Élections fédérales - Jeu de patience

Le chef conservateur Stephen Harper a beau avoir offert hier sa fermeture la plus radicale à une éventuelle relance du débat sur l'avortement, la sortie n'a pas ébranlé les groupes pro-vie. Normal: ils misent sur le travail de longue haleine pour renverser la tendance pro-choix. Patience et longueur de temps font mieux que force ou que rage.

Il y a de ces sujets explosifs, tel l'avortement, qui invariablement allument une ou deux poudrières électorales. Cette campagne n'allait certainement pas échapper à la règle: la déclaration samedi dernier du député sortant et candidat conservateur Brad Trost sur l'efficacité d'une action pro-vie destinée à bloquer une subvention a créé une onde de choc dans les troupes conservatrices. C'est sans doute parce qu'il a décrit avec force détails un processus non officiel visant à affaiblir des organisations comme Planned Parenthood, reconnue pour des services de planification familiale, dont l'avortement. Tout cela se passe en marge du pouvoir, mais tout près du pouvoir.

Les propos de M. Trost étaient sans équivoque: en Saskatchewan, il a remercié des militants anti-avortement d'avoir participé au non-renouvellement du soutien financier traditionnellement destiné à Planned Parenthood. Rapportées dans Le Devoir et le Toronto Star hier, ces révélations ont même forcé l'équipe de Stephen Harper à convoquer les journalistes en pleine nuit pour rectifier le tir!

Le chef conservateur a étonné hier matin en offrant — il faut le souligner — son opposition la plus limpide à la réouverture du débat sur l'avortement. En lieu et place des traditionnels louvoiements et de l'imprécision, il a promis qu'il ferait tout en son pouvoir de premier ministre pour maintenir la loi actuelle. Cela inclut une garantie de poids: aller jusqu'à renverser tout projet de loi d'initiative parlementaire proposé par la députation conservatrice pro-vie pour fragiliser la décriminalisation de l'avortement.

Contre toute attente, cette obstruction du chef conservateur n'a pas l'heur d'ébranler les groupes anti-avortement. C'est qu'ils voient beaucoup plus loin que l'échéance du 2 mai prochain, jour de vote. Que vaut une campagne électorale, voire un mandat, dans un plan de match s'étirant sur quelque 10, 15, 20 ans et dont l'objectif est de présenter une loi au moment où les esprits seront prêts à l'accueillir? La patience. Le travail de longue haleine. La manipulation des mentalités. Le menu travail de terrain en apparence inoffensif mais faisant partie intégrante d'un savant calcul. Les compressions visant des groupes de gauche. Le confort et la satisfaction des branches de droite. Voilà une opération délicate commandant la constance.

Les déclarations officielles, comme celles prononcées par M. Harper hier dans le but de limiter les dégâts, auraient donc bien peu de poids à côté d'un travail sous-terrain de grande importance, mené avec une persistance hors du commun. Voilà la menace que M. Brad Trost, dans son emportement candide, a permis de révéler au grand jour.

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1 commentaire
  • Roger Lapointe - Inscrit 22 avril 2011 10 h 35

    En plein dans le mille!

    Travail sousterrain,voilà la seule et unique description s'il fallait en nommer une, de ce gouvernement d'extrême droite quoique on en dise,dans le plus pur style Tea Party rien de moins.Attendez de voir la majorité au pouvoir et la religion faire un retour en force dans cette société et le thème de la loi et l'ordre poussé au maximum.