaine. Cela sera-t-il suffisant pour que le gouvernement israélien se comporte enfin «comme du monde» à l'égard des Palestiniens? Pas sûr. De belles paroles et des résolutions de l'ONU, il y en a eu pléthore au cours des dernières décades, sans que rien ne change. Les États-Unis, pour leur part, sont en retard d'une révolution et sentent que la conduite des affaires leur échappe au Proche-Orient, où ils ont soutenu militairement des régimes qui leur tournent maintenant le dos. Il leur reste leur droit de veto au Conseil de Sécurité. On a plutôt l'impression que c'est Israël qui dicte la politique américaine et non le contraire.

    Je partage le point de vue et l'analyse de Bernard Gadoua. J'ajouterais que le gouvernement Harper, avec son appui inconditionnel à Israël, est en train d'isoler un peu plus le Canada sur la scène internationale.