Élections fédérales - Et le Québec?

Voilà, le Canada est en élections! Pour de bonnes et de mauvaises raisons, le Québec sera au cœur de la campagne qui s'amorce aujourd'hui. Surtout pour de mauvaises raisons, peut-on croire à entendre certains discours qui déjà diabolisent le Québec et les Québécois.

Il a été beaucoup dit et écrit que ces élections allaient se gagner en Ontario, province qui compte le plus de comtés susceptibles de changer d'allégeance, généralement en faveur du Parti conservateur. Bien qu'elle soit la deuxième province pour la taille de sa population, le Québec est pour sa part la stabilité même à cet égard. Il ne vaut donc pas l'effort d'un investissement électoral soutenu, sauf de la part du Bloc québécois.

Cette analyse, pour être juste, ne doit pas nous faire oublier que cette élection se gagnera à l'arraché. Le Parti conservateur est à quelques sièges d'une majorité. Malgré ses 16 points d'avance sur le Parti libéral, il n'y a encore aucun raz-de-marée en vue en sa faveur. Il a donc besoin de tous les comtés, y compris ceux qu'il détient au Québec. S'ils ne peuvent lui assurer la victoire, les Québécois pourraient l'en priver. D'où ce lancement de la campagne conservatrice à Québec aujourd'hui, où la réélection de quelques députés conservateurs est incertaine.

L'intérêt des conservateurs pour le Québec ne s'arrête pas là. Par une sorte de vieux réflexe, ils en font à nouveau un argument électoral à l'intention des électeurs hors Québec, à qui on présente l'appui massif des Québécois donné au Bloc québécois comme une menace pour la démocratie canadienne. Le raisonnement va ainsi. Libéraux et néodémocrates pourraient, si les conservateurs n'obtiennent pas la majorité des sièges le 2 mai prochain, former un gouvernement de coalition qui ne pourrait tenir qu'avec l'appui du Bloc québécois. Une telle coalition sera illégitime car le pouvoir doit aller au parti qui a recueilli le plus grand nombre de sièges, point.

Toute la semaine, les ministres conservateurs ont dénoncé cette perspective pourtant bien lointaine. Un gouvernement de coalition serait un détournement de la démocratie, disent-ils, oubliant que l'idée de se substituer au gouvernement libéral de Paul Martin avec l'appui du Bloc ne leur répugnait pas en 2006. Il va sans dire que voter pour le Bloc québécois devient alors illégitime. À ceux qui ne comprennent pas, on leur dit clairement que laisser se former une coalition reviendrait à livrer le Canada au chantage du Québec. Un argument finement résumé hier dans un éditorial du National Post qui prédisait que toutes les villes du Québec exigeraient qui son colisée, son pont, son festival, son chantier maritime, sa subvention pour sauver une entreprise en faillite.

L'épouvantail que les conservateurs nous dressent ainsi est révélateur de la crainte qu'ils ont de voir le pouvoir leur échapper si, en fin de compte, ils n'obtiennent pas la majorité absolue des sièges. S'il est presque acquis en ce début de campagne qu'ils termineront bons premiers, ils savent que les électeurs pourraient hésiter une autre fois à leur donner cette majorité qu'ils lui ont déjà refusée deux fois. La perspective d'échouer si près du but explique la suffisance avec laquelle ils affirment être les seuls à détenir la légitimité. Il faut leur rappeler en ce début de campagne que celle-ci est du côté de la majorité que forment les 60 % de Canadiens qui entendent voter pour le Parti libéral, le Bloc québécois ou le NPD. Si, le cas échéant, ceux-ci décidaient de se coaliser pour former un gouvernement, ce geste serait tout à fait légitime.

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