Montréal - Dix ans de paralysie

La fin de 2010 est aussi la fin d'une décennie. Une décennie qui aura été tragique pour la métropole québécoise. Pendant ces dix ans, Montréal a fait du surplace, paralysée par des structures lourdaudes. Et quand le gouvernement du Québec prend le leadership de projets, ceux-ci s'enlisent dans des débats littéralement schizophréniques, comme dans le cas du CHUM. Résultat: Montréal a besoin d'un nouveau démarrage.

Montréal, le Montréal que l'on connaît aujourd'hui, est né de sa fusion avec ses banlieues, dont c'était le dixième anniversaire cette semaine. On voulait rétablir une équité fiscale et donner à la métropole un poids économique et démographique lui permettant de concurrencer les grandes villes nord-américaines. La résistance des banlieues a conduit à un processus de défusion partielle qui a produit un monstre à trois têtes.

Trop de chefs gâtent la sauce. C'est ce qui arrive à Montréal, dont l'administration est dysfonctionnelle. Non seulement est-il difficile de prendre des décisions, mais les lourdeurs de la structure composite mise en place sont inhibitrices. Elles brisent le dynamisme de ses dirigeants et éloignent les hommes et les femmes qui pourraient être les leaders dont Montréal a besoin.

Le drame de Montréal est qu'elle n'est pas libre de ses choix. Dans les faits, toutes les grandes décisions se prennent à Québec: pensons à l'échangeur Turcot ou au contrat de construction des nouveaux wagons du métro, aux problèmes de financement de l'UQAM ou encore aux centres hospitaliers universitaires. Normal, dira-t-on, puisque l'argent et les pouvoirs se trouvent à Québec, ce qui ne donne pas pour autant la capacité de bien comprendre la métropole et ses besoins. Ni, non plus, la capacité de bien faire les choses.

L'intervention du gouvernement québécois aura été, ces dernières années, démobilisatrice. Son plus grand échec à cet égard aura été sa gestion du dossier du CHUM, au sujet duquel on a annoncé cette semaine un autre allongement de l'échéancier et de la facture. Certes, le CHUM finira par devenir réalité et il sera alors sans aucune doute la septième merveille du monde de la santé. Mais sera-t-il terminé en 2019 comme on nous l'assure? Coûtera-t-il bien 2,1 milliards, comme on le prévoit maintenant? Les gestionnaires de ce projet et les ministres responsables ont conduit les Montréalais dans tellement de bateaux depuis 18 ans qu'on ne peut les croire.

Quels que soient les mérites du projet, et il en a beaucoup, le CHUM est depuis longtemps un échec. Ce projet devait être le symbole du Montréal ville des savoirs dont le maire Tremblay nous parlait tant il y a quelques années. Cela finira par l'être car, il ne faut pas l'oublier, ce sont trois centres hospitaliers universitaires, plus un centre de recherche, que l'on construira au coût de cinq milliards. Mais, entre-temps, le CHUM est devenu le symbole de l'immobilisme de Montréal, de son incapacité de bouger.

S'il en est ainsi, c'est qu'il y a des causes bien identifiées. D'abord, des problèmes de structures et de leadership. La solution se trouve d'abord à Québec, qui doit admettre son erreur et la corriger. Il faut que le gouvernement québécois comprenne ce que sont les besoins d'une métropole dynamique. Bien assumé, le leadership de Québec permettrait l'émergence d'un nouveau leadership à Montréal. Car, convenons-en, qui aujourd'hui voudrait être maire de Montréal?

À voir en vidéo

10 commentaires
  • Guillaume L'altermontréaliste Blouin-Beaudoin - Inscrit 23 décembre 2010 01 h 31

    refonder Montréal

    Je suis d'accord avec votre constat : Montréal a besoin d'un nouveau démarrage.
    "Le drame de Montréal est qu'elle n'est pas libre de ses choix. Dans les faits, toutes les grandes décisions se prennent à Québec: pensons à l'échangeur Turcot ou au contrat de construction des nouveaux wagons du métro"

    Mais, ces lourdeurs de la structure ne sont pas le choix pas des montréalais, tout comme les décisions controversés sur lesquelles la classe politique montréalaise s'entendait, pensons à l'échangeur Turcot ou au contrat de construction des nouveaux wagons du métro : la solution viendra plutôt des citoyens montréalais.

