Remboursement de médicaments - Les boucs émissaires

Les pharmaciens propriétaires du Québec en ont marre de la lenteur du processus de remboursement des médicaments destinés aux réfugiés et aux demandeurs d'asile et pressent Citoyenneté et immigration Canada de régler ce dossier. Las d'accumuler des milliers de dollars de frais non payés, les pharmaciens s'impatientent, et à raison.

Malheureusement, ce ras-le-bol les fait opter pour un odieux moyen de pression. Efficace, peut-être, mais néanmoins odieux puisqu'il prend en otage une clientèle vulnérable et qu'il pourrait même menacer sa santé.

Les pharmaciens propriétaires ont donné comme consigne de ne plus soutenir le montant des ordonnances destinées à des réfugiés et des demandeurs d'asile admissibles à un programme d'assurance médicaments offert par Citoyenneté et immigration Canada. La règle est simple: les prestataires du Programme fédéral de santé intérimaire doivent payer comptant les médicaments dont ils ont besoin, ou encore — la belle affaire! — opter pour une petite visite à l'urgence d'un hôpital, là où les médicaments sont offerts gratuitement. Les professionnels espèrent-ils se donner bonne conscience en proposant ainsi un détour vers les salles d'attente déjà engorgées du réseau?

L'effet est raté. On n'aura donc retenu que les vices de cette action destinée à faire éclat. Les boucs émissaires seront donc toujours les mêmes. Les plus démunis, ceux qui peineront à se regrouper pour décrier cette prise en otage, les sans voix, les victimes. Les réfugiés et les demandeurs d'asile, qui ont accès à certains soins dentaires et médicaux pendant une courte période grâce au programme fédéral, ont toutes les batailles à mener au moment où ils arrivent au Canada. Va-t-on à ces difficultés d'installation ajouter la lutte pour l'accès aux médicaments? Certains patients malades baisseront les bras et perdront une médication essentielle. Des ruptures de soins sont à craindre.

La décision condamnable des pharmaciens est toutefois née d'une gestion déficiente en amont. Citoyenneté et immigration Canada en convenait hier: oui, il y a des problèmes dans l'administration de ce programme. Oui, certains pharmaciens n'ont pas été remboursés depuis trois ans — des délais inacceptables! Oui, il y a des incompréhensions quant à la liste des médicaments autorisés et des prestataires qui peuvent en bénéficier.

Cette administration chancelante est d'autant plus incompréhensible que d'autres organismes fédéraux, eux aussi responsables de la couverture de soins pour d'autres groupes de prestataires, n'éprouvent pas ces difficultés. Un nouveau mode de fonctionnement tout juste éprouvé avec la Croix Bleue Medavie pourrait apporter une portion des améliorations souhaitées. Mais il faudra pour cela une reprise du dialogue et surtout, la fin de la prise d'otage.

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machouinard@ledevoir.com
2 commentaires
  • Raymond Vaillancourt - Abonné 26 janvier 2011 08 h 39

    Prise d'otages médicale !

    C'est drôle, on parle de cette action que l'on qualifie de prise d'otage et on n'utilise pas les mêmes mots pour le fait que les médecins refusent d'aller en région éloignée à moins d'obtenir des primes...Autre prise d'otages, non ?

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 26 janvier 2011 14 h 01

    Faut-il rappeler que

    1) Les Québécois,qui paient des taxes depuis toujours, n'ont pas accès au dentistes gratos et aux médicaments gratos
    2) Que Bachand va augmenter la cotisation annuelle.

    Dans combien de pays du monde pouvez-vous débarquer sans papiers ou avec des faux papiers et dire: je suis réfugié. Logez-moi, habillez-moi, nourrissez-moi, soignez-moi.

    Ce matin dans La Presse, on rappelle -parce que certains éditorialistes l'ont oublié- que chaque demande du statut de réfugié coute 16,000$ lorsqu'elle est acceptée rapidement et 50,000$ lorsqu'elle est refusée.

    Jusqu'ici, ni les Conservateurs, ni les Libéraux ont été capables de régler ce problème. La seule Commission du Statut de réfugié coute plus de 150 millions par année!