Élections fédérales - Mesdames, votre vote !

Certains silences révélateurs auront davantage marqué cette campagne électorale que les grands éclats entourant généralement les enjeux phares. Au nombre des victimes de ce vide, notons les femmes, dont le vote de protestation à l'endroit des politiques réductrices du gouvernement Harper pourrait pourtant réellement changer la donne.

De judicieux observateurs de la scène politique ont nommé ce phénomène la «harperisation des esprits». Il s'agirait de l'effet pervers d'une idéologie appliquée efficacement; le triomphe de la sournoiserie, un art méprisable malheureusement maîtrisé par les conservateurs de Stephen Harper. Depuis leur arrivée au pouvoir, ils ont bafoué certains acquis des femmes, parfois au grand jour, d'autres fois de manière insidieuse.

Le bilan conservateur n'est certes pas... rose. Les beaux jours du Canada, où il trônait au 4e rang des pays ayant le meilleur indice d'égalité entre les sexes, sont révolus: la dernière livraison du Forum économique mondial le place désormais au 20e rang. La chute n'est pas le fruit du hasard; elle concorde avec des décisions rognant sur ce qu'on croyait être des gains intouchables.

La liste est longue. Il y eut l'annulation de la stratégie sur les services de garde. L'abolition du Programme de contestation judiciaire, qui donnait une voix aux groupes défavorisés, dont les femmes. La fermeture de 12 des 16 bureaux de Condition féminine Canada. La diminution et l'élimination du financement de nombre de groupes destinés à la défense des intérêts des femmes. La remise en question du droit à l'équité salariale pour les travailleuses de la fonction publique. La série de projets de loi privés présentés par la députation pro-vie et destinés — directement ou indirectement — à «rouvrir» le débat sur l'avortement. La fin du questionnaire long obligatoire du recensement, qui colligeait des données précieuses pour documenter l'égalité entre les sexes et ensuite développer des programmes. La décision d'exclure l'avortement de l'Initiative canadienne sur la santé maternelle et infantile à l'étranger. Tout cela, oui tout cela, sous la férule d'un gouvernement minoritaire.

Entre autres conséquences déplorables de ces attaques, la voix des femmes est étouffée, précisément au moment où on devrait l'entendre vociférer. Réduites au silence, faute de moyens, des organisations s'affaiblissent. D'autres, intimidées par des pressions d'ordre financier, se taisent. Collectivement, en dehors de frissons déclenchés hors campagne par des affaires comme la saga Cantat-Mouawad, c'est le calme plat. Trop plat. La «harperisation» fait son travail. Les esprits sont façonnés. Un peu plus et on banaliserait cette opération de destruction.

Les femmes ne sont pas au coeur des engagements électoraux, hormis par le truchement de la famille. Et encore! Il faut voir la promesse de Stephen Harper de permettre le «fractionnement des revenus» en 2015-2016! Il s'agit d'une opération de charme destinée au modèle traditionnel de la famille. Elle occulte complètement les 23 % de femmes monoparentales dont le revenu est inférieur au seuil de la pauvreté.

Les autres partis ont choisi ce sombre tableau pour lancer quelques pointes, mais leurs griffes ne sont guère acérées. Une publicité chez les libéraux, un écho de fin de campagne du côté de Jack Layton sur l'égalité hommes-femmes. De bien minces engagements pour un enjeu qui pourtant concerne des assauts faits contre la démocratie et, par ricochet, contre la capacité d'agir de la société. Mesdames, faites vos choix.
14 commentaires
  • MontrealBerlin - Inscrit 28 avril 2011 02 h 41

    Droits et femmes

    Madame Chouinard,

    je vous remercie pour votre texte qui en dit long.En tant qu'homme j'espère vraiment que les femmes iront voter pour démontrer que ce qui se passe au pays présentement n'est pas acceptable pour la liberté de ces femmes. On se croirait ailleurs au monde mais ça se passe bien ici.

  • Manon Carrière - Inscrite 28 avril 2011 07 h 45

    Heureusement, on pourra faire Bloc!

