Les fêtes de Berlusconi - Le roi est nu

Depuis que la Cour constitutionnelle italienne a gommé, partiellement il est vrai, l'immunité que Silvio Berlusconi s'était accordée, les casseroles juridiques s'accumulent dans son bureau à vitesse grand V. Au cours des prochains mois, le chef de l'État devra comparaître devant les tribunaux pour répondre aux accusations de fraude fiscale, dans le cadre d'un procès, et de corruption de témoin dans le cadre d'un autre. Ces affaires favorisant de la part de ses avocats une guérilla juridique propre à prolonger dans le temps l'administration de ces dossiers, on supputait que Berlu pourrait dormir tranquille pendant une ou deux saisons. Ce n'est plus le cas. En effet, la publication cette semaine du rapport consacré au goût prononcé de cet amateur de Bel Canto pour les mineures vient bouleverser, ou plutôt renverser l'ordre du jour juridique.

Jusqu'alors, on savait que l'homme le plus riche d'Italie avait eu des relations tarifées avec une certaine Ruby, qu'il avait sorti des griffes de la police en prétextant qu'elle était la nièce du président égyptien, Hosni Moubarak. Après enquête et surtout écoutes téléphoniques, on sait, pour reprendre le préambule de la juge responsable du dossier, «qu'un nombre significatif de jeunes femmes se sont prostituées avec Silvio Berlusconi contre paiement d'argent par celui-ci». Sur ce flanc, il va être aux prises avec un procès immédiat et risque trois ans de prison.

Sur un autre flanc, il risque autant, sinon plus. On l'accuse en effet d'avoir créé un réseau de toutes pièces. Pour satisfaire ses besoins, mais aussi ceux de ses amis, Berlu s'était associé deux hommes qui officiaient comme rabatteurs en repérant les starlettes souhaitant faire carrière à la télévision. Une fois l'entente avec certaines de ces dernières scellée, elles étaient remises entre les mains d'une matrone qui est également une élue.

Bien évidemment, depuis l'éclatement de ce énième scandale, toute la classe politique à l'exception de la Ligue du nord et pratiquement tous les éditorialistes réclament à cor et à cri sa démission. Mais bon... sachant qu'il est le genre d'homme à opter pour la fuite en avant en déclenchant, par exemple, des élections anticipées, l'opposition à sa personne plus qu'à son parti s'organise.

Son ex-allié Gianfranco Fini — il est toujours président de la Chambre des députés — vient de nouer des alliances avec l'Union du centre et un groupe de députés de centre gauche. Autrement dit, les chefs de ces trois courants s'attellent à la création d'un centre suffisamment puissant qu'il pourrait multiplier les assauts contre Berlusconi et ce qui lui reste de fidèles jusqu'à ce que ces derniers jettent l'éponge. Car outre le scandale sexuel comme tel, les Italiens ont été outrés d'apprendre qu'il y avait pour ainsi dire une vacance de pouvoir. Selon un des télégrammes rédigés par l'ambassade américaine à Rome, télégramme révélé par WikiLeaks, l'inclination de Berlu pour les fêtes de nuit est si aiguisée qu'il est souvent trop fatigué pour participer à telle discussion, telle obligation politique. Bref, le roi est nu.
1 commentaire
  • michel lebel - Inscrit 20 janvier 2011 06 h 29

    Le roi des bouffons

    Quel bouffon, quel fourbe, ce Berlusconi! Il fait honte à toute l'Italie.