Amiante - Affaire de santé

Le lobby de l'amiante au Québec a décidément bien plus de poids que celui du tabac. Les deux sont cancérigènes, mais si l'un est vilipendé sans vergogne par nos gouvernements et l'ensemble des associations médicales, l'autre a droit aux yeux fermés ou aux regards détournés en dépit de sa dangerosité. La communauté internationale dénonce l'amiante, ici on se leurre toujours avec son potentiel économique.

Épargnons-nous les distinguos basés sur les différentes familles d'amiante et qui entendent démontrer que la fibre chrysotile exploitée au Québec est moins nocive. Seule la mise en place de mesures sécuritaires strictes, prévoyant l'élimination de toute poussière, permet d'arriver à un tel constat. Or ces mesures ne sont pas suivies dans les pays en développement où le Québec écoule son amiante. Et ce n'est pas la mise en garde «Fibre chrysotile. Éviter de créer de la poussière. Risque de cancer et maladies pulmonaires» qu'on retrouve sur les sacs destinés à l'exportation qui joue le rôle de garde-fou.

Mais comme l'avenir d'une ville monoindustrielle, Asbestos, est en jeu, comme les problèmes de santé sont envoyés à l'étranger, Québec préfère ne pas tenir compte de la contestation en cours à l'échelle internationale pour miser sur la courte vue. Se fondant strictement sur une analyse économique, le gouvernement Charest est donc à soupeser s'il doit soutenir la relance de la mine d'amiante Jeffrey à Asbestos, ce qui créerait quelque 500 emplois. C'est un argument de poids dans une bataille électorale! Pour le politicien moyen (et l'on sait combien la politique est devenue moyenne au Québec), cela l'emporte sur toute autre considération.

Mais tous ne sont pas soumis à une telle logique. Et vu l'intérêt public avéré du dossier, vu la décision que le gouvernement est appelé à rendre, il devient indispensable que tous ceux qui ont pour mission de s'occuper de santé se prononcent.

Invité à le faire, tant par des médecins du Québec que par des professionnels de la santé de 125 pays, le Collège des médecins étonnamment tergiverse. Sa première réaction a été le recul, le secrétaire du Collège, le docteur Yves Robert, ramenant le sujet à une «position de lobby» qui ne concerne pas l'organisme. Hier, au terme d'une rencontre avec des médecins opposés à l'exploitation de l'amiante, le Collège se montrait plus nuancé, prêt à une étude plus approfondie de la question.

Voilà qui vaut mieux. Le mandat du Collège lui permet expressément de prendre «position dans les débats qui préoccupent le public en matière de santé». Préoccupation il y a, et dans le cas de l'amiante, comme pour le tabac (contre lequel le Collège s'est déjà prononcé), le lobby n'est que d'un seul côté, celui de l'industrie. De l'autre, on trouve des organismes comme l'Organisation mondiale de la santé, la revue médicale britannique The Lancet ou la Société canadienne du cancer, et des données scientifiques qui, sans équivoque, démontrent les dangers du produit. Le Collège des médecins peut sans gêne ajouter sa voix au chapitre.

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2 commentaires
  • France Marcotte - Abonnée 13 janvier 2011 06 h 14

    De lobby en lobby

    Madame Boileau prend ici une position énergique et son éditorial nous apprend des choses bien intéressantes sur le pouvoir des lobbies. Dans le cas de la cigarette, le gouvernement a pris les grands moyens et désormais, la cigarette est démonisée dans l'esprit de tout le monde (ce qui doit aider à rendre certains fumeurs encore plus accros). On voit bien que tout dépend de la façon de présenter les choses et c'est bien ce qui fait peur: la perception dans le public d'un produit est largement conditionnée par la présentation qu'on en fait, que ce produit soit nocif ou non. Le poids des lobbies n'est-il pas très souvent à peu près seul dans la balance?
    Comment nous apparaîtrait notre réalité sans ce biais de travers?

  • Franfeluche - Abonné 13 janvier 2011 11 h 52

    La puissance ??

    Dire que le lobby de l'amiante est puissant jusqu'à le comparer à celui de l'industrie de la cigarette, c'est nettement et franchement exagéré. L'industrie de l'amiante au Québec est en mode survie et ne roule pas sur l'or.

    J'ajouterais qu'il existe aussi des données scientifiques prouvant que l'utilisation sécuritaire de l'amiante est possible non seulement dans les mines mais aussi là où on l'utilise. Au Québec, au Canada et aux États-Unis, ce produit est présentement utilisé en toute sécurité dans la fabrication de conduites d'aqueduc et d'égoût en chryso-ciment, les revêtements de routes en asphalte-chrysotile, les joints d'étanchéité, les plaquettes et sabot de freins des véhicules.

    Épargnons-nous les distinguos entre les différentes sortes d'amiante, dites-vous ! Cette affirmation me laisse à penser que vous ne connaissez pas grand chose dans ce domaine. Je vis à Asbestos depuis plus de 45 ans et j'invite les 50 médecins dont vous faites allusion dans votre article à venir procéder à l'examen de mes poumons. Je suis prêt à parier que, malgré mes 71 ans, ils sont aussi sains que les vôtres.

    Que le collège des médecins procède à une véritable étude plus approfondie de la question, je suis absolument d'accord avec cette proposition.

    Quant aux pays en voie de développement, je propose qu'on bannisse tous les produits que nous leur exportons et qu'ils n'utilisent pas d'une façon sécuritaire.