L'arbitraire en Iran et en Biélorussie - Le mépris

L'arbitraire se porte très bien. En Iran, où le cinéaste Jafar Panahi a été condamné à six ans de prison. En Biélorussie, où l'autocrate qui se pare du titre de président, Alexandre Loukachenko, est allé jusqu'à se vanter d'avoir mis 639 personnes sous les verrous en moins de 48 heures. Pour avoir participé à une manifestation, en un moment de liberté de 2h30 seulement, ces derniers vont écoper d'une peine d'emprisonnement pouvant aller de cinq à quinze ans. Bien décidé à étouffer tout îlot de résistance, Loukachenko promet de mettre derrière les barreaux les étudiants qui le contestent, les journalistes qui posent des questions et, bien entendu, les militants des droits de l'homme.

Cet énième recours aux forceps par le dernier dictateur européen a commencé alors que les bureaux de scrutin ouverts pour l'élection présidentielle de dimanche venaient de fermer. Au nom du devoir du citoyen et du combat pour la démocratie, pas moins de 40 000 personnes, du jamais vu, ont marché dans les rues de Minsk, la capitale, pour exprimer leur dégoût provoqué par la forte inclination qu'a Loukachenko pour le trafic des bulletins de vote. À coups de matraque et d'autres engins de la brutalité, la garde prétorienne de ce triste sire a dispersé les uns, blessé les autres.

Ces événements confirment, comme si besoin était, que Loukachenko vient encore une fois de changer de posture. Plus exactement, il a décidé de s'éloigner de l'Union européenne, qui l'enquiquinait avec ses histoires de qualité démocratique, état de droit et compagnie, pour se rapprocher à nouveau de la Russie. C'est à noter comme à retenir, le 9 décembre dernier, l'ex-directeur de kolkhoze a signé avec la Russie un accord prévoyant la création d'un espace économique commun.

En Iran, le régime des ayatollahs a ajouté un interdit à l'emprisonnement: Panahi ne pourra pas réaliser de film pendant vingt ans. Dans son cas, l'arbitraire absolu s'est conjugué avec le surréalisme le plus total. On l'a condamné pour un documentaire qui, n'ayant pas été achevé, n'a pas été montré, n'a pas été vu. Toujours est-il que lui et son collaborateur, Mohammad Rasoulov, ont été condamnés pour «collusion contre la sécurité nationale et propagande contre la République islamique.» Fichtre!

Plus tôt cette année, Panahi a passé près de trois mois dans les geôles iraniennes. À la suite de protestations internationales, sans oublier une grève de la faim, Panahi a été libéré moyennant une caution. Puis, lors d'un entretien téléphonique accordé au journal Le Monde en août dernier, il a eu ces mots: «Les droits de l'homme sont bafoués en Iran depuis trente ans, mais on n'avait jamais atteint une situation semblable à celle que connaît le pays aujourd'hui. L'atmosphère est irrespirable, la population se sent méprisée. Or, le mépris et l'humiliation, c'est ce qu'il y a de pire pour l'homme. Cela pourrait nous conduire à une situation totalement incontrôlable.» Ce qu'il dit de l'Iran est une copie conforme de ce qui se passe en Biélorussie.
2 commentaires
  • michel lebel - Inscrit 22 décembre 2010 07 h 13

    Liberté!

    L'Homme ne peut être humilié et méprisé pour toujours. Un jour la liberté vaincra. Solidaire avec les peuples iranien et biélorusse.



    Michel Lebel

  • Gravelon - Inscrit 22 décembre 2010 10 h 32

    Et plus prêt de chez nous

    On veut emprisonner un bonhomme (Assenger) pour motif de diffusion d'information. Certains républicains veulent même l'assassiner. Désormais, même nos démocratie ne sont pas à l'abri des dérives, et se comportent des fois de façon toute aussi odieuses que l'iran ou la bielorussie.