Prévention du suicide - Les visages effacés

C'est le désespoir d'un adulte pour qui la vie est un trop lourd fardeau. C'est la douleur d'un adolescent qui ne pense qu'à s'infliger la mort. Et qui finit par le faire. C'est l'isolement d'une personne âgée, qui provoque son rendez-vous avec l'éternité. Derrière la plate froideur des statistiques, qui rappellent le problème de santé publique que constitue le suicide au Québec, il y a des visages effacés. Il y a des journées tragiques, des familles dévastées, des questions sans réponse. Il y a une société mal en point.

Le suicide, en général et en particulier, commande d'être relaté avec obligeance. On a longtemps cru qu'en discuter agissait comme un déclencheur chez les âmes vulnérables. Certains croient plutôt que c'est le silence qui cause des dommages. Camoufler une difficulté ne sert en rien à l'éradiquer. La nommer ne permet pas toujours de l'effacer. Entre ces deux extrêmes — le tabou et la banalisation —, reste à trouver un délicat équilibre.

Malgré toute sa douleur, l'artiste-caricaturiste Éric Godin a fracassé cette paroi du silence en écrivant sa Lettre à Vincent — Lettre d'un père à son fils suicidé. L'essai interactif, qu'il faut aller entendre ou voir (www.onf.ca/lettreavincent), est poignant. Le coeur à jamais meurtri, le père relate ces «heures de vide, la tête remplie de toi» qui font désormais son quotidien depuis que son Vincent de 16 ans s'est enlevé la vie, il y a tout juste un an.

Puisse ce témoignage permettre de briser le silence entourant ces morts prématurées et celui étouffant ses causes: les problèmes de santé mentale, la dépression en tête; l'isolement et la solitude, qui affligent les personnes âgées; l'intimidation dont sont victimes les jeunes homosexuels dans les rangs scolaires, et qui mènent au suicide.

Le thème de la Semaine nationale de prévention du suicide, qui se termine demain, est formulé cette année en mode impératif. «Le suicide n'est pas une option.» Il traduit un voeu fondamental: la nécessité de livrer bataille à une certaine «culture» du suicide, selon laquelle il s'agit d'un choix rationnel et individuel. Cette pensée commune nourrit une tragique tolérance.

Il est sans doute plus commode d'associer le suicide à l'individualisme plutôt que d'affronter la vérité, qui rime avec échec social. La vérité rappelle la faillite du système de soins de santé. Le jeune Vincent et sa famille avaient mené d'âpres luttes pour obtenir un suivi médical destiné à apaiser les souffrances de l'adolescent. En vain... Un lecteur nous livre ci-contre son propre récit bouleversant: ses jumeaux schizophrènes sont littéralement abandonnés par le système. Des statistiques donnent froid dans le dos: un tiers des personnes ayant fait une tentative de suicide n'ont consulté aucun professionnel de la santé après avoir posé leur geste.

Si l'on aspire à nommer les pensées suicidaires, il faudra aussi citer la dépression. Il faudra dire l'isolement social et l'abandon dont sont victimes des groupes entiers. Il faudra améliorer le soutien aux personnes vulnérables. Il faudra accepter de voir ces visages effacés.
1 commentaire
  • Yvon Bureau - Abonné 4 février 2011 09 h 35

    AMAM, une option

    Plus une aide médicale active à mourir pour les finissants de la vie sera permise et possible, sous conditions bien sûr, moins ils se suicideront.

    Plus on cessera de parler su suicide assisté, plus on parlera d,une aide à mourir pour le mourants, moins de jeunes et d,adultent se suicideront.

    Pour le meiux-être de tous.

    www.yvonbureau.com