La victoire de Mitterrand - L'idolâtrie

Depuis le 10 mai dernier, les médias français soulignent à grands traits le trentième anniversaire de la victoire de François Mitterrand à la présidentielle. Dans bien des cas, cette commémoration s'est muée en idolâtrie. Au sein du Parti socialiste, ce biais, cette prédilection pour l'adoration du seul d'entre eux à avoir accédé au poste suprême dans l'histoire de la Ve République, sont encore si marqués qu'ils étouffent encore et toujours le devoir d'inventaire formulé par l'un des chefs de file de cette formation, soit Lionel Jospin. Constater qu'une quinzaine d'années plus tard l'examen du bilan de l'homme qui a déconstruit les espérances du peuple de gauche reste un tabou dépasse quelque peu l'entendement.

Certes, on doit à Mitterrand, mais aussi aux hommes qui l'entouraient, l'abolition de la peine de mort, l'abrogation du délit d'homosexualité, la semaine de 39 heures, la libéralisation des radios, la 5e semaine de congés payés, la multiplication par deux du budget de la culture, etc. Sur ces réformes et d'autres qu'on oublie, ici et là on insiste beaucoup pour mieux lui dresser des lauriers. On érige une ribambelle de paravents pour mieux cacher la part d'ombre d'un homme obsédé avant tout par SA conquête du pouvoir et sa conservation. On construit une muraille de Chine pour mieux camoufler qu'en véritable maître de la politique-politicienne, il était quelque peu... retors!

À preuve, les modifications apportées dans les années 1980 à la mécanique électorale afin de favoriser la montée en puissance du Front national au détriment de la droite gaulliste. À preuve, la mise en orbite d'un affairiste, d'un magouilleur, qui s'appelait Bernard Tapie, et du chantre de la politique du bling bling, du vulgaire, qu'est Jacques Séguéla. À preuve surtout, les revirements politiques commandés sans aucun état d'âme mais avec un grand souci pour la préservation de sa propre personne. Si l'on...

Si l'on fait abstraction des tout premiers mois de son premier mandat, Mitterrand aura passé plus de temps à déréglementer, «néolibéraliser», privatiser. Bref, à prendre la route totalement inverse à celle promise et, ce faisant, en cultivant l'indifférence à l'endroit des ouvriers et des petits salariés qui avaient voté en masse pour lui. Il est même allé jusqu'à brouiller durablement les repères politiques, les divergences idéologiques par le biais de la cohabitation avec la droite. En fait, ce vice est à l'image de son parcours: il avait commencé à droite, il a fini à gauche.

Mais ce qui symbolise plus que tout combien l'éthique était chez lui chétive est ce qu'on appelle «l'affaire René Bousquet». En tant que secrétaire général de la police de Vichy, de Pétain, ce dernier a organisé les grandes rafles des Juifs en France. Et alors? Jusqu'à la fin de sa vie, Mitterrand fréquenta l'infréquentable. La hauteur lui aura toujours manqué.

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