Adaptation scolaire - Souque à la corde

Alors que revient dans le débat l'insoluble équation des besoins de ces élèves et des ressources qu'on y épuise, il faudra s'attarder à cet inquiétant paradoxe. Les vigoureux lobbys qui s'agitent autour de la question ont tort de présenter ces élèves comme un bloc monolithique; chacun arrive plutôt avec une histoire aux contours distincts qui appelle une indispensable souplesse dans l'action. Or, qu'on se le dise: ni les règles ministérielles ni les conventions qui régissent le travail des enseignants n'encouragent la flexibilité.

Le dernier-né des groupes de pression est la Coalition pour une intégration réussie. Il compte principalement des syndicats membres de la Fédération autonome de l'enseignement. Des pédiatres, une mère et un professeur d'université se sont joints à ce groupe. La liste des absents étonne: tous les autres — la voix porteuse de l'autre syndicat d'enseignants, la FSE-CSQ; les parents; les spécialistes qui soutiennent ces élèves; les universitaires et chercheurs qui ont étudié cette question —, où sont-ils? Que nous révèle leur silence?

Cette coalition ne s'agite pas maintenant sans raison. Elle soutient les revendications d'enseignants à bout de souffle, dont les négociations avec la partie patronale ont sans relâche abordé cet épineux dossier. Sans succès. Selon les données officielles, un élève sur cinq porte le chapeau EHDAA, et Québec leur octroie près de deux milliards de dollars.

Lors de la dernière négociation, on a convenu de renvoyer à un comité paritaire la délicate mission de rallier patrons et syndiqués sur une manière de fonctionner qui satisfera l'une et l'autre partie. Voilà la véritable joute qui se livre maintenant, et que l'on tente de porter au grand jour. Un conciliateur guidera les deux groupes, qui n'ont atteint jusqu'à maintenant que le cul-de-sac.

Les enseignants souhaitent une comptabilité plus fine de ces élèves, qui sont trop nombreux dans la classe ordinaire. Ils brandissent le retour des classes spéciales, ce qui en fait frémir plus d'un. Les commissions scolaires, ébranlées par la perspective d'une poursuite judiciaire, distribuent les ressources, mais croulent sous les demandes croissantes des écoles. Le ministère de l'Éducation sait qu'au coeur du problème gît une définition imprécise de la «contrainte excessive», seule limite légale — floue — à l'intégration de ces élèves en classe ordinaire.

Le tir à la corde n'est donc pas fini. Souhaitons que cette souplesse trop absente dans les moeurs scolaires soit à portée de négociation, car elle sera essentielle au dénouement favorable de cette impasse. Et que surtout, on se rappelle le véritable coeur des enjeux: il s'agit bel et bien des enfants.

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machouinard@ledevoir.com

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