Crise ivoirienne - Eux contre nous

Au cours des derniers jours, la Côte d'Ivoire a engendré, si l'on peut dire évidemment, de l'inusité, de l'inhabituel. En effet jamais, concernant un pays africain, la communauté internationale n'avait été aussi soudée ou solidaire. Elle exige le départ de Laurent Gbagbo, président sortant. Le problème? Ce dernier tient la capitale entre ses mains, et bien davantage.

Union européenne (UE), les Nations unies, les États-Unis et surtout les ténors du continent africain, notamment les pays voisins de la Côte d'Ivoire regroupés au sein de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), ont multiplié les requêtes demandant à Gbagbo qu'il respecte le verdict des urnes. Ce dernier refusant, les premiers ne reconnaissent plus ses ambassadeurs, mais adoubent ceux nommés par Alassane Ouattara, le vainqueur de la présidentielle, en plus d'avoir signalé que sur le front bancaire, sa signature n'était plus reconnue. Ce n'est pas tout.

Au milieu de la semaine, une délégation rassemblant trois présidents d'États membres de la CEDEAO est allée à la rencontre du récalcitrant pour lui signaler qu'il devait se soumettre. Et d'une. Et de deux, qu'il n'est pas question qu'il occupe un poste dans un cabinet éventuellement dirigé par Ouattara. Avant, comme pendant et après ce mini-sommet, la CEDEAO a clairement signalé qu'une intervention militaire de leur part serait sérieusement envisagée s'il n'obtempère pas à très court terme.

Pour la CEDEAO, ce dossier revêt une importance d'autant plus prononcée qu'on est à la veille d'une année au cours de laquelle on comptera cinq rendez-vous électoraux dans des pays siégeant au sein de cette organisation. Bref, ils craignent comme la peste que l'exemple de

Gbagbo fasse tache d'huile et que conséquemment, l'instabilité s'installe à demeure.

Si la volonté de la CEDEAO d'agir avec célérité — avec le soutien des pays membres de l'ONU, les États-Unis et la France au premier chef — est réelle, elle n'en est pas moins aux prises avec une énorme difficulté: dans le passé, elle a dépêché des contingents militaires afin de mettre un terme à la guerre civile. Mais elle n'a jamais confectionné un plan d'intervention dans un pays qui n'est pas en guerre civile. Du moins pas encore.

Ce chapelet d'actes posés par des acteurs étrangers, Gbagbo l'a transformé en un traditionnel et binaire «eux contre nous» qu'il a enrobé du vernis fait d'Occident et de colonialisme. Plus un étranger s'en mêle, plus il aiguise la fibre nationaliste par le biais d'une télévision qu'il contrôle tant, qu'il en a fait la caisse de résonance de la haine d'autrui, qu'il s'appelle Ouattara ou Sarkozy. Cette stratégie a trouvé son point d'orgue lorsque le chef des «Jeunes patriotes» y est allé de ses menaces après le départ de la délégation de la CEDEAO.

Le chef en question a pour nom Charles Blé Goudé. Il est le bras droit de Gbabgo.

Ultranationaliste, il dirige une nébuleuse faite de milices et de clans formée lors de la guerre civile de 2003-2004. Il commande donc des hommes ayant l'expérience du terrain. Des hommes qui ont conservé leurs armes après l'accord d'apaisement de 2004. Toujours est-il que Blé Goudé a exhorté ses troupes à prendre d'assaut l'hôtel où se sont retranchés Ouattara et ses proches. Quand? Demain ou après-demain. Soit avant le retour des représentants de la CEDEAO, prévu pour le 3 janvier.

En plus de pouvoir compter sur ces milices qui tiennent la rue d'Abidjan, Gbagbo jouit encore et toujours de la loyauté d'une armée commandée, dit-on, par des ultranationalistes. Autrement dit, les cartes se répartissent comme suit: Ouattara a la communauté internationale derrière lui, son adversaire dispose de l'armée ivoirienne et de milices. Quoi d'autre? Gbagbo ayant la maîtrise du sud du pays, où sont concentrées les richesses, il a de quoi payer ses subordonnés.

Si Gbagbo choisit la fuite en avant, alors il ne serait pas étonnant que toute la région s'enflamme sur fond de luttes tribales et religieuses.

