Élections fédérales - Parlons Bloc

Cette campagne électorale ne se déroule pas comme prévu pour le Bloc québécois, qui est poussé dans ses retranchements par le NPD. Celui-ci recrute massivement chez les électeurs bloquistes et, dans une moindre mesure, chez les libéraux. Conséquence, le Bloc termine cette campagne sur la défensive, sans trop comprendre ce qui lui arrive.

Le Bloc ne l'a pas toujours eu facile. En 2000, il s'est fait déclasser par le Parti libéral de Jean Chrétien, qui obtint alors 44 % des suffrages au Québec contre 40 % pour le Bloc. On avait vu dans ce match nul le signe du début de la fin pour la formation souverainiste à qui le scandale des commandites assura une deuxième vie. À nouveau, toutes les certitudes bloquistes sont ébranlées.

De passage au Devoir hier, le chef bloquiste, Gilles Duceppe, a admis avoir été surpris par la turbulence électorale. Il est apparu sur la défensive, aux prises avec un phénomène que personne n'avait vu venir, au Bloc comme au NPD d'ailleurs. Si son ampleur est difficile à cerner — les écarts entre les résultats des différents sondages montrent la volatilité de l'électorat —, il est acquis néanmoins que plusieurs circonscriptions sont en jeu.

Les difficultés du Bloc s'expliquent d'abord par des raisons propres à ce parti. En début de campagne, tous avaient la conviction que cette élection n'allait rien changer. Que le 3 mai au matin, chacun allait reprendre son siège. On n'a donc pas senti le besoin de revoir sa stratégie et son discours. Le slogan de campagne, «Parlons Québec», était loin d'avoir le punch du «Un parti propre au Québec» de 2004 et du «Je me souviens» de 2006 par lesquels il avait mis K.O. le Parti libéral.

Ce «Parlons Québec» est tombé à plat parce que trop diffus, sans incarnation dans un dossier précis comme celui des investissements en culture qui en 2008 avait servi de catalyseur à la campagne du Bloc. Ses adversaires ont retenu la leçon puisque cette fois, ils ont tous réagi au quart de tour pour neutraliser les sorties de Gilles Duceppe sur des enjeux comme l'harmonisation de la TPS et de la TVQ ou le financement de la santé. Difficile dès lors de démoniser l'adversaire et de faire se lever les foules.

Cette situation aura forcé le Bloc à se centrer sur son discours traditionnel de la défense des intérêts du Québec, qui a le défaut d'avoir été entendu moult fois et d'être peu attrayant pour des électeurs jeunes, peu politisés. Les dénonciations des ambitions centralisatrices du NPD et les intrusions conservatrices dans les champs de compétence provinciale leur disent bien peu. Pour eux, le Bloc porte le poids de ses 20 ans qu'a illustré le rôle confié à l'ancien premier ministre Jacques Parizeau pour faire appel à la loyauté des électeurs souverainistes. Ce n'est rien pour rejoindre de nouveaux électeurs qui seraient plus sensibles à des figures associées à des causes auxquelles ils tiennent, comme l'environnement.

Le choix des électeurs bloquistes de se tourner vers le NPD n'est pas rationnel. Il répond à un désir de changement qui a par le passé donné lieu à la montée spectaculaire de l'Action démocratique. Même si le NPD a trois fois l'âge du Bloc, il réussit à incarner, grâce à la personnalité de Jack Layton, le renouveau. Comme pour l'ADQ, le défi de ce parti sera d'être à la hauteur d'attentes qu'il nourrit en multipliant les promesses d'ouverture aux aspirations du Québec. Celui de Gilles Duceppe est de montrer dès maintenant que le NPD ne peut l'être. Il n'a pas le luxe d'attendre que ce parti s'effondre par lui-même dans trois ou quatre ans. Le mal aura été fait.
18 commentaires
  • helene poisson - Inscrite 27 avril 2011 02 h 10

    Qui sera à la tête de l'État canadien le 3 mai ? Aucun des 4 chefs

    Élizabeth II est héréditairement le chef de l'État canadien.
    Le Bloc québécois est pour l'abolition des 105 tablettes en or roupillant au Sénat.
    Les autres partis veulent conserver ces coûteuses ''fioles'' pour leurs amis.
    C'est ça le Canada du ''Speak White''.

    Les sondages distinguent mal entre:
    - l'intention de vote ( aujourd'hui, pour qui voteriez-vous? ) et
    - l'intention d'aller effectivement voter le 2 mai.

    Élection inutile selon plusieurs, le taux de participation risque d'être très bas
    en milieu urbain, particulièrement chez les jeunes.

    ''Acheter, c'est voter'' comme le clame Laurie Warridel.
    Mais ne pas aller voter, c'est se faire acheter pour pas cher par le pouvoir en place.

    Si M. Harper gagne son pari d'être majoritaire à cause des votes ontariens,
    le Bloc sera plus nécessaire que jamais pour défendre le Québec.
    Ne transformons pas les urnes électorales en urnes funéraires.

  • Andre Vallee - Inscrit 27 avril 2011 03 h 08

    Tout vrai, mais.

    Le Bloc sera toujours le meilleur signe au ROC que le Québec a ses particularités et qu'il y tient. Trop de choses anti Québec ont été et sont encore supportés par le NPD, celui-ci n'ayant pas les coudées assez franches pour chagriner le ROC.

  • Guy Lemieux - Inscrit 27 avril 2011 06 h 30

    Enfin il y a un certain intérêt à cette élection .

    Personne ne peut dire que M.Duceppe n a pas à coeur l intérêt du Québec mais d autres partis l ont aussi de différentes manières . Les électeurs sont justement rationnels et désirent un changement immédiat au fédéral .Ce bon vieux Jack est aussi originaire du Québec et a touché l âme des électeurs ,ce qui en principe devrait se traduire par une députation en conséquence . Pour une fois l élection devient intéressante pour le public .Surtout cette élection doit touché les jeunes nouvellement aptes à voter, pour leur avenir .Jack incarne une certaine naiveté et que beaucoup d électeurs recherchent dans un chef de parti . Le changement vient aussi du Québec , il suffit de penser que F. Legault obtint une majorité sans mêne avoir fondé un parti , ce qui devrait inquiéter les partis provinciaux dont Mme Marois et son parti ( selon un sondage antérieur ) Bref il y a lieu de se réjouir d une plus grande participation de l électorat au fédéral .

  • Socrate - Inscrit 27 avril 2011 06 h 43

    fruits

    Comme un fruit trop mûr...

  • Catherine Paquet - Abonnée 27 avril 2011 07 h 07

    La sagesse des électeurs

    Les citoyens le constatent depuis des années. Les députés du Bloc n'ont en rien empêché les conservateurs de détenir le pouvoir depuis 7 ans déjà. Et ils savent aussi que ce sont les Libéraux et les Néo-démocrates qui ont défait ce dernier gouvernement, pour offrir aux citoyens le choix d'élire d'autres députés que des conservateurs. Avant de décidr de voter exactement comme aux dernières élections, pour un candidat du Bloc, les citoyens sont tout à fait justifiés de se demander si celà changera quoi que ce soit à la main-mise de Stephen Harper sur notre démocratie parlementaire.