Attentat à Bagdad - Le pion de l'Iran

Alors que les manifestations se poursuivent en Tunisie et en Algérie, certes avec moins d'intensité, voilà qu'un fait sanglant vient nous rappeler, comme si besoin était, combien l'Irak est loin d'être pacifié. Hier encore, un kamikaze a entraîné dans la mort une cinquantaine de personnes en plus d'en blesser 150. Tous étaient des policiers ou des apprentis policiers. Si l'attentat n'a pas encore été revendiqué, tout laisse croire, de la méthode employée à la cible, qu'il a été planifié par les radicaux sunnites.

Chose certaine, au cours des dernières semaines, le sentiment d'inquiétude a grimpé en flèche au sein de la communauté sunnite. Une personne en symbolise la cause comme le moteur: Moqtada al-Sadr, figure de proue de l'opposition chiite à la présence américaine, chef de la milice l'Armée du Mahdi, financée et entraînée par l'Iran, est revenu de l'exil qu'il s'était imposé pendant plus de trois ans. Où était-il? À Qom, ville sainte du chiisme.

Pour tous les sunnites, ce retour est celui d'un homme qui a fait couler le sang de bien de leurs coreligionnaires par l'intermédiaire de sa milice entre 2003 et 2007, qui les a expulsés de bien des quartiers de Bagdad et des principales villes du pays et qui est surtout devenu le faiseur de rois. En effet, n'eut été son soutien, Nouri al-Maliki n'aurait pas été reconduit au poste de premier ministre l'automne dernier. Or il se trouve que ce dernier, un chiite, n'a rien trouvé de mieux que de s'allouer, outre son titre de chef de gouvernement, les portefeuilles de l'Intérieur, de la Défense et du Conseil national de sécurité. Bref, le monopole d'État de la violence est entre ses seules mains.

À cette emprise sur les ministères régaliens vient de se greffer un tourment qui laisse présager un avenir politique plutôt sombre. Récemment, les sunnites ont appris que Téhéran avait bel et bien ordonné à al-Sadr et aux 40 élus qui lui sont acquis d'apporter leur soutien à un Maliki empêtré dans des négociations laborieuses consacrées à la formation d'une coalition. Après coup, les sunnites ont également appris que pour services rendus, les Iraniens s'attendent à ce que Maliki aligne sa politique pétrolière sur celle fixée par le régime des ayatollahs. Concrètement, ces derniers veulent que l'Irak vote pour une hausse du prix de l'or noir couplée à une réduction de la production lors des prochaines discussions entre les membres de l'OPEP.

Ce n'est pas tout. Par l'intermédiaire d'al-Sadr, Téhéran entend agir de manière à ce que l'armée irakienne ne se dote pas d'armes sophistiquées made in USA. Quoi d'autre? Ils veulent que leur fondé de pouvoir en Irak s'oppose farouchement à une éventuelle demande de prolongation de la présence américaine si jamais les violences reprennent avec plus d'intensité d'ici leur départ, prévu pour le 31 août prochain.

Conclusion? La prévision formulée par certains experts à la veille de l'offensive américaine en 2003, selon laquelle l'Iran serait le principal bénéficiaire du renversement de Saddam Hussein, est en train de se concrétiser sous nos yeux.
2 commentaires
  • lephilosophe - Inscrit 19 janvier 2011 08 h 34

    Une aubaine made in USA

    L'accroissement considérable de l'influence iranienne au Moyen-Orient est la conséquence directe des invasions américaines en Irak et en Afghanistan. La stratégie de «confinement» de l'Iran et de «remodelage» du «Grand-Moyen-Orient», énoncée par Bush fils mais déjà à l'oeuvre à l'ère Clinton (et donc qui se poursuit) est un échec total. N'était-ce pas à prévoir de la part de ceux qui ont «fabriqué» littéralement les organisations extrémistes religieuses de la région dès 1976 en les abreuvant de millions de dollars pour combattre les Soviétiques de l'autre côté de la frontière iranienne.
    Et ce qui est encore plus fascinant, c'est qu'ils en remettent doublement, dans une véritable fuite avant sans aucune réelle vision stratégique en profondeur, avec l'instrumentalisation du Tribunal Spécial pour le Liban. Les Syriens et les Saoudiens ont tenté en vain de leur faire entendre raison et ont tout fait pour rapprocher les partis au Liban, mais madame Clinton a préféré faire le tour des capitales du Golfe persique pour faire part de sa détermination à isoler politiquement (et militairement?) le Hezbollah libanais. Tout ça dans le but de négocier avec les Iraniens.
    On dirait que la diplomatie et la vision stratégique de cet empire en déclin rapide sont devenues tout aussi aveugles que celles de son allié israélien qui, lui aussi, croyait pouvoir «éradiquer» le Hezbollah et le Hamas et qui n'a, dans les faits, que réussi à les affubler d'une auréole de «résistant à l'agresseur» et accorder ainsi une légitimité internationale dont ils ne bénéficiaient pas vraiment auparavant. Eux aussi avaient, employé, dans les années '70 et '80 la méthode du financement des Frères musulmans contre le Fatah de Yasser Arafat pour finir avec la naissance du Hamas.
    Ces stratégies ne servent plus en réalité que de support à une propagande pour consommation domestique de «la lutte au terrorisme». C'est une faillite totale!

    B

  • michel lebel - Inscrit 19 janvier 2011 10 h 14

    Paix!

    Tout ce sang versé! Quand cela finira-t-il? Tout ce grenouillage sur fond de haine et de grande pauvreté du peuple. Quand un islam radical, fou, disparaîtra-til? Quand la paix, la joie, le bonheur, la liberté existeront-ils à Bagdad, Téhéran, Damas, Beyrouth, etc. Quand? Toute cette folie meurtière a asez duré. Paix, Salam!