Campagne électorale - Les pauvres

La campagne électorale a débuté en trombe samedi et se poursuivra dans l'habituel tourbillon. Même pas le temps, pour ceux qui y sont impliqués, de regarder la télé! Dommage, car chefs et candidats rateront ainsi le dernier épisode d'une série à part, importante, qui traite de grands oubliés de la politique...

La série Naufragés des villes présentera ce soir à RDI son dixième et dernier épisode. Dix heures sur les pauvres, sans clichés, avec un propos intelligent, des gens attachants, des images accrocheuses... Tous les rapports sur la pauvreté soudainement incarnés. Ramasser les derniers sous du porte-monnaie pour arriver à payer l'épicerie, atterrir dans une chambre minable, limiter ses déplacements faute de pouvoir acheter un billet d'autobus...: quand avait-on vraiment vu cela à la télévision?

Cette série est un service public dont le visionnement devrait être obligatoire pour tous les élus. Cela éviterait, peut-être, des propos comme on en a entendu à Ottawa au début mars. Le comité des ressources humaines des Communes a mis trois ans à mettre au point 58 recommandations afin de lutter contre la pauvreté. Le gouvernement conservateur a tout simplement rejeté le rapport au prétexte que «la meilleure façon de combattre la pauvreté est de faire croître l'économie et de mettre les Canadiens au travail», a dit le cabinet de la ministre fédérale des Ressources humaines, Diane Finley.

Mais l'accès au travail, Naufragés des villes nous l'a fait vivre, est un chemin de croix quand on a un C.V. plein de trous! Ou quand on a passé l'âge d'en trouver un nouveau. Comme ce camelot dont le dernier numéro du magazine L'Itinéraire de Montréal dresse le portrait: ni alcoolique, ni toxicomane, ni issu d'un milieu de misère, ni abonné de l'aide sociale. Juste soudainement sans travail à 60 ans.

Il y a, sur le terrain, la série nous le montre aussi, des initiatives extraordinaires pour aider les gens à se nourrir, à prendre soin de leurs enfants, à se procurer des lunettes, à briser l'isolement. On parle ici d'organismes et de l'engagement personnel de ceux pour qui aider ne se résume pas aux paniers de Noël. «S'il fallait qu'ils disparaissent, ce serait une catastrophe», comme l'a dit Pierre Côté, l'une des deux «vedettes» des Naufragés, à L'Itinéraire.

Car nos gouvernements font bien peu. Les derniers budgets du Québec et du fédéral n'avaient que des balbutiements pour les plus démunis. À Ottawa, il n'y eut qu'un engagement de bonification du supplément de revenu garanti pour les aînés les plus pauvres. Détail: les Communes ont voté à l'unanimité, il y a plus de vingt ans, une loi pour «éliminer la pauvreté des enfants d'ici l'an 2000». Depuis, rien n'a changé...

Quant au Québec, le fait qu'on y soutienne mieux les familles qu'ailleurs ne règle pas tout. Le dernier rapport du Comité consultatif de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale souligne par exemple que ce sont les personnes seules âgées de 45 à 59 ans qui sont les plus touchées par une pauvreté persistante.

Que faire? Québec pourrait augmenter le montant qu'un assisté social peut tirer d'un petit boulot ou rehausser le niveau d'économies auquel un assisté social a droit avant d'être pénalisé (de 1500 $ en 1989, il est maintenant à 862 $!). Au fédéral, financer le logement social est prioritaire. Avoir une adresse sans y laisser tout son chèque est un tel défi quand on est pauvre...

Tiens, c'était le troisième épisode des Naufragés... Et ça tombe bien, on peut le revoir, comme l'ensemble de la série, sur le site TOU.TV. Peut-être que, même en campagne, les candidats arriveront à ne pas tout rater...

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jboileau@ledevoir.ca
3 commentaires
  • Jean de Cuir - Abonné 28 mars 2011 10 h 03

    Economie?

    Vendidit hic auro patriam. Il a vendu sa patrie pour de l’ or. Quand on ne parle que de l’ économie comme motif d`une campagne électorale, ne vend-t-on pas son pays pour de l`or?
    On se gave de mots depuis le temps! Lutter contre la pauvreté suppose le comment faire: améliorer l' économie, certes; le plein emploi, certes, mais ce n'est rien dire que d'en rester là. 20 ans d' effort, NON, 20 ans d'inertie mentale, ce qui en dit long sur les belles paroles des politiciens et sur leur état mental. La misère est une évidence. Comment penser le tissu social n'est pas facile. La base? Des idées! Modifier la conception même de l'économie, du "grand marché" : des idées, il y en avait dans le cahier Mondialisation du Devoir fin de semaine. Modifier la façon dont on pense la démocratie: par exemple, avoir la conscience qu'une fois élu un député est un représentant, c'est sa deuxième identité. Or, elle n'existe que par la volonté des citoyens. D'où mettre tout en oeuvre pour établir un dialogue constant avec la population représentée. Les techniques aujourd'hui le permettent! On sera alors surpris des suggestions!

  • Florence - Abonné 28 mars 2011 15 h 58

    Le véritable immobilisme

    Merci madame pour ce rappel.
    Si vous saviez comme j'enrage quand j'entends les économistes de tout acabit accuser les Québécois d'immobilisme. C'est l'État qui est immobile face à la pauvreté. La solidarité, elle, existe, surtout chez les moins nantis.
    Plus de 40% d'analphabètes fonctionneles, 40% des habitants de Montréal gagnent moins de 20,000$/année, et le décrochage, et la discrimination en emploi pour les minorités visibles, etc.
    Alors, avant de parler de productivité, que nos gouvernants nous propose un plan pour changer ça, c'est beaucoup plus urgent que le plan Nord! Éducation, implication citoyenne : priorité numéro 1

  • Pierre François Gagnon - Inscrit 30 mars 2011 13 h 14

    Que faire...?!

    S'il y avait une réelle volonté politique et populaire de faire disparaître la pauvreté dans nos pays qui en ont parfaitement les moyens techniques et financiers, il y a longtemps que cela serait fait. A qui "profite" donc socialement la pauvreté, on se le demande bien... Le grand John K. Galbraith avait cette définition au ras des pâquerettes : «La pauvreté, c'est le manque d'argent!»