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15 commentaires
  • Michel Gaudette - Inscrit 31 décembre 2010 10 h 17

    La nouvelle Côte d'Ivoire ne veut plus vivre sous la botte française..

    Je crois que vous ne comprenez pas la nouvelle réalité ivoirienne.

    C'est que les Ivoiriens ne laisseront pas les choses aller sans réagir. Oui, ils vont réagir si la France les agresse!

    La jeunesse ivoirienne est une jeunesse combattante qui ne veut plus vivre sous la botte française....

    Je crois que ce Ouattara a foutu le bordel avec sa prétendue victoire. On voit qu'il n'a pas tant d'appuis que cela... La théorie du paquetage des urges dans le nord tient...

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 31 décembre 2010 20 h 34

    CEDEAO ou CÉDÉAO ?

    Un autre Rwanda qui se prépare ?

  • Sylvio Le Blanc - Abonné 31 décembre 2010 20 h 42

    Gaudette contre la France

    La Conquête fait jubiler Michel Gaudette. Il jubilera un bon coup si la France perd son influence en Côte d'Ivoire, comme au Rwanda. Dans ce dernier pays, l'éducation se fait maintenant en anglais. M. Gaudette est soit un anglo déguisé, soit un colonisé comme il ne s'en fait plus.

  • Michel Gaudette - Inscrit 1 janvier 2011 22 h 29

    A Sylvio Le Blanc

    Oui, je remercie la Providence de nous avoir débarrassé de cette exécrable colonialisme français qui affecte encore l'Afrique de nos jours. Ce colonialisme qui a laissé des traces en Haiti ( le problème haitien origine de la France, n'est-ce pas ?), en Afrique en Indochine.

    Monsieur Le Blanc, les ex-colonies françaises qui demeurent sous la botte française sont soumises au sous-développement chronique. Elles n'ont aucune chance de se développer. La méthode française, c'est de gaver un dictateur qui sera là pour une trentaine d'années et qui laissera faire toutes les volontés francaises. C'est ce qu'ils veulent faire avec Ouattara...
    Oui, je veux que l'influence francaise disparaisse d'Afrique.

    L'Afrique de l'Ouest est ma seconde patrie, ma femme vient de là. I am a white Zulu, comme disait Johnny Clegg...

    Et je suis devenu francophobe par ma vie africaine, et je ne me cache pas de cela....

  • Bufuja osman - Inscrit 2 janvier 2011 09 h 14

    LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE CONTRE GBAGBO

    Les déclarations et les menaces de la communauté internationale qualifiant le président Gbagbo d’autoproclamé frisent le mépris des institutions ivoiriennes pourtant reconnues par le candidat Alassane Ouattara lors de son auto-investiture comme le président déclaré par la CENI.
    Le représentant de l’ONU en récusant le verdict du Conseil constitutionnel sur la base de certification de PV des bureaux de vote alors que tout le monde sait que les élections n’ont pas été transparentes dans la zone contrôlée par les rebelles, a outrepassé son mandat en s’immisçant dans les affaires électorales d’un pays souverain.
    Les menaces de sanctions diplomatiques et de poursuite pénale (TPI) fusent de partout. Pourquoi n’avait-on pas fait autant lors des élections truquées (Afghanistan, Iran, Haïti, Togo, Kenya, Gabon, etc.) qui ont résulté à des massacres de civils?
    A voir l’acharnement de la France et de l’Union européenne à travers les sanctions (financières et diplomatiques) contre Gbagbo et ses proches, Gbagbo a raison de dire qu’il s’agit d’un complot international. Le remerciement du premier ministre français à l’endroit du président russe pour avoir accepté de soutenir la résolution des Nations Unies est assez parlant. Non, les autorités françaises ne plaident pas la cause de la démocratie en Afrique, mais cherchent plutôt à en découdre avec Gbagbo pour leur avoir tenu tête depuis la fameuse conférence de Marcoussi et à préserver les intérêts des 750 entreprises opérant en Côte-d’Ivoire avec des contrats très juteux défiant toute concurrence internationale.
    Gbagbo, la bataille que mènes n‘est dirigée contre ton frère Ouattara, mais plutôt pour un plus grand respect de nos institutions africaines par la soi-disant communauté internationale.