Accord palestinien - La surprise

Après des années de conflits internes passablement rugueux, le Hamas et le Fatah palestinien ont créé la surprise en annonçant la signature d'une entente, d'une paix des braves quelque peu inachevée. En effet, à la suite de négociations arbitrées par des représentants égyptiens, le Hamas, qui a la main haute sur Gaza, et le Fatah, qui dirige la Cisjordanie, ont convenu de mettre sur pied un gouvernement intérimaire formé uniquement de technocrates et d'organiser des élections présidentielle et législatives dans 12 mois. Inachevée? Sur la gestion des services de sécurité, le sujet qui fâche entre tous, aucun accord n'a été trouvé, la méfiance étant mutuelle.

Ce geste est d'abord le reflet d'une accélération de l'Histoire. Depuis l'amorce de ce qu'on appelle le «Printemps arabe», des milliers de Palestiniens majoritairement jeunes ont manifesté dans les rues des deux territoires pour exprimer leur ras-le-bol à l'endroit des dirigeants ainsi que leur vif désir pour l'unité du peuple palestinien. Patron du Fatah, Mahmoud Abbas a admis que les changements en cours dans le monde arabe avaient gommé les «pressions négatives» qui existaient dans les deux camps. Du côté du Hamas, on s'est dit inquiet que les événements en Syrie, où est situé le bureau politique de l'organisation, changent la donne à leur désavantage.

Ce geste fait également écho à une déception. Celle qu'éprouve la direction du Fatah à l'égard de l'administration Obama. Abbas et ses proches ont mal digéré le veto brandi par l'ambassadeur américain au Conseil de sécurité de l'ONU lors de l'étude d'une résolution consacrée à la construction de colonies israéliennes dans les territoires palestiniens. Depuis lors, depuis ce permis accordé à l'injustice, Abbas ne croit plus au quartette qui rassemble, outre les États-Unis, l'Union européenne, la Russie et les Nations unies. On peut le comprendre, le quartette s'étant agité en vain pendant une douzaine d'années.

Tant le premier ministre d'Israël, Benjamin Nétanyahou, que le président Obama ont exprimé les réticences que leur inspire l'accord qui, soit dit en passant, sera officialisé la semaine prochaine. L'un comme l'autre somment Abbas de «choisir entre la paix avec Israël et la paix avec le Hamas». Leur argument? Aucun article du texte de réconciliation n'évoque la reconnaissance d'Israël et encore moins des négociations de paix. Fidèle à son slogan «Israël à la mer», le Hamas a tenu à écarter ces deux sujets.

Sous Bush, plus d'une fois on avait juré craché que l'avènement de deux États indépendants et en paix était pour demain. Idem sous Obama. Et alors? Après la signature de l'accord entre Hamas et Fatah, on peut avancer qu'il n'y aura pas grande amélioration, pour ne pas dire aucune, avant la tenue des élections, si élections il y a. Ce qui est loin d'être assuré.

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1 commentaire
  • Roland Berger - Inscrit 29 avril 2011 17 h 00

    Division et soustraction

    Si l'entente Hamas-Fatah tient le coup, Israël ne pourra plus diviser pour régner. Elle reviendra à une bonne vieille tradition, soustraire qui déplaît à son bon vouloir, bien sûr avec l'approbation des puissances occidentales qui l'ont crée.
    Roland Berger