    Le problème est en effet sérieux et réel. La «harperisation» du discours et de l'action politiques contre les acquis féministes appelle une réaction énergique. Heureusement, au Québec on a le Bloc et sa capacité à influencer les choses à Ottawa. Surtout qu'il vient de se trouver un allié puissant avec l'insulte à la bouche comme moyen d'efficacité politique en la personne de Gérald Larose. Il mérite bien quelques coups de la canne à Jack! Pourquoi ne pas convoquer le squelette de Papineau, tant qu'à y être! Théâtre du dérisoire...J'en viens à regretter l'image du chef actuel, bonnet à fromage sur la tête. Là au moins ça parlait clairement de ce dont il s'agit...Casting médiocre, apologie du vide, tout dans la posture du ridicule...

    L'insolent

  • dehorsharperblog - Inscrit 28 avril 2011 07 h 43

    Voter pour se faire entendre

    Les femmes sont l'une des catégories de citoyens qui votent le moins. Plus les femmes voteront et plus les politiciens tenir compte de leur avis. En ce moment les chefs ne s'adressent aux femmes que pour prétendre défendre la famille. La famille est une valeur importante mais tout l'univers des femmes ne se limite pas à la maternité.

    On ne peut dissocier le bien-être des femmes de la santé reproductive, de l'équité salariale et de la lutte à la pauvreté. Les citoyennes doivent montrer aux chefs de parti qu'elles s'intéressent réellement à la politique et qu'on ne peut pas leur faire accepter n'importe quelle politique en disant simplement le mot "famille". M. Harper se sert des femmes pour faire valoir des politiques rétrogrades envers les femmes:

    http://dehorsharper.wordpress.com/category/droits-

  • Micheline Carrier - Inscrite 28 avril 2011 09 h 07

    Les Conservateurs ont verrouillé les portes d'accès à l'égalité

    Suggestion de Sisyphe: un dossier élaboré sur les femmes et les élections, des questions à poser aux candidats et candidates dans différents domaines de la condition féminine, des articles d'analyses et autre documentation.

    Voir la rubrique Élections Canada 2011:
    http://sisyphe.org/spip.php?rubrique153

    L'article "Les Conservateurs ont verrouillé les portes de l'accès à l'égalité": http://sisyphe.org/spip.php?article3862

  • Michel Page - Inscrit 28 avril 2011 11 h 11

    On comprend bien que vous dites de ne pas voter pour les conservateurs

    ET pour une foule d'autres raisons, notamment au peu de respect des francophones hors Québec, et au non respect de la Loi sur les Langues officielles, il serait incongru que des francophones (par exemple ceux de la région de Québec!) votent pour ces conservateurs là.
    Mais alors pour qui voter?
    Voter pour un bon candidat, bien. Beaucoup des candidats NDP semblent être des « figures de poteau » alors…
    Par ailleurs, il faudra bien que le BLOC s’ouvre sur un discours plus positif, plus cohésif. Mon contanct avec le BLOC m’a révélé un groupe fermé, peu ouvert, peu original…

    J’ai déjà suggéré que l’ouverture sur la fraternité canadienne-française constituerait un choix nécessaire et stratégique. Ainsi, le BLOC « canadiens-français » retrouverait sa pertinence sur la scène fédérale. Il y aurait eût lieu depuis une bonne dizaines dannées de faire beaucoup pour aider à rétablir l’équilibre bafoué entre francophones et anglophones au Canada, dont en particulier en faisant valoir les injustices dont sont encore victimes des francophones hors Québec, dont en établissant dans le texte même de la loi sur l’immigration et la citoyenneté l’impérieuse nécessité du respect de l’équilibre linguistique dans la composition linguistique et la connaissance du français et de l’anglais et encore:
    pourrait avancer positivement avec force la juste nécessité que le gouvernement fédéral fasse beaucoup pour aider la revitalisation de l’usage de la langue française et des communautés francophones par :
    · la promotion de l’éducation en français des enfants dits ayants droit;
    · l’intégration et l’enracinement des nouveaux immigrants d’expression française dans les communautés francophones en situation minoritaire;
    · la réparation de torts historiques et contemporains en établissant que la proportion de l’immigration francophone ou qui s’engagerait à apprendre le français soit au moins égale à la propo