Budget 2011-2012 - L'effort des autres

Le premier budget du ministre Raymond Bachand avait surpris par son audace à vouloir atteindre le déficit zéro avant tout le monde grâce à des augmentations de taxes et de tarifs tous azimuts. Celui de cette année fait du surf sur la vague économique. Entre les deux, le ministre aurait-il oublié son engagement à mieux contrôler les dépenses?

Il y a peu de choses dans ce budget du Québec 2011-2012 une fois qu'on a mis de côté l'augmentation des droits de scolarité et celle des cotisations au Régime des rentes. Dans un cas comme dans l'autre, il fallait ajuster le tir pour éviter l'érosion du système. Pour le reste, on aurait pu sauter une année puisque ce budget ne contient rien qui ait déjà été annoncé.

Même la pièce maîtresse tant attendue, le fameux Plan Nord, se résume encore une fois à des bouts de route coûteux dont on n'a pas encore fait la démonstration qu'il ne s'agit pas de gros cadeaux consentis aux sociétés minières. Le gouvernement précise qu'il réserve un demi-milliard pour d'éventuelles participations au capital des entreprises qui investiront dans le Nord. Bien. Mais en quoi cela sera-t-il différent de ce qui s'est fait à la SGF, avec les résultats que l'on sait?

Encore une fois, le budget ajoute plusieurs petits programmes d'aide à ceci et à cela, aux entreprises, à l'exportation, à l'exploration... mais nulle part il n'est question d'évaluer les dizaines, voire les centaines de programmes du même genre qui existent déjà et qui exigent l'embauche de centaines de fonctionnaires. Est-ce une partie de l'explication à l'énorme difficulté du gouvernement à livrer la marchandise au chapitre du contrôle des dépenses?

Pour l'année qui vient, ces dépenses de programmes croîtront de 2,4 %, un pourcentage calculé sur un résultat de l'an dernier plus élevé de 800 millions par rapport à ce qui avait été annoncé. Pire, ce chiffre n'inclut pas divers fonds spéciaux créés récemment, en santé et en infrastructures par exemple, dont les budgets augmentent beaucoup plus rapidement que les autres programmes.

À l'inverse, les revenus générés par la croissance économique et par les diverses augmentations de taxes et de tarifs annoncées l'an dernier (TVQ, contribution santé, essence, etc.) seront plus importants que prévu. Où est donc passée la promesse de faire un effort plus important du côté des dépenses que du côté des revenus? Si un tel effort avait été fait, on aurait pu revoir le montant de la très inéquitable contribution santé, qui passe à 100 $ par individu cette année et à 200 $ l'an prochain.

Pendant ce temps, la dette du Québec continue d'augmenter trois fois plus vite que l'inflation sous la pression des dernières années de déficits accumulés, et surtout celle des nombreux investissements réalisés. On ne peut certes pas critiquer les efforts consentis pour renouveler les infrastructures. Encore faudrait-il cependant être certain qu'ils sont tous appropriés et qu'ils sont effectués au meilleur coût possible... À Hydro-

Québec comme au gouvernement, on investit chaque année des milliards sans évaluation digne de ce nom de la rentabilité des choix.

Ce deuxième budget Bachand maintient le cap sur les mesures d'augmentation des revenus annoncées l'an dernier, et il en ajoute quelques-unes. Malheureusement, il maintient aussi le cap sur le type de gestion de l'État qui a rendu ce gouvernement si impopulaire. Difficile de croire que nous sommes en présence du virage tant attendu par les Québécois.

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