Hydrocarbures - Improvisation coupable

Les échanges des derniers jours au sujet des droits d'exploration des hydrocarbures ont fait ressortir l'absence totale de préparation et de cohérence du gouvernement en matière d'énergie. Ce n'est pas parce qu'on croit aux vertus du secteur privé qu'on peut lui céder des richesses collectives pour des broutilles. Et même si on n'entend pas les exploiter, ces richesses doivent rester de propriété publique.

En réponse aux questions de l'opposition au sujet des droits d'exploration sur l'île d'Anticosti qui ont été cédés par Hydro-Québec à l'entreprise privée, le premier ministre Jean Charest et ses ministres ont répété, la semaine dernière, qu'il n'appartenait pas au gouvernement de prendre des risques aussi élevés.

En effet, ce n'est pas à l'État de prendre de tels risques, du moins seul. Qui lui en demande autant? À ce que l'on sache, Hydro-Québec n'a jamais eu l'intention de concurrencer Imperial Oil ou BP. Ce dont il était question jusqu'à ce que ce gouvernement cède nos droits au secteur privé, c'était d'explorer les régions géologiques les plus prometteuses. Si d'aventure Hydro-Québec avait obtenu des résultats concluants, elle se serait associée à des exploitants privés, comme l'ont fait bien des gouvernements dans le monde. Et comme eux, elle aurait conservé la plus grande partie des bénéfices puisqu'il s'agit d'une ressource non renouvelable, du moins faut-il s'en convaincre...

Cela dit, le fait de posséder les droits aurait aussi permis au Québec de ne pas exploiter la ressource pour une raison ou pour une autre. Ce qui devient plus difficile quand vous les avez cédés. Comment, en effet, interdire à une société privée d'exercer des droits alors qu'il n'existe aucune loi pour encadrer l'exploitation des hydrocarbures?

Mais nous n'en sommes pas là. Pour le moment, la majorité des Québécois en a juste assez de l'improvisation gouvernementale. L'incrédulité a fait place à l'inquiétude, puis à la méfiance et à l'autodéfense devant le manque de détermination de ce gouvernement à jouer son rôle de fiduciaire de nos ressources collectives. Qui aurait cru qu'en 2011, un État développé puisse laisser une société privée creuser des puits et même des mines à ciel ouvert en milieu urbain?

Ce n'est pas l'industrie qui a perdu le contrôle, mais le gouvernement par sa négligence et son laisser-faire, voire par sa troublante complicité avec l'industrie. Le manque de confiance est devenu tel que même l'éventuelle publication de résultats rassurants par le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) n'y changera rien. Un BAPE qui s'est lui-même discrédité en acceptant un mandat si restreint que la principale conclusion, celle de poursuivre l'exploitation, est prescrite par le commanditaire.

Le premier ministre Charest et sa ministre des Ressources naturelles, Nathalie Normandeau, ont voulu passer outre au débat public en croyant qu'à la seule mention du mot pétrole, toutes les clôtures tomberaient dans les arrière-cours du Québec. Non seulement se sont-ils trompés, mais, cette fois encore, c'est l'intelligence populaire qui les ramène à la réalité. Plus que jamais, un temps d'arrêt s'impose pour réfléchir et mettre en place les règles, les lois et les structures indispensables à une appropriation collective de ces ressources.

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j-rsansfacon@ledevoir.ca

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