Retraites - Les demi-solutions

Les ministres des Finances des provinces ont rencontré, hier, leur homologue fédéral, Jim Flaherty, pour discuter de plusieurs dossiers, dont un projet de réforme des retraites. Loin d'être à l'avant-garde en cette matière, le Québec traîne de la patte en prenant prétexte d'une conjoncture défavorable. Au lendemain d'une crise qui a secoué les piliers des régimes de retraite privés comme publics, c'est pourtant le bon moment d'apporter les changements nécessaires à une meilleure protection des travailleurs.

Au Canada, le tiers seulement des travailleurs ont la chance de participer à un régime complémentaire d'entreprise qui assure une rente prévisible, et cette proportion diminue d'année en année à cause du rapport de force défavorable aux travailleurs. Malgré ce faible taux, seulement 34 % des Canadiens ont contribué à un REER en 2008, et ce, même si on y inclut ceux qui participent aussi à un régime complémentaire.

C'est dans ce contexte que la majorité des gouvernements des provinces ont demandé à Ottawa de bonifier progressivement le Régime de pensions du Canada, l'équivalent du Régime des rentes du Québec (RRQ), pour en venir à remplacer un pourcentage plus élevé du revenu que les maigres 25 % actuels. Les organisations syndicales comme la FTQ proposent, quant à elles, qu'on porte ce pourcentage à 50 % du revenu industriel moyen, qui approche 50 000 $ cette année.

Jusqu'à récemment, Ottawa semblait favorable à une réforme en ce sens, mais il a subitement changé d'idée sous l'influence des milieux d'affaires, qui rejettent toute hausse des cotisations patronales et s'opposent à une gestion publique des épargnes de retraite.

À Québec, le gouvernement Charest s'oppose aussi à l'idée de bonifier le RRQ, dont il faudra, de toute façon, augmenter les cotisations bientôt à cause du vieillissement et surtout des pertes catastrophiques de la Caisse de dépôt. Son ministre des Finances, Raymond Bachand, ajoute qu'il serait mal venu d'alourdir le fardeau des entreprises et des individus par les temps qui courent. Pourtant, c'est précisément ce qu'il fait en haussant les taxes et les tarifs, alors que, dans le cas du RRQ, l'argent n'est pas dépensé mais investi à long terme pour préparer l'avenir. Énorme différence!

Pour ne pas paraître trop réactionnaire, le gouvernement Charest se range derrière la timide proposition fédérale de créer un nouveau régime collectif entièrement privé, auquel les employeurs qui n'offrent aucune protection seraient tenus d'inscrire leurs employés, mais sans avoir à contribuer eux-mêmes à la caisse. Selon quelle logique peut-on exempter les employeurs de participer à la caisse de retraite de leurs employés? Cherchez l'erreur. De même pour la gestion de ce nouvel instrument, qui serait confiée aux établissements financiers: quand on connaît l'appétit de ceux-ci pour les frais élevés, on se demande quel serait l'intérêt pour les travailleurs de leur confier leurs épargnes, au lieu de revendiquer une bonification du régime public? Les coûts et les risques pour les uns, les profits pour les autres?

La rencontre d'hier n'a pas permis d'en venir à un consensus, mais il n'empêche qu'une bonification modérée du régime des rentes, doublée de la création d'un régime complémentaire privé auquel les salariés et les employeurs seraient tenus de participer, constitue la piste de travail la plus équilibrée pour protéger les futurs retraités.
2 commentaires
  • Jacques Morissette - Inscrit 21 décembre 2010 13 h 00

    Trouvez l'erreur?

    En gros, cette article dit ceci: Ne vous fiez pas aux gens d'affaires pour contribuer aux régimes de retraites des travailleurs. Les gens d'affaires semblent oubliés que nous vivons dans une société marchande.

    C'est grâce à l'argent que les consommateurs peuvent dépenser que les gens d'affaires vivent d'autant mieux.

    Bref, les gens d'affaires proposent des solutions qui vont finir par les atteindre par ricochet, à plus ou moins long terme.

    Pour faire une comparaison, les gens d'affaires voudraient que les champs produisent du bon blé, mais en même temps ils veulent restreindre les graines nécessaires aux cultivateurs pour que ça se réalisent.

    Pas beaucoup plus inspirés, nos politiciens décident de suivre les gens d'affaires dans leurs sillons sans semences.

    Trouvez l'erreur?

  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 21 décembre 2010 20 h 01

    Le RRQ ou les rapaces?

    Ce qu'il faut, c'est bonifier et élargir le Régime des rentes du Québec (RRQ), et non pas ouvrir les portes aux rapaces. C'est une question d'efficacité et de prudence.