Droits de scolarité - De quoi vociférer

Les étudiants feront du bruit, comme ils ont commencé à le faire hier, quittant collèges et universités pour le brouhaha de la rue. Afin de protester contre la hausse fulgurante des droits de scolarité que Québec leur refile, faussement abriée d'un consensus social, ils n'ont d'autre choix que de faire du bruit. Ils auront toutefois besoin que la clameur soit nourrie par d'autres voix que les leurs.

Le «consensus» auquel le ministre des Finances, Raymond Bachand, les dirigeants d'université de même que la confrérie des affaires se rapportent pour ennoblir une puissante hausse des droits de scolarité n'existe tout simplement pas. Tout au plus y a-t-il eu, de part et d'autre, la manifestation d'une vive préoccupation pour le sous-financement des universités. La reconnaissance que le gel des droits, sans indexation, ne pouvait plus durer. La formulation d'un voeu très cher: que l'État choisisse à nouveau de soutenir l'éducation en lui accordant une part extraordinaire et que les particuliers et les entreprises soient solidaires de ce choix de société en apportant leur «juste contribution».

En lieu et place, le gouvernement a opté pour une équation boiteuse faisant reculer jusqu'à 1968 l'indexation à rattraper. Là-dessus, il a choisi d'asseoir la hausse décrétée de 75 %, qui gonflera la facture de 325 $ par année pendant cinq ans. Il corrige en une fois le passé, dans lequel il ne voit plus que des errements. Ce calcul ne tient compte d'aucun des «dégels» imposés jadis aux étudiants: un bond de près de 200 % au début des années 1990. Puis une autre secousse en 2007. Suivie de près par cette dernière salve.

Par une pirouette politique, on a déguisé une fierté sociale — l'accès quasi gratuit aux études supérieures — en une incongruité dont il fallait avoir honte. Le changement de discours public dénigre désormais ce diplôme qu'on paie trop peu cher. «Quel étudiant devrait s'offusquer de contribuer à payer pour son avenir?», avance-t-on maintenant en présentant la hausse des droits comme une solution unique.

Les étudiants, à qui le parti de Michael Ignatieff brandit la promesse d'un soutien direct de 1000 $ par année d'étude, ont de quoi vociférer. Le danger est qu'ils n'offrent qu'un murmure en guise de protestation.

D'autres voix devront se faire entendre pour les appuyer. Elles ont matière à s'indigner: de l'asservissement apparent de Québec, qui ne lève pas le petit doigt pour réclamer d'Ottawa des transferts en éducation postsecondaire, jusqu'à la démesure qui persiste dans certaines administrations universitaires, où des millions sont dépensés pour soutenir la haute direction alors qu'on hurle au déficit. Ou encore, comme le dénonçait récemment en nos pages un groupe d'auteurs, la symbolique camouflée derrière cette marchandisation du savoir: plutôt que de former des têtes, l'université est réduite à un moteur économique.

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