Crise de l'euro - La lenteur

Au cours des derniers jours, on a assisté à un emboîtement de faits économiques et politiques qui laissent présager un avenir sombre pour la zone euro. Entre les hésitations des chefs d'État et les attaques contre la monnaie unique, beaucoup vont jusqu'à avancer que cette dernière ne survivra pas.

À suivre les agissements des dirigeants de l'Union européenne (UE) depuis l'amorce de la crise financière en 2008 (!), c'est à se demander si l'affection de ces derniers pour la lenteur ne l'emporte pas sur le sacro-saint principe de réalité. Prenons le dernier sommet qui s'est tenu à Bruxelles. Angela Merkel, Nicolas Sarkozy, José Zapatero et consorts ont convenu de poursuivre les discussions sur le renforcement de l'assistance temporaire à un pays en difficulté et de créer un mécanisme de sauvetage à caractère permanent, qui verra le jour en 2013, une fois que les parlements des 27 nations de l'UE l'auront ratifié. Quoi d'autre? La création d'obligations européennes a été écartée.

Depuis la crise grecque — vieille aujourd'hui de douze mois, c'est à retenir — la maison brûle. L'incendie s'est répandu en Irlande, menace le Portugal aujourd'hui, l'Espagne et l'Italie demain. Et que font les grands de ce monde? Ils cautérisent là, saupoudrent ici. Bref, ils se contentent du service minimum. Pire, ils rejettent la proposition sur les obligations européennes qui, selon plusieurs, serait la recette la plus appropriée pour résoudre une crise qui ne cesse d'aller croissant. Et pourquoi ce rejet? Parce que, intérêts nationaux et non européens bien compris, Allemands et Français ne voulaient pas de cette mutualisation des risques inhérente à ce type d'obligations.

Plus que toute autre, la position allemande mérite un arrêt, une insistance. Dans l'histoire de l'euro, l'Allemagne a été la première bénéficiaire de la monnaie unique. Pour rendre efficace l'infrastructure économique de l'ex-Allemagne de l'Est, des milliards et des milliards ont dû être investis. Et alors? Si elle avait conservé le mark, l'intérêt qu'on lui aurait exigé sur les emprunts aurait été passablement plus élevé.

Ministre des Finances de l'Allemagne et militant convaincu de l'Europe unie, l'Europe politique, Wolfgang Schäuble était favorable aux obligations européennes comme à une plus grande interventions des États. Sa patronne, Merkel évidemment, s'est opposée à lui, histoire de coller, entre autres choses, à l'humeur actuelle du peuple allemand. Or celui-ci est plus sensible que jamais aux sirènes des nostalgiques du mark. Il y a peu, un homme de grande influence, parce qu'ancien patron des patrons allemands, a produit un opuscule suggérant la création d'une zone mark qui regrouperait l'Autriche, les Pays-Bas, le Danemark et la Finlande. C'est à noter, il a repris une idée formulée par plusieurs autres.

Au milieu de ces hésitations, de ces mesures molles, de ces polémiques, l'agence Moody's s'est une fois encore signalée. Les dirigeants de l'UE avaient à peine quitté Bruxelles qu'elle annonçait que l'Irlande était décotée de cinq crans. Cinq d'un coup! Un jour, elle décote à cause des dettes. Le lendemain, elle décote parce que le gouvernement conçoit un plan d'austérité pour réduire l'endettement. Le surlendemain, elle décote de cinq crans parce que, entre autres choses, elle juge que l'austérité en question va amputer durablement la croissance économique. Comprenne qui pourra.

Si les politiciens ne s'étaient pas complus dans la lenteur, s'ils avaient agi alors qu'en 2008 ils avaient toutes les cartes en main, l'Europe n'en serait pas là. Pas où? Dans le territoire de l'ébranlement.
4 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 20 décembre 2010 05 h 11

    L'euro n'est pas en crise. Il vaut toujours 1.30 dollars américains. Son meilleur niveau.

    Bien sûr, l'Europe avance lentement. Mais l'idée de créer des obligations européennes fait son chemin. L'Union eurpéenne n'a jamais agit précipitamment dans le sens de son intégration. Il a fallu 10 ans pour passer de l'écu à l'euro. Il a fallu deux générations pour arriver à un traité comme celui de Lisbonne, vieux de douxe mois, qui permet des décisions prises à la majorité des pays membres, qui crée une nationalité européenne, qui donne une personnalité juridique à l'Union, qui ouvre des ambassades européennes partout et qui permet à l'Union d'avoir son siège propre à l'ONU. La dynamique ne va pas dans le sens de la désorganisation. Le ministra Allemand des Affaires étrangères a même admis publiquement qu'il était fort possible que d'ici une dizaine d'années l'Union ait utilisé pleinement son énorme pouvoir d'emprunt. D'ailleurs, le parlement européen qui apprend a mieux utiliser son énorme pouvoir, presse les dirigeant d'aller très rapidement dans ce sens.

