Loi 101 - L'impertinent

Maxime Bernier s'est étonné des commentaires «hargneux» que lui a valus sa prise de position tranchée sur l'inutilité de la loi 101, ajoutant qu'il ne s'attendait «pas à susciter une telle tempête». Ou le député le croit vraiment, ce qui témoignerait d'une véritable insensibilité envers la société québécoise, ou il joue faussement les surpris, ce qui souligne son sens de la provocation, mais surtout son manque de jugement politique.

Depuis un bon moment déjà, Maxime Bernier se fait le porte-étendard d'une théorie politique, le libertarisme, qui prône la liberté individuelle absolue et qui dénonce la «coercition étatique», comme il le dit lui-même sur son blogue en réponse à ses critiques.

Cette théorie a des adeptes, suscite de beaux débats, mais n'a que faire du réel. La société n'est pas une addition d'individus qui en font à leur tête: elle doit avoir une gouverne, des règles, des objectifs, dont, dans notre système démocratique, les gouvernements que nous élisons et qui se succèdent sont le reflet.

Au XXe siècle, l'évolution de la société québécoise a imposé un encadrement de la situation linguistique afin d'assurer non pas seulement la survivance, mais aussi la solidité d'une nation francophone en terre d'Amérique. Il fallait bien le constater, le libre choix ne faisait plus le poids face à la domination anglophone qui régnait au Québec. À partir des années 60, les gouvernements ont donc tous eu à sortir de la théorie et à faire face à la réalité. La loi 101 s'avérera à cet égard une meilleure réponse que les lois 63 et 22 qui l'avaient précédée en 1969 et en 1974: elle a assuré une paix sociale dont nous bénéficions encore aujourd'hui. Bien davantage que les sondages évoqués par M. Bernier, c'est cette paix sociale qui est l'expression tangible du consensus qui règne au Québec. C'est parce qu'elle a prouvé son utilité qu'aucun gouvernement responsable n'a l'intention de mettre la loi 101 au rancart.

Les vives critiques que s'attire aujourd'hui le député sont dures, mais elles ne sont pas gratuites. Elles s'appuient sur le souvenir des batailles passées, sur le constat d'une domination toujours plus forte de l'anglais à l'échelle du monde et sur ce principe fondamental qu'il n'y a pas de mal à protéger ce qui est fragile. Le fait français au Québec est toujours de cet ordre, d'autant plus qu'il reste encore mal compris hors de nos frontières.

Rapportées à la une de ce journal, les doléances de John Furlong, directeur général du comité organisateur des Jeux olympiques de Vancouver, en sont une autre démonstration. Ce n'est pas la faute du comité organisateur si le français s'est fait plus discret lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux, c'est celle de Gilles Vigneault qui n'a pas voulu embarquer dans leur beau concept!

Le fait que le refus du grand chansonnier — qui craignait une récupération politique de son oeuvre — n'ait pas été envisagé est déjà éloquent. Mais constater que, pour le comité, sans le Mon pays de Vigneault, il n'y avait point de salut, pas d'autre solution, si ce n'est improviser sur une quelconque autre chanson (la célébrissime Un peu plus haut, un peu plus loin de Ferland!) démontre la profondeur de leur incompréhension, à la limite du mépris, de la réalité québécoise.

Or quand un Maxime Bernier, ancien ministre et toujours figure de proue du Parti conservateur, rive en deux mots son clou à la loi 101 sur les ondes d'une radio de Halifax, il vient nourrir l'incompréhension et l'agacement à l'égard du Québec. Et cela, ce n'est pas de la théorie.

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jboileau@ledevoir.ca

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