Crise en Côte d'Ivoire - Le roi est nu

La rupture entre les organisations internationales et Laurent Gbagbo, président sortant de la Côte d'Ivoire, est consommée. Elle est devenue officielle à la seconde où le délai inhérent à l'ultimatum formulé par l'Union européenne (UE), qui exigeait que Gbagbo reconnaisse la victoire d'Alassane Ouattara, a expiré hier aux premières heures. Dans la foulée, le Conseil de sécurité des Nations unies a pris le relais en commandant une prolongation de la mission des Casques bleus. Bref, tous les éléments d'un enlisement durable, au mieux, ou d'une guerre civile, au pire, sont réunis.

Les semences de cette radicalisation récente ont été plantées dans la journée de samedi lorsque Gbagbo a demandé les départs de la force «onusienne» rassemblant 10 000 soldats et d'un contingent français qui est indépendant de l'ONU. Cette requête s'est accompagnée d'un discours musclé, voire guerrier. Sous la coupe d'un dictateur qui n'est plus un apprenti, la télévision entretient un flot de haine en soutenant que toutes les forces étrangères s'attellent à la préparation d'un génocide. Voilà pour les relations avec l'extérieur.

Pour ce qui est des relations entre Ivoiriens, le bras droit de Gbagbo et grand chef de sa milice, les Jeunes Patriotes, Charles Blé Goudé, n'y est pas allé par quatre chemins. Dans un discours prononcé après avoir demandé le retrait de l'ONU, ce fier-à-bras a trempé sa plume dans l'encrier du sang: «Je demande à tous les Ivoiriens de s'apprêter à livrer ce combat, on va libérer totalement notre pays.» Dans les heures qui ont suivi, 50 personnes ont été tuées et des dizaines d'autres ont disparu ou ont été emprisonnées par les membres des Jeunes Patriotes, aidés par les forces de l'ordre fidèles à Gbagbo.

Sur le plan militaire, les Jeunes Patriotes sont un mystère. On ne sait pas combien ils sont. On peut donc difficilement évaluer, plus ou moins il va sans dire, leur force de frappe. Fondé en 2002 lors de la guerre civile, le groupe a cessé ses activités à la fin du conflit, mais sans désarmer. Autrement dit, ses membres sont rentrés chez eux les armes en bandoulière. Quoi d'autre? Ils ont un gros avantage: l'argent. Gbagbo contrôlant les richesses du pays — cacao, café et pétrole — il a de quoi payer leurs soldes. Non seulement ça, il a de quoi s'attacher les services de mercenaires originaires du Liberia voisin, comme il l'avait fait en 2002-2003.

En face de lui, Ouattara peut compter sur le soutien de l'Union africaine, de l'UE, des États-Unis et de l'ONU. Le hic, c'est qu'il est retranché dans un hôtel gardé par des Casques bleus qui, étant régis par les dispositions du chapitre 7 de la Charte de l'ONU, peuvent recourir à la force seulement pour se défendre. De cette limite, si l'on peut dire, les Jeunes Patriotes ont compris la part qu'ils pouvaient en tirer, comme en témoignent les escarmouches survenues au cours de la fin de semaine. En clair, Ouattara est un roi sans royaume.
2 commentaires
  • golflouis - Inscrit 21 décembre 2010 08 h 22

    Gbagbo ou Ouattara...alternance de tribu et d'ego

    Reviennent inexorablement les luttes tribales, le nord contre le sud, l'est contre l'ouest..ces situations sont récurrentes et interminables en Afrique; et nous qui leur souhaitons la démocratie, alors qu'ils en sont de toute évidence toujours à l'état le plus primaire du "au plus fort la poche" et "oeil pour oeil,dent pour dent"...depuis 60 ans combien de dirigeants africains se sont-ils comportés comme propriétaires du pays qu'ils dirigeaient? je vous fais grace du nom des bandits qui ont pululé sur tout le continent, souvent avec le support des ex-colonisateurs, pour leur bénéfice mutuel, quel gachis de narcicisme et de vanité!
    Qui appuyer? quand finirons-nous de nous meler des affaires qui ne nous regardent pas, sous des prétextes de gérants d'estrade?
    Qui nous dit que Ouattara ne prendra pas le meme sentier que "l'écoeurant" Gbagbo selon nos normes? l'histoire nous a donné trop d'exemples, l'Afrique sub-Saharienne est tribale et en majorité syncrétiste à prédominance animiste avec ses peurs et ses lubies.
    Je ne crois pas que le Canada devrait y envoyer un seul homme, ils n'en veulent pas sinon pour consolider leur propres intérets personels ou tribaux.

  • Ginette Bertrand - Inscrite 21 décembre 2010 15 h 54

    @golflouis

    J'endosse entièrement vos propos.