    D'ailleurs, les pays en difficulté, par leur propre faute, disons le, comme la Grèce et l'irlande, ont bien compris que les mesures de meilleure gestion, même impopulaires devaient être appliquées. D'ailleurs elle auraient du l'être, que ces pays aient conservé ou non leur propre monnaie.

    On voit bien que la dynamique va dans le sens d'une plus grande volonté d'établir une gouvernance économique et financière de plus en plus rigoureuse. Même ceux qu'on a appelé les grands, comme la France a adopté récemment, dans la controverse, le nécessaire ajustement de l'âge de la retraite et ses corollaires. l'Allemagne l'avait déjà fait. Les pays moins puissant voient et comprennent qu'il n'y a pas d'autre façon de gouverner sagement.

  • Alain Deloin - Inscrit 20 décembre 2010 18 h 35

    Il y'a le feu au lac. La zone euro agonise...

    Je n’ai pas accès à l’intégralité de l’article, mais je sens que je vais encore m’empoigner avec M. Paquet sur ce sujet. C’est d’autant plus regrettable que nous sommes en accord sur le reste, notamment lorsqu’il s’agit de fédéralisme canadien.

    « Mais l'idée de créer des obligations européennes fait son chemin ».

    C’est une très mauvaise idée rejetée par l’Allemagne pour de bonnes raisons. A cause du «junk inside» les taux de ces obligations seraient bien supérieurs aux taux allemands, renchérissant le coût des emprunts de l'Allemagne.

    Comme je l’écrivais il y’a quelques jours, l’euro aura réussi à créer des Argentine au sein de l’Europe, lorsque le peso argentin était arrimé au dollar US. Les pays périphériques ne peuvent pas développer leur économie avec un super Deutsche Mark et rien n’a réellement été fait pendant une décennie pour moderniser leur économie et combler leur retard de compétitivité. (En Espagne l’argent facile du début du millénaire a été massivement investi dans l’immobilier).
    A cela s’ajoute l’exposition des grandes banques allemandes (et françaises) aux dettes grecques, espagnoles, … véritable bombe à retardement, à mesure que le défaut de paiement se précise en Grèce et prend forme en Espagne. Et en cas de défaut, personne ne pourra sauver l’Espagne.

    La zone euro est en train d’agoniser par manque de fédéralisme. Il lui manque:
    • Un budget fédéral à la canadienne
    • Une péréquation à la canadienne.
    • La signature d’un état fédéral fort pour garantir des prêts à un taux raisonnable aux états les plus faibles (voir les états américains actuellement au bord de la faillite).

    Ce qui se passe aujourd’hui par manque d’intégration en zone Euro, devrait donner un signal très fort aux provinces fortement endettées et plutôt peu compétitives qui souhaiteraient quitter le giron de la fédération canadienne.

  • Catherine Paquet - Abonnée 20 décembre 2010 21 h 43

    Mais nous sommes d'accord, M. Deloin

    L'Union européenne doit poursuivre sont intégration. Et, à mon avis, c'est exactement ce qui se passe.
    L'idée de l'émission éventuelle d'obligations garanties pas l'Union européenne est une idée qui fait son chemin. L'Allemagne et la France n'y adhèrent pas immédiatement, car ces deux pays doivent procéder à des consultations internes et à des modifications de leur constitution, mais les observateurs voient les choses se préparer en douce. C'est un processus complexe et long, mais il n'y a pas un analyste qui ne voit pas le potentiel énorme que représente la capacité qu'aura un jour l'Union européenne de pouvoir emprunter en son nom et de pouvoir émettre des obligations fondées sur sa propre crédibilité.

  • Alain Deloin - Inscrit 21 décembre 2010 12 h 47

    Bon

    Rapidement avant le ski dans la Gatineau….

    Les obligations garanties par la zone sans une politique budgétaire et économique commune, c'est à dire plus ou moins une mise sous tutelle des états laxistes ou peu compétitifs, auront un impact limité.

    Je suis heureux que nous soyons d'accord sur l'essentiel. Mais contrairement à vous, je crois qu'il y'a urgence et qu'il est trop tard. Il aurait fallu y penser avant la mise en place d'une monnaie commune. Et aujourd’hui le niveau de divergence économique atteint est tel qu'il n'y a plus aucune bonne solution pour faire de cette zone un moteur économique à forte croissance et résorber les dettes.
    Évidemment je peux me tromper.