Transport collectif - Métro-logo-gros lot

La Société de transport de Montréal (STM) est à la recherche d'un oiseau rare. Correction: non pas d'un, mais bien de quatre oiseaux rares. Moyennant une petite fortune et la signature d'un contrat boulonné pour dix ans, les «partenaires pour un développement durable» pourront afficher leur logo dans une quantité impressionnante de racoins du métro de Montréal.

Plusieurs usagers, déjà allergiques au principe à la mode selon lequel se marchande le moindre pouce carré, associeront cette volonté de «commanditer» le métro à une antipathique pollution. D'autres, plus tolérants, songeront peut-être que comme la publicité tapisse déjà murs, planchers et voitures, la multiplication des logos dans le métro n'ajoutera rien de guère plus insupportable à un environnement déjà contaminé.

Tous les usagers, toutefois, se poseront cette question légitime: en quoi cette mise aux enchères d'un espace public améliorera-t-il le service? La STM a pris soin de le souligner à traits rouges: l'ajout projeté minimal à son budget de 155 millions en dix ans n'aura aucune incidence sur le coût du passage. Voilà qui ne fait pas passer la pilule commandite plus doucement.

La STM dit vouloir améliorer son service d'information en temps réel — ces écrans parsemés dans quelques-unes des stations — et la communication par téléphonie cellulaire en sous-terrain. Le premier projet n'a pas encore prouvé sa rentabilité. Le second permettra certes d'être en vogue, mais n'aura vraisemblablement aucune incidence sur les voitures bondées, les interruptions de service et autres inconforts qui font ronchonner les usagers. Qu'il serait d'avant-garde, par exemple, de savoir que l'accès aux handicapés sera amélioré grâce à ces nouveaux montants!

En outre, la société a formulé son appel de propositions comme si elle allait avoir le luxe d'être très sélective dans le choix de ses «grands partenaires». Mais qui, diable qui, osera signer dans un contexte économique aussi friable un contrat de DIX ans — pour la ligne orange, la mise minimale est fixée à 60 millions?

La STM croit pouvoir recevoir assez de propositions pour choisir ses commanditaires simultanément et garantir l'impossibilité de concurrence directe entre candidats élus. Elle exigera de ses entreprises donatrices qu'elles aient une politique de développement durable (une formalité). Elle estime être en mesure de choisir celles qui s'engageront le mieux à faire la promotion du transport collectif. Les entreprises socialement responsables et partageant les «valeurs» de la STM seront priorisées. Il y a un danger camouflé derrière tant d'imprécision: celui de se rabattre, faute de candidats, sur un partenaire qui n'aura de «grand» que le nom.

On cherche, sans le trouver, l'argument alléchant qui ferait de cette liquidation de l'espace public un projet acceptable. Dans sa forme actuelle, peu convaincante, il ne l'est ni dans le principe ni dans la faisabilité.

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2 commentaires
  • Charles F. Labrecque - Inscrit 3 février 2011 09 h 07

    Référendum

    Ne croyez-vous pas que les autorités de la société de transport devraient demander aux usagers de faire un choix par référendum entre octroyer un contrat pour inonder le métro de publicités et une augmentation des tarifs afin de recueillir les mêmes sommes d'argents nécessaires aux développement du transport en commun. Sans oublier les besoins financiers pour rencontrer les exigences syndicales à venir.

  • Micheline Gagnon - Inscrite 3 février 2011 19 h 02

    Il faudra bien trouver une façon de payer le 25% du contrat de Bombardier que la STM s'est vu allouer

    Eh oui, 25% de ce contrat sans appel d'offres devra être payé par nous. Ce ne sera pas facile assurément de payer tous ces wagons qui nous coûteront presque deux fois plus cher que s'il y avait eu appel d'offres. On n'a pas fini de voir de la publicité de tout sorte...