Élections fédérales - Dans quel siècle sommes-nous ?

Le Canada, ce pays du XXe siècle comme disait Wilfrid Laurier, est-il en train de rater le XXIe? L'actuelle campagne électorale est non seulement hors de notre temps, mais hors de notre monde. Le Canada vieillissant s'autosuffit: il ne rêve pas, ne relève pas de défis, ne se voit pas comme source d'inspiration, ne s'inspire pas non plus de ce qui se fait ailleurs. C'est la jeunesse qu'on laisse ainsi tomber.

Le XXIe siècle est celui de l'économie du savoir, de la mobilité (physique comme virtuelle), du développement durable, du remplacement du pétrole, de la saine consommation, des échanges (commerciaux, de l'information, des idées), de la lutte contre l'intolérable (inégalités, pauvreté) partout sur la planète, de l'urbanité, de la transparence, de la créativité... Un monde en mouvement où les pays les plus dynamiques cherchent à y aller de leur apport. C'est vrai non seulement de l'Europe, de l'Asie ou des États-Unis, mais aussi de coins inattendus.

Le Devoir interviewait la semaine dernière l'ambassadeur de Bolivie à l'ONU qui faisait état de ses démarches pour que celle-ci adopte une Charte des droits de la nature. La Bolivie elle-même, au vu des changements climatiques qui ont fait fondre ses glaciers du tiers, a adopté une telle loi en décembre denier et a créé un poste d'ombudsman pour la faire respecter.

Le pays rêve de surcroît d'un tribunal international de la justice climatique, et de remplacer la notion de PIB par un indicateur du développement durable. Bref, la Bolivie parle XXIe siècle! Ici, on en est encore au grec ancien.

Un exemple? Jamais les populations, mondiales comme canadienne, n'ont autant été concentrées dans les villes. Ce mot est pourtant exclu de la présente campagne électorale. Seules comptent les régions, là où se récoltent les députés. Le moteur économique que sont les grandes villes est complètement ignoré, tant des discours des chefs que de leurs programmes.

... Admettons qu'à bien les lire, lesdits programmes ne sont pas complètement déconnectés. Enfin, si l'on excepte celui du Parti conservateur, qui est sourd aux menaces environnementales mais voit l'étranger comme une menace (lutte contre le terrorisme, les immigrants clandestins, contre tout ce qui rôde dans l'Arctique...), et consacre plus de paragraphes à la protection des industries traditionnelles qu'à celles de pointe. Quant à sa Stratégie sur l'économie numérique, elle est promise pour après les élections...

Mais le Parti libéral, le NPD et le Bloc québécois affichent des promesses liées aux grands défis de l'heure. L'environnement (avec moult détails), Internet ouvert, les trains à grande vitesse, la sécurité alimentaire s'y trouvent. Les libéraux osent parler de recherche fondamentale, le NPD de réforme du mode de scrutin, le Bloc de réduction de la pauvreté comme principe premier de l'aide internationale.

Mais ces thèmes sont épars dans les programmes et peu mis de l'avant par les chefs, qui s'accrochent plutôt à leurs promesses pour la classe moyenne et les familles. Le Canada, ce pays riche et qui se repaît de sa bonne santé économique!, n'en a donc que pour la pénurie de médecins, l'endettement des ménages, l'amélioration des régimes de retraite qui ne conviennent qu'aux mieux nantis, ou l'épuisement des aidants naturels qui n'ont pas de programmes sociaux dignes de ce nom pour les soutenir.

Il n'y a là rien d'emballant pour de jeunes générations qui ont déjà beaucoup voyagé ou qui, branchées sur le reste du monde, voient ailleurs les avancées technologiques, l'attrait des villes qui n'en sont plus au tout-à-l'auto, l'aide tangible à apporter aux pays pauvres. Ici, que leur offre-t-on comme suprême audace? D'oser voter pour des candidats inconnus...

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