Violences au Caire - Le tournant

Après une série de manifestations pacifiques, voilà que la violence s'est invitée lorsque les partisans du président Hosni Moubarak ont investi hier, matraques en main, la place Tahrir. Ces affrontements, fomentés pour une bonne part par l'État, signalent peut-être l'amorce d'une nouvelle étape.

Il y a eu tout d'abord les marches organisées principalement par deux courants laïques, le Mouvement Assez! et le Mouvement du 6-Avril. Après quoi, les Frères musulmans ont mis un terme à leur valse-hésitation en convergeant vers la place Tahrir avant-hier. Au terme de cette journée, le chef de l'État a annoncé qu'il ne se présenterait pas à l'élection présidentielle de l'automne prochain. Quelques heures plus tard, et certainement avec son assentiment, l'appareil d'État ordonnait à ses fonctionnaires de participer à une contre-manifestation avec le résultat que l'on sait.

Au cours de cette journée, deux gestes ont été posés qui permettent d'avancer qu'un nouvel acte politique se poursuit. Pour la première fois depuis le début du soulèvement, le visage de l'opposition, soit Mohamed el-Baradei, a exigé «une intervention décisive de l'armée pour stopper ce massacre». Ensuite, tant la secrétaire d'État Hillary Clinton dans ses communications avec le vice-président Omar Suleiman que la Maison-Blanche avec Moubarak ont martelé que les changements auxquels aspirent les manifestants se conjuguent au présent et non au futur. Autrement dit, puisque ces derniers veulent d'abord et avant tout le départ de l'actuel président, celui-ci doit obtempérer. Revenons à El-Baradei.

Antérieurement aux débordements d'hier, l'armée avait souligné que sa présence dans les rues se justifiait par sa volonté d'assurer un déroulement pacifique des événements. Ce fut le cas pendant huit jours. Ce ne le fut pas le neuvième. Ce qui s'est passé hier est une contradiction du pacifisme. Ce qui s'est passé hier, c'est l'organisation d'une fronde logeant à l'enseigne de la peur et qui devrait obliger l'armée à intervenir vu les engagements qu'elle a pris. Cela, El-Baradei l'a bien compris.

Si la violence observée hier se poursuit, alors l'armée sera confrontée à un dilemme: soit elle «démet» l'un des siens, soit elle laisse aller et prend donc le risque de jouer le jeu des Frères musulmans. Et cela également, El-Baradei l'a bien compris. En faisant un appel du pied en direction des gradés, le porte-parole de l'opposition mène une triangulation politique qui pourrait s'avérer habile. Car en agissant de la sorte, El-Baradei invite l'armée à choisir entre son courant, l'Assemblée pour un changement national, ou à favoriser l'essor des islamistes si jamais elle s'abstient de prendre position à court terme.

Il est également plausible que l'armée, acteur incontournable de la scène politique, opte pour la fuite en avant. Mais encore? Qu'elle choisisse le durcissement tous azimuts. Qu'elle élargisse le champ de son autorité. À ce propos, il faut rappeler, souligner, qu'au cours de la fin de semaine dernière les gradés ont passablement militarisé le gouvernement en remplaçant les ministres issus de la société civile par des généraux, sans oublier des hauts fonctionnaires.

En nommant le général Omar Suleiman au poste de vice-président, en nommant les chefs des services de renseignement, qui est en fait le corps militaire dominant tous les autres, Hosni Moubarak a eu le culot d'engager une partie de billard à... trois bandes.

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4 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 3 février 2011 04 h 49

    Une conclusion pédante et obscure... J'y vois image empruntée au Français

    Je crois ne pas être déjà dépourvu de toute intelligence, mais je ne saisis pas quels sont les trois éléments qui justifient la conclusion que notre bon chroniqueur applique à son texte: Moubarak a le culot d'engager une partie de billard... à trois bandes.

    On voit bien que l'armée égyptienne se retrouve dans une situation délicate. Le vice-président et les services de renseignements, tous issus de l'armé, étant supposés être fidèles au président Moubarak, on comprend que si l'armée n'intervient pas lorsque la violence est ainsi provoquée par les supporteurs du président Moubarak, elle fait le jeu du président et renie sa promesse de protéger les citoyens qui manifestent pacifiquement. Mais je ne trouve pas de triangle ici...

    Donc, en affirmant que M. El Baradei mène une triangulation politique qui pourrait s'avérer utile et que le président Moubarak engage une partie de billard à trois bandes, le chroniqueur, nous laissant sans autres précisions, nous prive de sa propre théorie de la triangulation...

    Je sais que les journalistes Français utilisent quelques fois cette expression, mais transposée ici, elle mérite un peu plus de précision...

  • France Marcotte - Inscrite 3 février 2011 13 h 49

    Panne de courant juste au moment où on a besoin de lumière...

    Moi non plus je ne comprends pas très bien ce charabia. L'éditorialiste se comprend-il lui-même?

  • Catherine Paquet - Abonnée 3 février 2011 17 h 33

    Des partisans ou des agitateurs?

    Notre chroniqueur dit que les "partisans du président Moubarak" ont envahi la place Tahrir. Je sais que c'est une simplification qui fait l'affaire de plusieurs, mais de l'avis de plusieurs analystes et observateurs, même de l'avis de nos journalistes sur place, il s'agissait bien plutôt d'agitateurs envoyés sur place, même payés pour faire de la casse. Avec ce que j'ai vu moi-même, à RDI et à CNN je ne crois pas qu'il soit possible d'en douter.

  • Jacques Francis - Inscrit 3 février 2011 20 h 52

    Huh ?

    Moi aussi je n'arrive pas à comprendre l'histoire de la triangulation.
    Mille excuses