    Montréal a besoin d'un nouveau démarrage, d'être refondée, par et pour ses citoyens.

    Guillaume Blouin-Beaudoin

  • Vincent Bussière - Inscrit 23 décembre 2010 08 h 09

    Trop de maires!

    Manque de leadership c'est vraie mais ce leadership manquant a connu ces premiêres ratées avec les fusions/défusions, peut-être était-ce une erreur que de fusionner, mais la pire par la suite fut à mon opinion, de défusionner, d'une part cette défusion a fait qu'un excellent maire, monsieur Bourque, fut battu par monsieur Tremblay, une personne qui était en faveur de la défusion, à l'époque de Bourque et même avant lui avec le maire Doré à son premeir mandat, la Ville De Montréal a connu un développement cohérent gèré par la Ville Centre, l'homogénité des règlements quoique imparfaite permettait de savoir à quoi s'en tenir dans notre ville, aujourd'hui avec tous ces maires, les montréalais ont plus de chefs que d'indiens et on sait pas qui est le vrai maire, il faut admettre qu'il y a eu erreur sans chercher ni blâmer le coupable, Montréal doit redevenir une à une administration centralisée sans pour autant faire la sourde oreille aux revendications légitimes et spécifiques aux arrondissements. Monsieur Descoteaux, retenez ceci, le nouveau CHUM, s'avèrera le choix le plus couteux, il coûtera au contribuable plus de deux fois le montant estimé aujourd'hui, AUSSI BIEN METTRE VOS JOURNALISTES D'ENQUÊTE AU TRAVAIL IMMÉDIATTEMENT ET PRÉVENIR PLUTÔT QUE GUÉRIR, vous économiserai ainsi en frais de recherche, allez donnez l'exemple d'économie que diable....

  • France Marcotte - Abonnée 23 décembre 2010 08 h 19

    Siffler le génie créateur

    10 ans, c'est un beau chiffre rond pour dire que cela a assez duré et pour tourner la page mais y a-t-il des signes qui indiquent que cela est en train de se faire? "Bien assumé, le leadership de Québec permettrait l'émergence d'un nouveau leadership à Montréal", dit M.Descôteaux. Il faut que le gouvernement québécois comprenne ce que sont les besoins d'une métropole dynamique. Et que faut-il pour qu'il le comprenne?
    Le problème est bien circonscrit, c'est déjà ça.
    On peut au Québec chiquer la guenille longtemps, mais une fois qu'on prend la mesure du boulot à abattre, la moitié "de la job" est faite et le génie créateur fait le reste.

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 23 décembre 2010 09 h 00

    La faute à Québec?

    Tiens donc. Et la fermeture de Mirabel? Le transfert à Dorval, sans lien direct avec le centre-ville
    Le déménagement des sìèges sociaux à Toronto?
    L'immigration de masse avec ses réfugiés et ses parrainés, imposés par Ottawa?
    Le multiculturalisme imposé par Ottawa?
    Le bilinguisme officiel imposé par Ottawa?

  • Roger Sylvain - Inscrit 23 décembre 2010 12 h 15

    CHUM vs CUSM

    Deux centres hospitaliés,deux gestions différentes,deux réalités.
    Montréal a l'avantage de voir germer en son sein deux communautés qui ont chacune leurs forces et leurs faiblesses. Au lieu de reconnaître cette réalité,Québec fait tout en son pouvoir pour mettre les bâtons dans les roues de la communauté anglophone. Pourquoi ne pas profiter du savoir faire de la communauté anglophone et de leur faire une place dans la métropole. Mc Gill, le CUSM et la communauté d'affaires et artistique anglophones sont des fleurons pour Montréal pourquoi ne pas les mettre en valeur et les faire briller aux côtés des fleurons francophones?
    Montréal EST une Ville bilingue,pourquoi ne pas le reconnaître?
    Roger Sylvain